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CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES

semble le plus possible à la maison paternelle. Déjà, chez nous, on a fondé quelques établissements privés dont le régime, si on peut encore l'appeler de ce nom, est calqué sur la vie de famille. Plus de dortoirs, chaque élève a sa chambre ; plus de réfectoire, les repas se prennent dans de véritables salies à ; manger, la table est mise, ornée, servie comme dans nos ménages par la femme du directeur; plus de cours pareilles aux préaux où les détenus tournent en rond, mais des jardins, des parcs, une ferme ; plus de salles d'études, Tenfant travaille dans sa chambre dont Tarrangement et l'orn.ementation sont laissés à son goût ».

On le voit, tout ce que, matériellement, Tenfant a dans sa famille, il le trouve dans ces établissements modèles. 11 n'y manque que l'essentiel, ce qui, précisément, doit en faire un homme de sa classe et de sa race : les souvenirs, toujours présents, évoqués en commun, les liens du sang, l'affection profonde des père et mère, des frères et sœurs, la fusion constante des pensées et des sentiments, l'âme même de la famille.

Nous dissocions ainsi tous nos groupes sociaux organiques, et puis nous essayons de les reconstituer avec des éléments inertes ou avec des mots vides. Et nous appelons cette destruction systématique et cette pénible caricature : le progrès !...

M. F. Gâche nous dit encore : « Ce qu'il faut,, c'est choisir un métier honnête et se jurer qu'on Texercera de telle façon que ce métier deviendra le plus beau de tous les métiers, l'objet de l'admiratiort

des autres ; et de telle façon aussi que soi-même on s'y amplifiera, on s'y améliorera, on y deviendra, non point une créature riche en or et en domaines, mais une riche créature, jamais lasse de semer les exemples, le,s services et les bienfaits ».

C'est joli; mais il y faut des organisations sociales, des libertés, une civilisation. Précisons : pour les métiers, il y fallait les corporationss ; pour les caractères, il y faut la famille unie. Or celle-ci est attaquée de toutes parts, et d'abord par l'Université radicale-socialiste ; et celles-là ont été détruites avec quelques autres forces nécessaires.

Et l'Université ne peut nous fabriquer que des bacheliers. M. Gâche le sait bien. Il est professeur. Parmi les enfants qu'il prépare au baccalauréat, peut-il nous dire combien il en compte qui désirent, ou plutôt dont les parents désirent pour eux, cette (( clé des carrières », à seules fins d'exercer un métier utile, honnête, et de s'enrichir comme créature, et combien pour conquérir, une fois pour toutes, le « droit » au parasitisme ?

L'Université officielle ne peut former que des électeurs et des fonctionnaires sinécuristes. C'est la liberté seule qui forme les citoyens. L'Université populaire que nous avions fondée était une tentative d'organiser cette liberté. On l'a entravée, après avoir essayé de la dénaturer, et on l'a détruite. C'est donc que les Français sont mal préparés à la liberté et qu'ils se soucient peu de l'éducation sociale quand elle n'est pas un moyen pour des fins politiciennes, c'est-à-dire, en définitive, antisociales.

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