CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES
idéal — décoré à 50 ans sans avoir à dépenser, nécessairement, de rinitiative,de Tintelligence et, surtout, de l'activité, tous veulent être fonctionnaires. Pour diminuer cette affluence de postulants, on est donc amené à compliquer les examens, mais jamais assez.
• Pour un simple travail de copiste, souvent inutile, qu'un gamin de quinze ans pourrait faire, on prend trois ou quatre licenciés ou docteurs.
Et ce n'est rien encore, quand ce n'est pas directement nuisible.
Il est probable qu'un licencié es-lettres sera un fort mauvais copiste et, par surcroît, un serviteur mécontent.
A Lilliput, on était plus avisé. Sans doute, il était tout aussi ridicule de faire faire aux candidats des cabrioles sur la corde, mais, on en conviendra, il est moins nocif de faire des acrobates que des diplômés.
Notre système réalise ce miracle de constituer des privilèges parasitaires que tous convoitent, au détriment de la production nationale et même des services sociaux, de les attribuer précisément à ceux qui ne peuvent effectuer que très mal le simulacre de travail machinal qui en est le prétexte, et ainsi qui mécontentent ceux-là mêmes qui en bénéficient, par la brigue, ou en dansant sur la corde.
Taine avait dénoncé déjà Timpuissance organique de notre système à placer l'homme qui convient à la place qui convient.
Les examens et les concours ne signifieraient quel-
182 DEUXIÈME PARTIE — Lk CRISE POLITIQUE
que chose que si Ton ne s'y préparait point, mais c'est la condition vitale de TUniversité officielle d'y préparer.
Tous les Français se sont entraînés à ce jeu, on a perfectionné (tous les trucs mnémotechniques, et il n'est pas d'imbécile qui ne puisse être licencié en y | mettant l'argent et le temps.
Comme on est pressé, cela n'empêche point de tricher au besoin. Et puis, il est des places plus ou l moins décoratives, plus ou moins lucratives. On a j recours, alors, aux protecteurs politiques, — non sansi léser, parfois, les postulants moins « pistonnés ».
Les faits surabondent. Nous n'en citerons qu'un assez amusant.
Au sujet d'un inspecteur d'académie, M. Guéry, déplacé sur la demande d'un député, M. Le Troadec, | pour avoir résisté aux pressions intéressées de ' celui-ci, Gabriel Séailles, dans une brochure, rapporte les paroles de ce radical à M. Guéry : « Je sais que vous êtes juste, et je suis résolu, à l'avenir, à ne plus vous gêner en quoi que ce soit dans vos nominations; mais, à la veille des élections générales, je vous demande, comme républicain, de m'accorder celle de M. Godec ».
Et M. Gabriel Séailles nous raconte encore :
« Le Troadec est un trop bel exemple de la mentalité de certains députés d'arrondissement, pour que nous le quittions si vite. Au mois d'août, quand le déplacement de Guéry souleva l'indignation unanime du parti républicain, il écrivait, pour se disculper: « J'appris que M. Tassel, — Tinstituteur que dési-