‹ La crise socialeChapitre 21 sur 184 · CHAPITRE II — LE SOCIALISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE II — LE SOCIALISME

naires. Parfois, la tyrannie syndicale dépasse même la mesure de Tautorité nécessaire. Déjà on le reproche aux chefs du syndicalisme. La démagogie s'introduit d'abord chez eux. Pour lui donner satisfaction , ils ont recours à un parlementarisme qui ne peut être que dissolvant, à une politique tortueuse qui ne peut être que démoralisatrice ; mais rien n'y fait. Les esprits absolutistes, parce qu'ils n'ont pas la responsabilité des réalités relatives, les dénoncent. Ils parlent de a déparlementariser », de « dépolitiquer », de « défonctionnariser » les syndicats. Le syndicalisme rouge a en lui un germe de mort.

M. Sorel et ses amis disent bien que le « socialisme ne s'occupe que de l'organisation révolutionnaire des bras », et non, comme Tutopisme, de « donner des conseils à la tète de l'industrie », que « les recherches ne portent plus sur ce que la société doit être, mais sur ce que peut le prolétariat dans la lutte actuelle de classe », et ils ont émis de fortes critiques de la démocratie parlementaire. Malheureusement, le prolétariat ne se paye point d'idéologies aussi subtiles et il ne saurait admettre que la lutte révolutionnaire, dans laquelle on rengage si inconsidérément, soit un simple exercice d'énergie et d'héroïsme sans fin précise. Il conçoit donc l'atelier libre, sans maître, comme une sorte de Thélème parlementaire, où les inférieurs commanderont aux supérieurs, oii chacun fera tout ce qu'il veut, — à moins que ce ne soit la machine qui commande à l'ouvrier.

Quand on montre à un écrivain ou à un orateur les résultats réels et les conséquences immédiates

de ses théories, il insinue qu'il a été mal compris. A Tentendre, c'est la logique des faits et non celle de ses idées qu'il faut accuser.

Il serait temps qu'une opinion publique organisée imposât rigoureusement à tous les théoriciens la responsabilité morale de leurs idées.

Le socialisme syndicaliste, en se défendant de toutes vues sur Tavenir, croit qu'il se dégage de toute responsabilité. Or l'ouvrier en révolte ne se peut dispenser d'imaginer la société future. On ne risque pas son bonheur et sa vie pour des « mythes », quand on sait que ce ne sont que des mythes. Au surplus, la machine est un Christ insuffisant pour recommencex l'aventure chrétienne.

M. G. Sorel déclare : « Une des plus grosses illusions des utopistes a été de croire qu'on peut déduire le schéma de l'avenir quand on connaît bien le présent ». Cette illusion, qui est d'abord de la sincérité, est des plus scientifiques ; car la prévision est l'objet même de la science. Pourquoi savoir, si ce n'est pour prévoir afin de pourvoir? Et aussi comment savoir? a On ne peut bien apprécier ce qui est, dit A. Comte, qui n'a rien, nous présumons, d'un utopiste, sans le rattacher, d'une part à ce qui a été, d'une autre à ce qui sera ».

M. G. Sorel se trompe grossièrement s'il croit qu'il ne saurait être rendu responsable de ses idées. Plus il ruse en les maintenant volontairement dans l'obscurité, plus il risque. Comme c'est un homme de haute conscience, nous l'en avertissons, il se prépare de lourds remords.

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