‹ La crise socialeChapitre 178 sur 184 · CHAPITRE V — LE POUVOIR SPIRITUEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE V — LE POUVOIR SPIRITUEL

de la continuité humaine, représente seul les deux durées indéfinies entre lesquelles flotte le domaine éphémère du pouvoir politique proprement dit. C'est en parlant exclusivement au nom du passé, qu'il contemple sans cesse, et de l'avenir, qu'il médite toujours, que le vrai sacerdoce devient Tunique consécrateur efficace de toutes les dignes autorités empiriques civiles, ou domestiques. Aussi, le contraste hétérogène des noms usités rappelle à la fois la nature propre et le domaine respectif de chacun des pouvoirs spirituel ou temporel ».

Il convient de remarquer qu'à l'hostilité inconsidérée des jacobins et des intellectuels pour la séparation des pouvoirs, le bon sens populaire oppose sagement la distinction de la théorie et de la pratique. « Chaque profession dignement exercée devenant moralement un véritable office civique, le théoricien et le praticien constituent donc, dans les moindres arts, les vrais équivalents des deux pouvoirs spirituel et temporel... Aussi, les qualifications de théorique et de pratique sont les plus propres à caractériser la vraie nature du grand dualisme social, et son extension nécessaire à toutes les parties de l'organisme collectif ».

Auguste Comte marque encore d'autres oppositions qui exigent la séparation des deux pouvoirs. L'un est général et Tautre spécial. « La vraie théorie est toujours générale, comme la saine pratique reste constamment spéciale ; puisque chacun doit tout concevoir essentiellement, sans que personne aspire à tout exécuter. La spécialité actuelle des prétendus

théoriciens constitue une véritable monstruosité intellectuelle et sociale, que Tanarchie moderne peut seule expliquer et qui devient aujourd'hui le principal obstacle à la reconstitution de Tordre occidental. D'après rintime dépendance, à la fois objective et subjective, qui lie tous les éléments physiques, intellectuels et moraux de Téconomie naturelle, son étude scientifique et logique ne saurait être scindée sans une profonde irrationalité. Aucune partie de cet ordre universel ne devient vraiment appréciable sans la conception des autres. La vie réelle a toujours besoin de leur ensemble, qui peut seule conduire à de véritables conseils ; tandis que les savants spéciaux ne peuvent aujourd'hui fournir aux praticiens que de simples renseignements dont ceux-ci doivent même se défier ordinairement. Sans la généralité des vues, qu'on ne saurait obtenir autrement, l'abstraction théorique deviendrait habituellement une pure infirmité mentale, aussi stérile pour le bien public que nuisible au bonheur privé. C'est à une telle étude systématique de l'ordre universel que les praticiens doivent ensuite rattacher leurs entreprises spéciales pour Tamélioration correspondante de cette économie universelle. Alors la théorie et la pratique se trouvent intimement combinées, d'après une suffisante harmonie entre l'esprit d'ensemble et l'esprit de détail, également indispensables à notre sagesse pour remplir dignement son office actif ».

L'un est universel et l'autre local ; celui-ci considère la Patrie sous l'aspect politique ; celui-là l'Humanité sous l'aspect moral.

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