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CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES

Il y a, dans nos collèges et lycées, cent mille élèves.

Mais toutes les carrières libérales sont plus qu'en- :combrées. Par exemple, M. Marcel Laurent, dans une étude sur la situation des médecins français, nous apprend :

- (( Dix-neuf mille six cent soixante-quatre médecins se débattent, plus ou moins péniblement, sur le territoire français et dans nos possessions françaises, pour la plupart bousculés par une concurrence d'industriels, torturés par d'insoupçonnables privations, déçus par le déficit de la clientèle, lésés par le charlatanisme de certaines cliniques et la spécialité pharmaceutique, surmenés par des travaux consentis au rabais, exploités par des tentateurs, aigris par la médiocrité, lorsqu'ils ne sortent pas complètement vaincus des premières escarmouches ! fParis, à lui seul, en compte 3,901, et le département de la Seine, 493, soit, ici, 4,394 médecins. Jugez de la

.force de ce flot submergeant en observant que 2,300 médecins au maximum tiguraient il y a deux ans, pour la ville et le département, sur nos tableaux indicateurs. Enlevez de cette collectivité Tinévitable -contingent qui va de la gêne à la détresse, et sachez qu'une proportion de 45 0/0 de médecins gagnent moins de 2,000 francs par an ».

La médecine est donc devenue, comme toutes les professions libérales, un très mauvais métier,

— ce qui n'empêchera point la bourgeoisie, bouffie de vanité, de pousser ses fils dans ces carrières encombrées, l'Université de prodiguer ses diplômes

et la Faculté de fabriquer des docteurs à la ; grosse.

Dans un livre récent (1), on nous proteste que le î mal, celui que la science ne guérit point, vient desmalades et de leur entourage. Ils manquent d'abord à leur devoir, qui n'est pas seulement de payer sans^ lésine leur médecin, mais encore de gagner son cœur. Devoir bien difficile à remplir, semble-t-il^ envers le chirurgien à 5,000 francs Popération — réussie ou non. Méfiances injustes, indocilité, présomptions, préjugés, crédulité, superstition, ingratitude, etc., c'est de tout cela, nous affirme-t-on, queles malades meurent.

Sans doute, 11 faut faire l'éducation des malades et de leurs proches ; mais l'éducation du médecin n'importe pas moins.

Les malades, les parents des malades, inconsciemment, vont chercher chez les rebouteurs et les thaumaturges ce qu'ils ne trouvent point chez les vétérinaires certifiés par la Faculté. Et très souvent, des guérisons surprenantes leur donnent raison. De même, on voit les esprits théologiques, inconsidérément arrachés à la sage direction de l'Église, tomber dans les insanités du spiritisme et y puiser quelque réconfort moral. Le nombre de spirites, de rebouteurs, de sorciers est aussi un indice et une mesurede notre anarchie intellectuelle et morale. Et par là, nous découvrons que le sacerdoce, comme les médecins, est insuffisant.

(1) Le Médecin^ par le docteur Ch.-E. Lévt.

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