‹ La crise socialeChapitre 73 sur 184 · CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES

au cours moyen, recueil de morceaux choisis, em^ pruntés, pour la plupart, à des auteurs connus, M. Gurnaud (1) nous apprend : « D'ane édition à Tau- Ire, ces morceaux ont été retouchés. Dans sou émouvant récit, le Croup, Gusidi\e Droz écrit : Le docteur Faron, c'était le bo7i Dieu. Dans le manuel, il n'es! plus que le sauveur, sans majuscule naturellement. Le livre de Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, contient ce passage : Jamais Dieu ne laisse un bien sans récompense. Le manuel le reproduit avec cette variante : Jamais le bien ne reste sans récompense. Le sage Daniel de Foë, Cervantes sont expurgés. (( Vive Dieu ! » s'écrie un personnage de Gil Blas. Cette exclamation disparaît. Et quant à Sancho, il ne dira plus : « Dieu le veuille », mais : « Je le souhaite ». Ainsi, le livre scolaire a toutes les licences et la censure laïque peut impunément mutiler les chefs-d'œuvre ».

Si ce n'était que grotesque, il n'y aurait qu'à en rire. Mais les sources vives de l'âme nationale somt corrompues ou desséchées. A la tribune àe la Chambre, en un langage émouvant et magnifique^ Maurice Barrés a dit ce que signifiaient les suicides d'écoliers. La prostitution infantile, la criminalité juvénile croissantes complètent la démonstration.

C'est l'espoir même que nous perdons ainsi. Que faire ? On préconise les associations de pères de famille pour surveiller l'école. Soit. Mais, il le faut reconnaître, c'est lamentablement insuffisant.

(1) L'École et la Famille.

Il y a à craindre, aussi, que ces associations ne' deviennent autre chose que ce qu'elles doivent être. Notre système électif fait tout tourner en politi- \ querie. Il transforme les œuvres les plus sociales en moyens de guerre pour les partis. Si ce ne sont pas les catholiques qui utilisent ainsi les associations de pères de famille, ce seront les francs-maçons. Le pouvoir est à qui sait le prendre. Dès qu'un moyen peut servir, les partis l'emploient.

Tracasser quelques instituteurs, plus ou moins maladroits, sectaires ou niais, ou simplement parce qu'ils déplaisent à une demi-douzaine de hobereaux et de dévotes aigries, cela n'atténuera point notre anarchie morale et intellectuelle. Et c'est pourtant à cette racine qu'il faut aller.

Le positivisme seul indique la solution sociale, c'est-à-dire celle qui va contre tous les partis : liberté de renseignement, suppression du budget de rinstruction publique, de tout budget théorique, complète liberté spirituelle, organisation de l'opinion publique. Et ce ne sont pas des votes qu'il y faut, mais des volontés. L'éducation se fait surtout par les institutions, c'est-à-dire par le jeu souple et vivant des libertés. Or, dans une société désorganisée, à •étiquette démocratique ou autocratique, les institutions traditionnelles s'affaiblissent et perdent leurs vertus éducatives. On y supplée, sans doute; mais tout ce qu'on tente en ce sens est contre-éducateur.

Ainsi en est-il de l'Université. Créée pour restreindre et supplanter les plus nobles libertés de penser, de croire et de sentir, elle ne peut remplir

Page 1