CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME
les erreurs de Tignorance et les aberrations de la misère?...
Les ouvriers anglais et écossais veulent des résultats matériels immédiats et rien que pour la corporation. Les ouvriers français veulent plus. Ils pensent que leur sabotage est de la révolution en détail. S'ils en sont là, c'est qu'en somme, ils Font peu exercé. Si le sabotage leur répugnait moins à essayer, ils en seraient déjà revenus. Ils en reviennent, d'ailleurs. Voici ce qu'en disait un ouvrier ultra-révolutionnaire dans le journal V Anarchie :
« Nous sentons qu'il est nécessaire, logique, d'imprimer à toute œuvre qui sort de nos mains et de notre cerveau, le cachet de notre sincérité, de notre conscience et de notre joie de bien faire, car c'est cela qui fait la caractéristique de toute œuvre vraiment humaine, bonne et belle. Nous sentons surtout, fortement, qu'il nous est impossible d'avilir notre œuvre sans nous avilir nous-mêmes.
« Voilà pourquoi le sabotage nous dégoûte.
(( Exercer son activité combative, indirectement, en agissant contre une chose inerte, qui n'en peut mais, est ridicule et enfantin, jamais un être raisonnable ne pourra se complaire à nuire, en cachette, à quelqu'un, fût-il patron, sans profit pour soi ni personne.
« Il y a tant de manières d'agir « positivement » qu'on ne voit pas comment on peut être amené à n'agir que « négativement ». Quel aveu d'impuissance intellectuelle et morale ! Quelle résignation de faiblesse et de néant I...
« Le sabotage avilit les caractères en faisant appel
aux senlimenls les plus mauvais. Il développe Thypocrisie et la lâcheté. Il éloigne des revendications viriles et tîères. Il déprave les intelligences en les poussant à la sottise des besognes inutiles et souvent contradictoires ».
Mais Terreur se dénonce à l'user. Le socialisme pouvait vivre de ses chimères et du vent de ses déclamations, il remettait Tépreuve à la réalisation lointaine de son eschatologie merveilleuse. Le syn-^ dicalisme s'éprouve tous les jours.
Le socialisme faisait de Talchimie sociale quand il promettait aux simples de fonder Fharmonie mondiale sur Tuniverselle inertie et la prospérité de toussur Tindolence de chacun. Le syndicalisme ne prétend pas avoir découvert le mouvement perpétuel, ni créer Têtre du néant. Il n'attend rien que de l'énergie disciplinée et convergente de tous. S'il harcèle le patronat de ses exigences, ce n'est pas qu'il croit que celui-ci y peut satisfaire par sa seule volonté, c'est parce qu'il a éprouvé que ces exigences stimulent l'ingéniosité, Tintelligence, l'audace des techniciens et des capitalistes, qu'il en résulte un accroissement de production et que le bien-être général ne s'améliore que par là. On le voit, le syndicalisme ne peut être pour le ca canny, non plus que pour le sabotage qui prescrivent le travail lent, mal fait, la détérioration des matières premières et des machines. Ici, entre parenthèses, nous saisissons la différence qu'il y ,a entre le sens pratique matérialiste de l'ouvrier anglais trade-unioniste et le sens pratique idéaliste de l'ouvrier français syndicaliste.