‹ La crise socialeChapitre 19 sur 184 · CHAPITRE II — LE SOCIALISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE II — LE SOCIALISME

de classe, qui peut surexciter Tardeur des maîtres de la production. Et il n'est pas un socialiste qui puisse y contredire, si vraiment, comme le veut le socialisme, le capitalisme ne peut être emporté que par un débordement des forces productives.

« Mais le mouvement syndicaliste est plus encore un agent de progrès moral que de progrès économique. Dans un monde où le goût de la liberté est perdu, dans un temps qui n'a plus le sentiment de la dignité, il fait appel aux forces vives de la personne humaine et donne un exemple permanent de courage et d'énergie.

« C'est en ce sens qu'il fait l'éducation de la société. Il est comme un foyer ardent dont la chaleur rayonne dans Tensemble du corps social. Quel prodige que celui d'avoir restauré le principe de l'initiative collective, du groupement social, par opposition aux déprimantes pratiques de Tintervention étatique ! »

On sait qu'au regard de ce poème^ il y a la triste réalité du Ca canny, du travail volontairement lent, négligé, sinon défectueux. Voici, par exemple, ce qu'écrit M. Emile Pouget : « Avant le mouvement de mai (1906), sur les chantiers, les ouvriers se modelaient sur le plus « bûcheur » ; celui-là était l'entraîneur qui poussait à « en abattre ». Aujourd'hui, c'est le contraire : on se modèle sur celui qui travaille le plus lentement, c'est lui qui est l'entraîneur, — si on peut s'exprimer ainsi. La conséquence est que, pour les entrepreneurs, il y a diminution de rendement d'environ 20 à 25 pour cent. Outre cela,

il y a, désormais, chez les ouvriers du bâtiment, un élan syndical superbe ».

On sait aussi que les exigences du prolétariat, dans leurs manifestations présentes de grèves incessantes pour rélévation unilatérale, c'est-à-dire fictive, du salaire, sont peu propres, quoi qu'en pense M. Lagardelle, à stimuler la production et à exalter le génie industriel. Les dépenses considérables qu'entraîne le renouvellement de l'outillage ne sauraient être engagées dans l'insécurité que crée une atmosphère d'émeute et sous le coup des menaces de sabotage. Aussi voyons-nous en France, seul pays où le « socialisme syndicaliste qui porte le progrès économique » ait quelque puissance, la production se ralentir, se laisser dépasser par les autres pays et se désorganiser. D'ailleurs, en forçant artificiellement la hausse des salaires, il est évident qu'on n'arrive qu'à diminuer la production, puisque ainsi se restreint le champ de la production susceptible de laisser une plus-value au capital qui ne s'engage qu'à cette condition.

Néanmoins, une vérité subsiste, qui peut être féconde, si le socialisme 'syndicaliste sait la mettre suffisamment en lumière et par là contribuer à en imprégner le prolétariat.

Le socialisme n'a été trop souvent que la revendication haineuse des pauvres pour le partage immédiat des biens ou une répartition égalitaire des produits. C'est encore ainsi que la foule le conçoit. Or Ton évalue les produits du travail industriel, en France, à 18 milliards de francs, dont 15 milliards

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