‹ La crise socialeChapitre 18 sur 184 · CHAPITRE II — LE SOCIALISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE II — LE SOCIALISME

la diffusion des procédés techniques qui forment les hommes qu'il faut à une société socialiste, à une société de producteurs.

A ces théories contradictoires, le vrai syndicalisme répond par le <( sabotage », qui va depuis Tindifférence stupide à la production jusqu'à la malveillance sournoise, voire même jusqu'à la sauvage destruction des machines.

Cependant, M. Sorel, philosophe syndicaliste, qui ne fréquente dans aucun syndicat, qui ne lit aucun journal syndicaliste, qui n'entend et ne voit rien que ses propres idéologies, écrit ingénument : « Une transformation complète se produit dans les mœurs de l'ouvrier : l'inertie, la malveillance et l'insouciance, qui caractérisaient le salarié aux époques des salaires de famine, sont vaincues définitivement; il s'intéresse à sa machine et cherche à lui faire rendre le plus possible. Il n'est pas propriétaire des instruments de production, mais il a acquis les qualités intellectuelles et morales que ne possédaient pas les anciens ouvriers possesseurs d'instruments ; il n'est plus comparable qu'à l'artisan artiste qui jamais n'avait été qu'une exception ; il veut bien faire, car il aime son œuvre ; tandis que le travailleur propriétaire s'engourdit souvent dans sa tradition technique, le prolétaire moderne ne cesse de progresser et de se mettre au niveau de techniques plus délicates ».

Le socialisme syndicaliste accepte pourtant quelques vérités utiles qui jusqu'ici ont été méconnues par les socialistes et même par les syndicalistes. C'est par là qu'il peut être éducateur.

Ainsi, il reconnaît qu'une amélioration économique durable et de quelque importance ne peut résulter que d'une augmentation réelle de production. Il se propose donc d'exciter cette production.

« C'est le socialisme syndicaliste qui porte le progrès économique, dit M. Lagardelle, en jetant le capitalisme dans les voies du plus haut perfectionnement possible. Plus les exigences de la classe ouvrière sont pressantes, plus ses injonctions deviennent hardies et plus le développement technique s'accélère et s'intensifie. Les conquêtes du prolétariat ne supportent pas une industrie routinière, attardée aux vieilles méthodes, sans initiative, ni audace. Mais elles sont l'aiguillon qui stimule, qui empêche l'arrêt, qui pousse toujours en avant. Heureux le capitalisme qui trouve devant lui un prolétariat combatif et exigeant ! il ne connaîtra jamais le sommeil, la stagnation, ni le marasme. Car de lui on peut dire qu'il entendra toujours, comme dans la prosopopée classique, une voix qui lui crie : Marche I Marche I

« Or, s'il est vrai que le progrès matériel du monde soit lié à la plus intensive production, le rôle du prolétariat révolutionnaire prend encore une plus haute signification. Il est dès lors prouvé que ce n'est point seulement ses propres intérêts que lèse une classe ouvrière craintive, n'attendant rien que du bon vouloir de ses maîtres ou de l'intervention tutélaire de l'État, mais aussi les intérêts généraux de la société. Non, ce n'est pas l'atmosphère débilitante de la paix sociale, mais l'air salubre de la lutte

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