CHAPITRE V — LE POUVOIR SPIRITUEL
Un Parlement ne connaît que la cohue électorale, et celle-ci qui ne se forme jamais qu'un jour, pour une fin personnelle, elle ne se meut que pour des promesses ou des profits immédiats.
Toute fonction suppose un organe. Il n'y a pas de société sans gouvernement temporel et spirituel. Seulement, ces deux pouvoirs peuvent être réunis, ce •qui entraîne le pire despotisme ; ou confondus, ce qui provoque le gâchis tyrannique que nous avons présentement et qui va s'aggravant.
Le grand principe catholique, que le positivisme loin de rejeter complète et développe, c'est la séparation des deux pouvoirs. La franc-maçonnerie, sans doctrine d'ailleurs, méconnaît cette admirable division du travail social que nous devons surtout au catholicisme.
Avec le catholicisme contre la franc-maçonnerie, contre tous les partis, il y a donc à « rétablir » vraiment, et au plus tôt, la séparation des deux pouvoirs : « l'un qui commande les actes, l'autre qui modifie les volontés ; l'un moral, qui conseille, l'autre politique, qui commande ». « La prépondérance nécessaire de celui-ci, toujours fondé sur la force matérielle, dit A. Comte, représente l'ascendant spontané de la personnalité dans notre imparfaite nature, où les plus grossiers besoins se trouvent les plus urgents et les plus contenus. Sans cette irrésistible fatalité, notre vie individuelle manquerait elle-même de consistance et de direction ; mais surtout notre existence collective ne comporterait ni caractère, ni activité. C'est pourquoi le pouvoir moral, qui repose
sur la conviction et la persuasion, doit rester purement modérateur, sans devenir jamais directeur ».
On sait comment les fonctions se répartissaient jadis. Le positivisme perfectionne sans changer ce que la nature sociale a spontanément fait surgir et Tempirisme entretenu : a Le pouvoir matériel est concentré chez les grands ou les riches ; le pouvoir intellectuel appartient aux sages et aux prêtres ; et le pouvoir moral réside parmi les femmes ; ils reposent respectivement sur la force, la raison et raflfection ». Les deux derniers se combinent pour former le pouvoir spirituel : le philosophe règle la vie publique, lafemme la vie privée.
Les deux pouvoirs se caractérisent réciproquement par la dénomination de Tautre. En nommant Tuii spirituel, on précise que l'autre est matériel ; en qualifiant celui-ci de temporel, on indique que l'autre est éternel.
Le pouvoir temporel ne s'exerce donc que sur œ qui est présentement. « Sans aucune autorité envers le passé qu'il connaît trop peu, ni sur l'avenir qu'il ne saurait comprendre », il ne s'inspire que du présent. Il n'a qu'à maintenir la solidarité. Toutefois^ cet empirisme exige une direction morale ; a car toutes les mesures pratiques qui concernent le présent doivent être connues d'après le passé et pour l'avenir ; autrement elles manqueraient à la fois de base et de but ». Cette direction morale, au contraire, s'inspirera donc de ce qui dure et maintiendra la continuité.
« Le pouvoir religieux, dit Comte, principal organe