CHAPITRE V — LE POUVOIR SPIRITUEL
faut agir. On ne comprend la doctrine positiviste qu'en la vivant au grand jour, parce qu'il faut Taimer. L'exégèse du positivisme, c'est l'action.
Les royalistes nous ont dit que la presse, au service de la finance internationale, fabrique aux Français une opinion antifrançaise. D'après eux, cela est inhérent au gouvernement républicain. Pourquoi? Il n'en serait pas de même d'un roi. Pourquoi? C'est oublier que la ploutocratie est apparue sous la monarchie qui ne lui a point été hostile; c'est oublier Thistoire. Qu'ilssereportentdoncàcequ'écrivaitAugusteComte en 1826, c'est-à-dire sous le régime panacée : « Je dois indiquer enfin, comme dernière conséquence générale de la dissolution du pouvoir spirituel, rétablissement de cette sorte d'aristocratie moderne qui n'a point d'analogie exacte dans l'histoire, et qu'on peut désigner, à défaut d'une expression plus juste, sous le nom de ministérialisme ou de despotisme administratif. Son caractère organique propre est la centralisation du pouvoir poussée de plus en plus au delà de toutes les formes raisonnables, et son moyen général d'action est la corruption systématisée ». Et encore, plus tard, en nous expliquant pourquoi, en pleine désorganisation spirituelle, l'ordre politique est nécessairement rétrograde tandis que le progrès est inévitablement anarchique : « Ceux qui croient conduire ne peuvent obtenir ou conserver l'autorité que d'après une hypocrisie dégradante, oii les inférieurs imposent leur état aux supérieurs. Voilà comment, depuis que le besoin de construire est devenu prépondérant, le scepticisme, qui ne convenait qu'au
siècle de la démolition, constitue le principal obstacle à la véritable émancipation. Non moins contraire à la sécurité qu'à la dignité, la situation contradictoire des hommes d'État les empêche autant de retenir que de pousser. En temps ordinaire, ils emploient les croyances rétrogrades et les dogmes anarchiques à se neutraliser mutuellement, sans pouvoir nulle part trouver des principes de prévision ni de conduite. Ils ne peuvent éviter les déviations qu'en demeurant passifs, quoique la situation les force souvent d'agir. Toujours incapables de guider ou d'arrêter le public, ils se bornent à le seconder, soit quand les vices de la rétrogradation suscitent des secousses anarchiques, soit lorsque les désastres résultés de celle-ci disposent à rétrograder davantage ».
^ Après la Renaissance, la monarchie devint de plus en plus absolutiste, centralisatrice, bureaucratique, parasitaire. Dès lors, la France est atteinte. La maladie suivra son cours. Notre parlementarisme actuel n'en est que le paroxysme. Nos jacobins ne font qu'exagérer les vices des rois de la décadence, et ils les multiplient de leur nombre. Dernièrement, un royaliste, Fagus, le reconnaissait (1) : « Certes,! quand Louis XIV abattit le vieux Louvre <( gothique »| de Philippe Auguste, et qu'il ne comprenait plusJ une fissure fêla la Bastille, et la tour du Temple tres-| saillit... Ich dien, je sers, disait avec fierté le moyer) âge. — Non serviam, crient les temps modernes. Le|
(1} Discours sur les préjugés ennemis de r histoire dm France.