CHAPITRE II — LE SOCIALISME
Ce n'est pas la splendeur de Texpression, sa logique apparente, ni même Tintention généreuse de son propagateur que nous avons à apprécier dans ridée qui présente ses titres : c'est la manière dont elle pénètre les foules sociales, dont elle élève les âmes en les illuminant, dont elle se traduit en définitive dans les actes. Tolstoï est responsable de Tagonie épouvantable des Doukhobors ; Elisée Reclus et Kropotkine, malgré la magnificence de leur idéal et l'admirable droiture de leur vie, sont responsables de Ravachol, d'Emile d'Henry et de toutes les aberrations de la « propagande par le fait ».
M. G. Sorel sait fort bien que la question ouvrière n'est pas sans lien avec la question nationale et qu'il faut, à tout le moins, qu'une nation soit forte pour imposer au dehors le respect des conventions internationales du travail.
Cependant, le syndicalisme s'occupe beaucoup plus de sabotage, d'antipatriotisme et d'antimilitarisme que d'organisation du travail et d'instruction technique du travailleur.
Cet antimilitarisme quasi-héroïque est d'ailleurs beaucoup moins grave que le sabotage. L'antimilitarisme d'en bas qui s'avoue naïvement est certainement moins pernicieux que l'antimilitarisme d'en haut qui se dissimule sous les discours chauvins des ministres.
L'antimilitarisme et l'antipatriotisme ne sont que du militarisme et du patriotisme retournés. Le militant a l'âme d'énergie du militaire. Il garde le sentiment vivace de la guerre. En somme, cet antipa-
triotisme ardent reste moins éloigné de la véritd sociale qu'est Tinstinct patriotique que le béat paci fisme humanitaire des universitaires et des philan thropes.
Les syndicalistes échappent à Tuniverselle confu sion. Ils ont le sens des différenciations, d(*s catégo ries nécessaires. « Ils ont acquis les idées qui conviennent à leur état et ils se regardent comme ayan une unité tout à fait analogue aux unités nationales ».
Le militant a un cœur de guerrier. C'est pour U guerre de classe qu'il bat, soit; mais c'est tout d( même pour la guerre qui fortifie les vertus sociales essentielles : l'obéissance aux chefs et la discipline Survienne la terrible réalité de l'invasion à repousser, les mythes passeront, les vertus apparaîtront Alors, ce sont les antimilitaristes officiels qu'il nouj faudra surveiller et mettre à la raison nationale.
Toutefois, la guerre de peuple a sur la guerre de classe l'immense avantage d'être provisoire. Or si la guerre exalte les énergies, celles-ci ne sont fécondes, socialement, que dans la paix. Ce n'est pas sur un champ de bataille qu'on fonde des institutions e1 qu'on organise la production.
Il ne s'agit plus, en tout cas, de l'émeute affreuse des pauvres qui n'a pour drapeau que Tenvie ; mais de la guerre loyale de classe, sans haine, sans vilenie, pour la meilleure vie, pour la plus grande tension d'énergie et de volonté, pour la plus haut© puissance du prolétariat.
Il est fâcheux qu'on ait voulu faire du syndica-!