‹ La crise socialeChapitre 17 sur 184 · CHAPITRE II — LE SOCIALISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE II — LE SOCIALISME

surrection des vivants contre Tensembie des morts est contradictoire avec la digne préparation d'un avenir qui suppose le passé ».

Malgré leur répugnance manifeste pour les réalités, les philosophes du syndicalisme doivent faire attention à ceci qu'il y a déjà malentendu entre eux et le monde ouvrier.

Et s'il y a malentendu, c'est qu'ils sont de médiocres éducateurs. La qualité primordiale des éducateurs, c'est de se faire bien entendre. Le peuple qui vit dans les faits, qui ne cesse de rester aux prises avec les réalités ne s'en peut abstraire comme les théoriciens bourgeois. Si donc on lui dit que dans la société capitaliste tout est mal, il s'emploiera réellement à tout détruire ; et suivant l'inclination naturelle au moindre effort, il commencera par ce qui est le plus facile. Or le plus facile, comme le plus agréable, c'est de saper tout ce que la civilisation avait laborieusement dressé pour contenir et canaliser les instincts personnels les plus divergents.

Ainsi, par manque de précision, par exagération démagogique de la phraséologie révolutionnaire, le isocialisme syndicaliste, ici, est contre-éducateur.

M. Georges Sorel imagine une société bourgeoise en repoussoir à la société syndicaliste : ici le para- !dis, qu'on ne définit pas d'ailleurs, là l'enfer qu'on dénonce véhémentement ; l'un est la négation de jl'autre ; détruire celui-ci jusque dans son passé, c'est lédifier celui-là. Malheureusement, on sait par quoi commence l'attaque.

Pour lui-même, M. G. Sorel ne dédaigne pas la

pensée classique, les sentiments traditionnels, et il pratique la morale de toutes les classes. Comme Proudhon et comme Auguste Comte, il sait bien que, sans la pureté des mœurs, une rigide honnêteté, aucun développement social n'est possible. Il n'ignore point qu'une classe ne s'agrège fortement que par le lien de l'honneur, et que le syndicalisme ouvrier ne pourra jamais s'estimer qu'à la hauteur de son honneur professionnel. Il est presque aussi ivre de morale que le fondateur du positivisme.

Le syndicalisme ne pouvait entendre ainsi la rupture avec tout ce qui fut. Aussi voyons-nous beaucoup de Bourses du travail et de journaux syndicalistes propager avec entrain le néo-malthusianisme et Tamour libre.

Que signifient donc ces paroles de M. A. Labriola : « Nous nous bornons à dire que là où il y a fabrique capitaliste, il y a possibilité de syndicalisme et possibilité d'ateliers sans maîtres ; mais nous ajoutons que cet idéal ne pourra être atteint que lorsque la classe ouvrière sera assez forte moralement et intellectuellement pour assumer les fonctions accomplies jusqu'ici par la classe bourgeoise et assez puissante matériellement pour renverser cette organisation de la force qui protège la fabrique capitaliste et qui s'appelle l'État »? — Des mots, des mots...

M. G. Sorel nous invite à rompre brutalement toute continuité dans la pensée et dans le sentiment ; mais non dans l'activité économique. Pour lui, c'est le développement industriel qui fait surgir les conditions économiques du socialisme, c'est le progrès et

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