‹ La crise socialeChapitre 176 sur 184 · CHAPITRE V — LE POUVOIR SPIRITUEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE V — LE POUVOIR SPIRITUEL

guerres civiles et religieuses avaient révélé une nouvelle noblesse, frondeuse, rebelle, insurgée. Et à la fin bridée, et du coup à moitié^détruite, énervée surtout, si elle sert, c'est servilement. Quand jadis le gentilhomme chambellan, sa cuirasse délacée, préparait la chambre du roi, il était Jà aussi noble qu'aux côtés du roi combattant ou jugeant. Mais quand cette^ chambre il la para de vaniteuse inertie, il passa la-^ quais. Et le bourgeois à Taffût le supplanta... C'est le triomphe de Thomme sensible, cet aïeul de Fhumanitaire, ce haineux des choses héroïques, qu'annonce déjà Fénelon. C'est le triomphe enfin du bureaucrate et du parleur, et de l'agioteur : du niveleur, pour tout dire d'un mot ».

On ne va pas contre l'opinion publique, on ne va même pas sans elle. Les élections qu'on truque ne la suppléent point. Avec un roi, elle peut n'être pa& égarée, dispersée et avilie comme elle Test, systématiquement, dans l'anarchie parlementaire : elle n'en sera pas moins iluctuante et dangereuse si elle n'est éclairée et guidée. C'est donc là que doit porter le premier et le plus énergique effort de reconstitution socialL\ Ce qui rend le parlementarisme si nocif et ce qui le maintient malgré tout, c'est qu'il fait de ses adversaires les plus déterminés des collaborateurs en leur inspirant une activité qui accroît la confusion. Si toutes les forces vives qui se perdent dans une vaine agitation s'employaient à une action positive, elles pourraient beaucoup. Elles pourraient tout. Au lieu de gaspiller des millions aux élections pour aggraver la fièvre politicienne qui nous mine^

pourquoi ceux qui se croient de bons citoyens ne font-ils point un journal d'informations, indépendant, à gros tirage, qui renseignerait exactement les Français, enseignerait le peuple, contrôlerait les dirigeants ? Au lieu de s'acharner à recruter quelques partisans incertains de nous ne savons quel u coup » miraculeux, pourquoi ne pas bâtir un Palais du peuple, qui faciliterait l'organisation des grandes forces prolétariennes, en les éclairant, en les disciplinant? Le parti qui ferait cela, d'abord, manifesterait qu'il veut véritablement ce que tous disent vouloir, et qu'il peut. Mais aucun ne le fera, et pour cause.

Les catholiques disent : toute autorité vient de Dieu ; nous disons, nous : de l'Humanité. Sous deux termes différents, c'est le même principe qui subordonne la partie à l'ensemble, ce qui passe à ce qui dure. Sans ce principe essentiel aucun appétit personnel n*est contenu, aucun caprice divergent n'est bridé, aucune tyrannie ne se limite. « Nos parlementaires peuvent tout, a-t-on dit, parce qu'ils soutiennent que Dieu n'existe pas ». Peut-être aussi soutiennent-ils que Dieu n'existe pas pour pouvoir tout. Et le parlementarisme les y pousse d'autant mieux qu'il représente le principe contraire, le sacrifice de l'intérêt général aux intérêts particuliers, la haine du passé qu'on ne veut pas continuer comme de l'avenir qu'on ne peut préparer, pour s'absorber dans l'ignoble jouissance du moment. Il faut un ordre, et un principe qui ne porte pas nécessairement au désordre. Une opinion publique peut s'instruire, s'organiser. Elle est un ensemble de sentiments sociaux.

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