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CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES

On dresse donc d'autres barrières, on les surélève, pour filtrer la multitude des solliciteurs de sportules qui se ruent.

C'est dire qu'on imagine des examens de plus en plus difficiles, encore qu'il faille, d'autre part, permettre le « piston ».

La recommandation est devenue la religion du Français. Si, très souvent, elle ne sert de rien, à tout le moins elle le fait vivre dans l'espoir des paradis de fainéantise, et ainsi elle le console d'être dupe. INous prenons l'indolent fatalisme musulman. « C'est écrit » ou (( ce n'est pas écrit ». On est recommandé ou on ne l'est pas, — l'effort est inutile. Voilà ce qui, à l'heure présente, est enseigné en grec, en latin ou en signes algébriques à 100,000 enfants de France, dans tous nos lycées et collèges, pour ne pas parler des Facultés et des écoles spéciales.

A mesure qu'on accroît les difficultés d'admission pour le vulgaire, il faut bien ménager des entrées discrètes aux créatures, — ne serait-ce que pour les parlementaires blackboulés qui ont bien servi le bloc ou qui ont eu la prudence de se munir des fétiches, c'est-à-dire les cendres des cadavres, et aussi pour la légion des directeurs, chefs, sous-chefs, attachés de cabinets, — le fameux « cabinettisme » (1) inauguré par le plus intègre de nos radicaux, le citoyen É. Combes.

Des concours, Taine disait :

(1) Il y aurait une étude bien intéressante à faire des néologismes républicains.

(( Non pas que je blâme le procédé lui-même ; il en faut un, et celui-ci vaut les autres : en toute association, il s'agit de trier, dans la masse, les possesseurs des gros lots, et selon les pays, les moyens de triage sont différents. Mais selon qu'ils sont divers^ ils développent une aptitude diverse. A Lilliput, où, pour monter haut, il fallait danser sur la corde, c'était sans doute la grosseur des mollets. En Chine, où il faut exceller dans la connaissance des vieux textes, c'est la pédanterie classique. En France, c'est Taffaissement cérébral et le flux de langue. Voyez le travail machinal et monstrueux des candidats qui aspirent aux grandes écoles, puis, au sortir de ces mêmesécoles, la fatigue profonde, Talanguissement, la flânerie au café ou à domicile, l'inertie bureaucratique ou provinciale. Comparez l'élève de l'École Polytechnique, cloué quatorze heures par jour devant des formules, et l'ingénieur qui va bâiller, sa femme au bras, pour voir si les cailloux sont bien cassés. Avec cet encombrement des carrières et cette réglementation des étapes, nous parvenons d'abord à essouffler nos chevaux de courses, ensuite à les changer en bidets de fiacre. Entre ici, mon ami, si tu es patient, et que tu veuilles traîner un fiacre ; cherche ailleurs, si tu es nerveux et si tu veux garder tes élans de course ».

On a donc donné aux Français le dégoût du travail, de l'initiative, la peur du risque, on leur a fait des âmes étriquées de ronds-de-cuir. Comme ce n'est que dans les emplois publics que l'on est assuré d'être toujours rémunéré, retraité et — suprême

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