CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES
gnaient ses titres professionnels et qu'avait choisi l'inspecteur, — de Bulat-Pestivien, était candidat. Je ne savais pas môme d'où il était originaire, et vraiment je croyais de mon devoir d'appuyer ceux de ma circonscription. Depuis, Ton m'a dit qu'il était de Penvinan. Est-ce vrai ? Alors, j'aurais été tout de suite bien disposé pour lui. Bulat-Pestivien et Penvinan, cela fait une singulière différence chez moi I » J'aime cette naïveté ; la Patrie de Le Troadec est sa circonscription, il n'en connaît pas d'autre ; le déparpartement des Gôtes-du-Nord est déjà un objet trop vaste pour sa pensée ».
Il y eut une interpellation à la Chambre et, naturellement, le ministre qui avait puni l'inspecteur d'Académie de son indépendance fut approuvé. La Chambre ne peut aller contre le système de pression et de corruption qui l'a faite.
Nous pourrions, ici, accumuler les exemples, et de plus cyniques encore. Le favoritisme, la corruption, c'est le fonds qui manque le moins à notre troisième République, aussi vertueuse qu'athénienne.
Bien entendu, si le parlementaire a toutes les complaisances pour ses électeurs influents, il en exige, à son tour, des fonctionnaires dont l'avancement dépend de lui. Le gouvernement parlementaire est celui d'un parti, il demande donc aux fonctionnaires, qui sont ses clients, des services de partisans,— et donc contre la nation. Il est vrai que, par compensation, l'État n'a plus aucune autorité pour maintenir la discipline. Du gâchis, la tyrannie surgit toujours.
Cette tyrannie s'exerce de multiples façons, et parfois occultes. Il y a la franc-maçonnerie, il y a les ' fameux « délégués ».
Un instituteur arrive à Timbouctou — oui, un instituteur, sortant de Técole normale, à Timbouctou! — Son premier soin n'est pas de visiter son école; mais d'aller à la popote du capitaine commandant de cercle et des officiers pour leur tenir ce langage : « Je suis venu ici pour vous surveiller ; si vous ne l marchez pas droit, gare à vous ». Il ne se vantait f pas. Quelque temps après, ayant eu des difficultés avec son supérieur hiérarchique, le capitaine commandant de cercle, — c'est celui-ci qui fut déplacé !
M. de Lanessan, dans le Siècle, écrivait récemment : I
« Il n'y a pas jusqu'aux mouchards des préfets ou sous-préfets qui ne se prétendent tout-puissants et qui, en fait, ne le soient en beaucoup de lieux. Gela -descend jusqu'au vaudeville et à la farce. Dernièrement, un fonctionnaire reçoit la visite du buraliste de la localiité où il réside, et s'entend dire, sans préambule : « Je viens vous dire que vous êtes remplacé, mais je tiens à ajouter que je n'y suis pour rien, car j'ai donné sur vous d'excellentes notes. D'ailleurs, votre dossier, qui m'a été communiqué, est excellent ». Ce marchand de tabac et de timbres, délégué officiel et connu du préfet, se vantait peut-être en tenant un pareil langage, mais le seul fait de le tenir n'indique-t-il pas un état d'esprit singulièrement contradictoire de celui qui devrait régner dans une république? »