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CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES

Ce n'est pas par la valeur sociale propre de son enseignement que l'Université officielle se maintient^ même après avoir éliminé toute concurrence dangereuse ; mais par Tappât des diplômes et des brevets qui dispensent le privilège d'être entretenu jusqu'à la mort par la collectivité travailleuse. La dispense militaire fut aussi un^de ses moyens, et elle développa en France, pour un temps, le goût singulier des langues^rientales.

11 faut bien, d'ailleurs, employer tous les agrégés, et donc surcharger les programmes, multiplier les cours.

Sans renoncer à la haute culture, qui serait renoncer à être une grande nation civilisée, on peut enrayer, ce semble, cet affaissement des caractères^ en revivifiant l'Université par l'action vivante dans la liberté. Mais cette liberté de fait, qui seule peut rendre les citoyens aptes à une plus grande .liberté^ cela n'est pas dans la manière parlementaire.

Ce n'est pas toute la question, au surplus. L'Université n'est qu'un truc de classe. Jadis, il y avait iPépée, qui, au moins, impliquait des devoirs : aujourd'hui, il y a le diplôme, qui ne donne que des droits au parasitisme.

Par là le sinécurisme est bien un privilège de classe. Deux cent mille familles bourgeoises détiennent les majorats de bacheliers. Pour les défendre, on a dressé des barrières, qui sont les examens, les concours.

Mais, maintenant, voici que ces barrières ne suffisent plus.

C'est que de telles pratiques, aggravées encore

par la corruption politique, ne sauraient aller sans une démoralisation qui pénètre peu à peu toutes les couches de la nation.

Par le simple jeu du suffrage universel, le député est contraint de se plier aux exigences pressantes des électeurs, et le ministre à celles des députés. Le ministère a lui-même de grands besoins, puisque ses membres sont des élus du peuple. Le Matin le disait un jour : « Dans la République des États-Unis, on pratique le système « des dépouilles aux vainqueurs ». C'est-à-dire qu'on remplace les créatures du parti vaincu par les créatures du parti victorieux. Chez nous, on ne chasse personne ; on respecte les « droits acquis », si souvent mal acquis, partant peu légitimes. Les créatures des vaincus gardent leurs emplois ; on en crée de nouveaux pour les créatures des vainqueurs. Quand la créature à pourvoir ne se peut contenter d'une petite fonction, c'est tout un bureau qu'on met sur pied ; pour assurer au fils d'un sénateur influent 8,000 francs de traitement, on inscrit au budget 20,000 à 30,000 francs de dépenses. Les grades supérieurs se multiplient à , l'excès. Aux travaux publics, il y a un fonctionnaire il supérieur pour trois subalternes. Au pavillon de Flore, on trouve dans certains bureaux un chef et un sous-chef pour deux employés ».

On ne peut multiplier les sinécures à l'infini, ni réduire trop les véritables services sociaux, et cependant il faut faire face aux promesses que l'État a prodiguées aux diplômés^ et les élus aux plus importants électeurs.,.

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