CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES
Forger des caractères qu'une année d'efforts n'épuise et qu'un échec n'abatte point, pour qu'ils la puissent supporter vaillamment, former des esprits positifs, clairs, renseignés, pour qu'ils en puissent dégager la dure leçon, — là est la tâche d'avertisseurs et d'éducateurs que doivent assumer tous les hommes de cœur et de bon sens. Accomplir cette tâche de toute son âme est moins de l'amour et de l'héroïsme qu'une sage prévoyance. C'est souscrire une assurance pour la vie, la liberté et le pain.
Mais cette tâche est d'autant plus difficile que tout notre système d'éducation va à rencontre.
Dans une démocratie, il est absurde que l'État enseigne. Ce n*est pas son affaire.
Un citoyen participe plus efficacement à l'activité politique et sociale en faisant donner à ses enfants rinstruction qu'il juge bonne qu'en mettant un bulletin de vote dans l'urne aux duperies.
Une, des conditions fondamentales d^me démocratie sincère est la séparation de l'école et de l'État, — et donc la liberté de l'enseignement. C'est là une liberté essentielle.
L'idéal moral nécessaire à la démocratie ne peut lêtre montré que dans la famille, et bien plus par 'exemple des actes que par la sonorité des mots.
Que le professeur aille, dans son enseignement, jusqu'au bout de sa pensée philosophique et reli- Igieuse, nous n'y voyons aucun inconvénient, si c'est sous sa propre responsabilité et si les parents, eux, ont le droit de lui confier ou de lui retirer leurs enfants.
iM DEUXIÈME PARTIE — LA GRISE POLITIQUE
Les conflits autour de l'école s'aggravent. Qu'estce à dire? Incapable de remplir son propre office, rÉtat parlementaire ne se peut maintenir qu'en ab- | sorbant les activités sociales, on dissolvant les libertés réelles. Monopoliser l'instruction et l'éducation lui est indispensable pour former de bons électeurs radicaux-socialistes. C'est diminuer encore la famille, c'est dénaturer l'école ; mais, par là, on maintient une anarchie profitable.
Pour la France, les conséquences en sont funestes. Des hommes d^État s'en inquiéteraient. Mais le suffrage universel ne nous livre qu'à des politiciens, qui îi^ sauraient voir plus loin que leur réélection.
La séparation de l'Église et de l'État entraînait nécessairement celle de l'École et de l'Etat. C'était la liberté spirituelle. Mais le parlementarisme est incompatible avec toute liberté, c'est-à-dire avec n'importe quelle force sociale. Il ne peut donner que Tanarchie et la tyrannie.
On a prétendu justifier le monopole universitaire en déclarant que l'école, désormais, serait neutre. C'était une hypocrisie doublée d'une sottise. Nous savons ce que vaut cette neutralité.
N'oublions pas ce professeur d'histoire en Sorbonne qui disait un jour : « Il faut désabuser les élèves de la superstition napoléonienne. Savez-vous le bon moyen? Dans les nouveaux programmes d'histoire des lycées, nous plaçons l'Empire en fin d'année. Gomme le professeur est toujours en retard, on n'y arrive jamais ».
A propos du manuel Laclef et Bergeron, Lecture