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CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES

Jusqu'à la loi de 1724 et surtout jusqu'à la création de l'Académie royale de chirurgie, en 1731, les chirurgiens étaient assimilés aux barbiers, — et ce n'était pas si absurde que cela nous paraît. En tout cas, ce rétait beaucoup moins que la ridicule suprématie du scalpel.

Auguste Comte a indiqué la solution : « L'institution des hôpitaux qui ne convint qu'au moyen âge, doit radicalement s'éteindre h mesure que l'essor simultané de l'aisance matérielle et de la dignité plébéienne permettra de remplacer une dégradante assistance par la sollicitude domestique. Mais il importe de seconder cette transformation graduelle en développant, pendant tout le cours de la transition organique, l'office, mal ébauché, des médecins publics chargés de diriger gratuitement, au sein des familles, les traitements privés. Il faut compléter la régénération de la classe médicale en la dégageant d'un vicieux monopole et d'une assistance hétérogène. Le privilège légalement résulté du doctorat ne profite réellement qu'au charlatanisme, dont il semble préserver un public que rien ne saurait garantir des conséquences pratiques de l'anarchie théorique aggravée par l'ignorance et la crédulité. Cette législation fournit le principal appui d'un vain enseignement qui serait déjà discrédité sans la faculté de conférer le monopole des avis sanitaires ».

Il est fâcheux que la médecine soit un métier. Elle ne peut être exercée dignement que par une sorte de classe sacerdotale au service de la société tout entière, ca> le physique dépend du moral. Nos mor-

ticoles ne savent, ni, trop âpres au gain, ne peuvent traiter le moral.

Il est évidemment dangereux de confier la nais- :sance, la santé, la vie et la mort des nôtres à des vétérinaires, — surtout s'ils sont pressés par une concurrence sans merci et talonnés par la faim...

Sous de tels aspects, l'anarchie présente ne laisse .point d'être inquiétante pour les plus optimistes.

Nos bacheliers se rejettent donc de plus en plus sur les fonctions publiques.

A ceux qui disent que « nul n'est obligé d'être fonctionnaire », M. Joseph Cernesson, dans VÉmancipation^ formulait ce problème insoluble pour un bourgeois : « Étant donné un jeune homme dépourvu de fortune et ayant fait de bonnes études classiques, indiquer pour lui, en dehors du fonctionnarisme, une carrière de l'ordre scientifique ou une carrière de Tordre littéraire qui soit en harmonie avec la culture et les goûts développés en lui parles établissements d'instruction publique ».

Un ivrogne nous posait un jour une question analogue : « Étant donné que je m.e soûle sept fois par semaine, au moins, m'indiquer un moyen de ne pas devenir alcoolique ».

L'Université, avec son enseignement de mots, d'érudition, ne peut pas ne pas faire de sinécuristes, et depuis qu'elle s'est réservé le monopole n'en pas faire toujours plus. Évidemment, M. Cernesson a raison, nos bacheliers et nos licenciés ne peuvent être que des fonctionnaires inutiles ; mais c'est la condamnation de notre enseignement.

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