‹ La crise socialeChapitre 74 sur 184 · CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES

congrûment leur office. Ayant contribué à détruire l'Église, à dissoudre la famille, elle n'a pu les remplacer. Aujourd'hui, quelques universitaires intelligents voient le mal, et ils s'efforcent d'y remédier. Mais, quels que soient leur bonne volonté et leur désintéressement, ils ne peuvent aller contre euxmêmes. Ils voudraient reconstruire avec ce qui ne peut que détruire. Ils oublient que toute action positive est de liberté.

Pour l'œuvre d'éducation dont ces universitaires reconnaissent enfin l'Université incapable, ils font appel à la collaboration des parents et surtout à celle des mères. « La chose publique a moins besoin de censeurs que de collaborateurs : in libertato labor », dit M. Gâche (1). Hé, oui ! mais encore faut-il que ces collaborateurs n'aient pieds et poings liés. Le concours des parents et des maîtres suppose d'abord la pleine liberté de l'enseignement. Confusion n'est pas concours. Les fonctions des maîtres et des parents doivent rester distinctes. Le parlementarisme, qui n'est que la confusion des fonctions, n'aboutit, pour le mieux, qu'à l'inertie. La première participation efficace des parents, c'est de choisir les maîtres responsables, ceux qui s'inspirent de la doctrine directrice dont ils ont eux-mêmes vécu. En dehors de ces conditions de liberté, il n'y a pas de collaboration possible. Et cela implique la séparation définitive de l'École et de l'État.

Jusque-là, néanmoins, les parents continueront à

(l) Mères et fils.

donner leurs garçons, voire leurs filles, pour qu'on en fasse des bacheliers, c'est-à-dire des bénéficiaires des majorais bourgeois. Ils n'en demandent pas plus, ils savent qu'ils n'ont pas mieux à attendre de renseignement d'État. S'ils ont encore quelque souci d'instruction humaine, ils s'en chargeront euxmêmes, ou ils en chargeront des précepteurs de leur choix. Ce sera, d'ailleurs, l'exception. Gela nuit aux examens.

M. F. Gâche nous a décrit avec émotion, judicieusement, le rôle des mères. Mais il ne voit pas assez que l'Université réduit de plus en plus ce rôle, et qu'ainsi les femmes le désapprennent. Il y a une École des mères. Mieux que* tout ce que nous pourrions dire, cela marque où nous en sommes. Cette École n'eût été que ridicule quand toutes les femmes étaient des mères qui se transmettaient de génération en génération l'instinct magnifique, la science profonde, l'art sublime d'élever les enfants.

L'Université comprend un tiers d'internes. A mesure que la famille se désagrégera, l'internat se généralisera. C'est là que nous allons. Ce sont les internes, d'ailleurs, qui préparent le mieux leurs examens. La vie de famille, toute vie, où Ton se fait homme, n'est pas propice aux succès scolaires. Mais M. Gâche voudrait bien marier ces contraires.

a Pour ne rien exagérer, dit-il, on peut réduire les inconvénients de l'internat à ceci : la vie de Tinternat ne ressemble pas assez à la vie de famille. Beaucoup d'éducateurs, en tous pays, cherchent des remèdes. Ils veulent que la maison d'éducation res-

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