CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME
Anatole France et Hervé ne sont point des ouvriers. Ce dernier, qui paraît sincère, c'est à la Sorbonne qu'il s'est dressé à déraisonner. Jamais un prolétaire^ d'âge mûr, si anarchiste qu'on le suppose, n'eut Tesprit aussi complètement, aussi irrémédiablement faux. Outre certaines prédispositions morbides, il y faut pour le moins l'agrégation de philosophie ou (^'histoire. D'autre part, l'antimilitarisme de fait qui se pratique en haut est bien plus inquiétant. Tâchons de faire entendre raison — et sévèrement — aux nigauds qui blasphèment la Patrie ; mais aussf^ soyons moins indulgents pour ceux qui l'ont démoralisée, affaiblie, ruinée, et qui la livrent.
Il n'y a pas plus militariste de tempérament que le militant syndicaliste. L'obéissance des « hommes» de M. Pataud agace ceux qui ont à en pâtir : à une époque d'insubordination générale, elle devrait nous> émerveiller. La discipline fait la force principale des armées et des syndicats, — de toute action sociale. Félicitons-nous donc que, dans les Bourses du travail^ on apprenne à se soumettre au sentiment collectif et à coordonner ses efforts. Cela ne se perdra point. C'est l'essence même du militarisme. C'est bien plus propre à forger des âmes de soldats que lesgrotesques bataillons scolaires et les insipides manuels civiques de la République prépanamique.
L'Humanité suppose la Patrie, comme celle-ci la^ famille. Auguste Comte, qui voulait « régler des aspirations trop vagues à l'association universelle », disait : « La Patrie, prélude nécessaire et soutiers continu de l'Humanité ».
Rien n'est dans rien. L'Humanité n'est rien sans ses parties organiques : les Patries. De même, la Patrie ne serait rien sans les Familles. Ce n'est pas avec des mots que se construisent les grands édifices humains, mais avec la pierre des réalités positives et le ciment de Tamour.
Les choses ont une âme qui s'est formée de nous comme notre âme se forme d'elles. Nos ancêtres ne revivent pas seulement dans nos meilleurs instincts, dans notre subconscient, mais encore dans la nature qu'ils ont corrigée pour leurs plaisirs ou leurs convenances, dans les monuments qu'ils ont construits, dans l'expérience qu'il nous ont transmise. Tout cela établit entre nous et la Cité des liens qu'on ne rompt point sans trouble.
Car ce qui vit le plus en nous, ce sont nos morts. Les nier, biffer nos traditions, c'est nous vider de notre sève, arracher nos racines. Nous ne sommes animés que de ce qui fut, nous ne sommes construits qu'avec les matériaux du passé. Et l'avenir même n'a pas de signification s'il n'est le prolongement continu de ce qui a été et de ce qui est.
Les sentiments familial et régional ont une tendance fâcheuse au particularisme. Quant à l'idée d'Humanité, elle n'a pas encore assez de substance pour éviter le vague et la dispersion. Le patriotisme, au contraire, est un centre d'énergies morales d'où rayonnent toutes nos activités sociales.
La Patrie, c'est la terre des pères, c'est l'âme collective de tous les morts que nous portons en nous, c^est le capital moral de notre civilisation, et sa sau-