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CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME

vegarde. Sans elle, nous ne sommes que des passants hagards qui se déchirent, des fantômes errants. Elle est aussi nécessaire à notre raison qu'à notre cœur. « Une telle union avec le sol tend à rectifier, dit A. Comte, ou même à prévenir les divagations spontanées de notre intelligence, en la disposant davantage à la subordination normale du subjectif envers Tobjectif. Nous apprécions ainsi, d'une manière plus complète et plus familière, l'immuabilité essentielle de Tordre extérieur et notre intervention accessoire. Même le langage et par suite l'art se trouvent dès lors modifiés heureusement en nous rattachant mieux au monde comme à THumanité ».

La Patrie est le principe de toute organisation politique. C'est sa constitution qui mit fin au vagabondage grégaire, qui reparaîtrait si elle se décomposait. Il n'y a pas de société sans organisation, c'est-à-dire sans des organes et des fonctions se rapportant à un corps défini.

Quand on détruit les catégories naturelles, on est amené à en susciter d'artificielles, car elles sont aussi indispensables à la pensée qu'à l'action. Mais les dernières ne se peuvent maintenir, et elles sont nocives. La lutte de classe est évidemment absurde, mais elle résulte nécessairement de l'utopie révolutionnaire.

Ils nient la Patrie par horreur de la guerre, disentils ; mais aussitôt ils engagent la guerre atroce, constante et confuse de tous contre tous, celle-là même où le prolétariat producteur perd tout, sans recours. Ils oublient que, pour les nations organisées, la

guerre n'a jamais pour objet qu'une paix plus durable et plus digne, même la guerre de conquêtes, et aussi de se limiter et de se régler. Au reste, si la paix est un bien, et si nous la désirons, nous savons i que ce n'est point le plus précieux des biens. Nous n'entendons point lui sacrifier ce qui lui est supérieur, — notre civilisation, par exemple, et la terre des pères qui nous fera revivre dans nos enfants.

Il n'y a pas d'organisation sans division des fonctions, sans discipline, ni sans hiérarchie. Par le fait qu'on cherche à s'organiser, on accepte de se spécialiser, de converger et de se subordonner.

La lutte de classe, qui vise à la suppression violente des classes, est anarchique. La notion de classe, qui s'y oppose, est organique.

L'organisation de la production, c'est donc la division du travail, la discipline des producteurs et la hiérarchie des fonctions industrielles. Et c'est de cette organisation que dépend une plus intense production, condition primordiale de toute amélioration économique. Le syndicalisme n'a donc pas à énerver Tautorité de la direction industrielle, non plus qu'à disputer sur qui la doit détenir, mais seulement à la stimuler et à la régler pour qu'elle soit exercée dignement à tous égards.

Sans doute, aujourd'hui, on voit le syndicalisme proclamer qu'il veut supprimer les classes en multipliant systématiquement les grèves partielles, prélude de la grève générale, et en préparant la grève générale, prélude de la révolution sociale, pour, après, transférer les pouvoirs de l'État aux syndicats fédérés.

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