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CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME

A mauvaise paye, disent les syndicalistes, mauvais travail. C'est reconnaître qu'il peut y avoir une bonne paye à laquelle on doit répondre par un bon travail.

On confond généralement le sabotage avec l'action directe. C'est une erreur. L'action directe signifie simplement l'action des ouvriers eux-mêmes, pour eux-mêmes, sans ingérence politicienne. La label est une action directe, aussi la propagande antialcoolique. Le sabotage n'est pas que malfaçon. On cite les ferrovieri italiens qui sabotaient en appliquant à la lettre les règlements, ce qui, pendant quelques jours, rendit impossible la circulation des trains. Le sabotage peut être favorable au public : l'employé qui fait trop large mesure au client, l'ouvrier qui <( fignole » son travail de camelote, etc.. •

« Un exemple de l'efficacité du sabotage, dit M. Emile Pouget, est la conquête par les ouvriers coiffeurs parisiens, du repos hebdomadaire et aussi de la diminution de la durée d'ouverture des salons de coiffure. C'est par le « badigeonnage » des devantures patronales, avec un produit caustique détériorant la peinture, que cette corporation a conquis les améliorations précitées. En l'espace de trois ans, sur les 2,000 boutiques de coiffure de Paris, il n'y en a peut-être pas cent qui n'aient pas été badigeonnées, au moins une fois, — sinon plusieurs ».

C'est rarement méchant, comme on le voit, ce n'est point le pain au verre pilé dont des reporters ingénieux nous effrayaient; mais c'est misérablement puéril. L'indifférence quasi générale à l'intel-

lii»'(Mice et au progrès dos métiers est bien plus grave. Rien de plus triste, de plus alarmant aussi, que Touvrier qui a le dégoût de son travail, qui s'avilit volontairement dans son œuvre. Mais quelles excuses il al...

S'il ne travaille plus « en conscience », comme on dit encore, bellement, dans Timprimerie, c'est que, dans un désordre industriel inouï, on a pu lui imposer le travail aux pièces, de camelote, de surexploitation, où il n'est plus qu'une machine sans penser et une bete surmenée.

Le travail est devenu une chose qui se paye. San& plus. Le salaire donné et reçu, on est quitte. Pas d'autres rapports plus humains, pas d'autres devoirs qui unissent. De part et d'autre, oti ne cherche, aprement, qu'à donner le moins pour recevoir le plus. Aucune sécurité. Tant pis pour l'ouvrier, si le chômage l'affame, si la maladie Tabat, si la vieillesse survient. Et donc, tant pis aussi pour le patron, si la grève et le sabotage le ruinent, si une bombe fait sauter sa maison...

On a éteint les étoiles, tari les sources suaves de consolations et d'espérances et on a abandonné le prolétaire dans la nuit de son enfer terrestre. Par compensation, on Ta délié des obligations morales ^ dans l'accomplissement desquelles il puisait ses forces vives et ses joies humaines. On ne lui a plus permis que les assouvissements de la brute. Et puis, en face des coffres-forts rois et dieux, l'âme vidée, on l'a proclamé libre...

Au regard de cette folie et de ce crime, que sont

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