CHAPITRE V — LE POUVOIR SPIRITUEL
Le pouvoir spirituel doit donc rester étranger à toute puissance matérielle, soit économique, soit politique. La richesse et le commandement sont aussi contraires à l'influence morale de la femme dans la vie privée qu'à l'influence intellectuelle du philosophe dans la vie publique. « Tout commandement lui devient doublement funeste, soit en préoccupant son esprit de détails qui gênent la vue de l'ensemble, soit en corrompant son cœur par l'habitude d'employer la force au lieu de la raison et de l'amour ». Et A. Comte, ailleurs, dit encore : « Pour se borner à conseiller, il faut ne pouvoir jamais commander, même par la richesse ; autrement notre misérable nature reste disposée à substituer souvent la force aux démonstrations ». L'amour et la persuasion sont les seuls moyens du pouvoir spirituel, — et ce sont les plus efficaces. S'effraye-t-on qu'ils puissent trop, nous répondrons que, s'appuyant sur l'opinion publique et surtout sur l'énergie prolétarienne, ils ne peuvent que le bien.
Ainsi donc, le pouvoir spirituel doit être spirituel sans cesser d'être un pouvoir.
Il y a, là contre, un gros préjugé. On redoute le cléricalisme.
L'éducation est le principal office du pouvoir spirituel constitué. Par le fait même que cet offlce est rempli, on peut dire que ce pouvoir se constitue. Aucune fonction ne s'accomplit sans organe. C'est ainsi que toute éducation sociale est cléricale. L'anticléricalisme est proprement de la contre-éducation. S'il n'a pas le « prêtie », le prolétariat aura le « meneur ». Se re-
fuser à reconstituer le pouvoir spirituel, c'est continuer îi livrer le populaire aux politiciens et aux démagogues, à tous les éléments de corruption morale -et de dissolution sociale.
Quand il reste dans sa fonction, le cléricalisme est la garantie de toute liberté. En effet, et Auguste Comte Ta bien montré, « une loi très connue de la nature, en politique, établit formellement que le seul moyen de n'être pas gouverné, c'est de se gouverner soi-même. Elle est applicable aux masses comme aux individus, aux choses comme aux personnes. Elle signifie, dans son acception la plus étendue, que moins le gouvernement moral a d'énergie dans une société, plus il est indispensable que le gouvernement matériel acquière d'intensité pour empêcher ' l'entière décomposition du corps social ». Si donc, actuellement, la force ne joue pas un plus grand rôle dans notre gouvernement, c'est qu'elle répugne de plus en plus à notre civilisation industrielle, et • c'est aussi que Ténergie manque. Mais elle est remplacée par le truc, la ruse, et surtout la corruption, — qui valent moins, qui sont plus pernicieux. Et ^nous ne sommes pas plus libres !
Mais, objectera-ton, tout cléricalisme suppose des , "dogmes; que devient la liberté de penser ?
Elle reste entière, puisque les dogmes ne sont que proposés. L'opinion organisée seule doit suffire à ■contenir la divagation. L'ordre n'en exige pas plus.
Mais, enfin, dira-t-on encore, le positivisme a ses' dogmes. Oui, — parce que la pensée a ses lois, et l'affection ses règles. Le principe fondamental du dogme