CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME
L'antimililarisme ne se soutient pas mieux. Sachant déjà que la torpeur sociale est débilitante pour Tindiviclu et la société, les syndicalistes sauront bientôt, ce qui est plus profondément vrai, que la veulerie politique est plus anémiante encore pour les races et les nations. Que les organisations ouvrières françaises se heurtent aux organisations ouvrières étrangères, comme il ne peut manquer d'arriver, et elles connaîtront, malgré les redondances des énergumènes intellectuels et les humanitaireries des faiseurs ou des sots, qu'il y a des catégories politiques, comme les conflits économiques leur ont appris, malgré les pompeuses Déclarations des droits de l'homme et les discours ministériels, qu'il y a des catégories sociales.
L'intelligence, d'abord, confond toutes choses, puis elle commence à distinguer, puis elle série, puis etle évalue. L'activité, d'abord, veut tout embrasser, puis elle divise, puis elle hiérarchise. Ainsi, le prolétariat, dans le domaine social, a reconnu qu'il y a des catégories sociales qui sont des classes, et qu'il les faut organiser. Il arrivera de même à reconnaître qu'il y a aussi des catégories politiques qui sont des nations, et qu'il les faut fortifier.
Chez l'ouvrier, Tantimilitarisme est une sorte d'opposition au gouvernement qui envoie des soldats en temps de grève et au patron qui affiche des sentiments chauvins tout en employant des Italiens, des Belges ou des Allemands. Dernièrement, M. Anatole France, parlant des ouvriers antimilitaristes qu'on venait de juger et de « saler » durement, badinait à
sa façon avec un journaliste : « Ils n'ont certainement pas dit dans leurs meetings le quart de ce que j'ai écrit». L'antimilitarisme a paru dans la littérature il y a plus de vingt ans, avant qu'il fût question de syndicalisme, et il n'est tombé en frénésie que depuis que les agrégés de TUniversité s'en sont mêlés.
Chaque année, TUniversité déverse sur la société des milliers d'infirmes sociaux qui s'acharnent à couper les câbles qui nous relient, à saper nos assises et à tarir la source vive de notre sensibilité sociale. Aa sang généreux qui circulait dans le vigoureux organisme qu'était la société française, ils s'efforcent, d'un travail abominable, à substituer la vase méphitique de leur éloquence. Qu'une légende nous réconforte et nous humanise, aussitôt quelque grimaud politicien, qui n'a pas d'autre moyen de se pousser, voudra la souiller de textes contestables. De cela, la France sera diminuée, un peu plus découragée ; mais, lui, il sera professeur de Faculté ou député, et c'est tout ce qu'il veut.
Ils parlent de la société comme Helen Relier, la prodigieuse jeune sourde-muette-aveugle américaine, décrit la nature dans ses livres. Mais pour un aveugle ' de naissance sincère, la seule couleur est le noir. C'est ainsi, imagine-ton, que M. Gustave Hervé, agrégé de l'Université, et donc sourd-muet-aveugle social, nous entretient de l'Humanité.
Si les désertions et les actes d'indiscipline dans Tarmée se multiplient, ce n'est donc point au syndicalisme seulement qu'il s'en faut prendre. Lui-même, il est victime des sophistes plus ou moins athéniens.