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CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES

Tout de même, jusqu'en ces dernières années, il y avait une façade d'administration. Sous les ministres éphémères et brouillons, il y avait les bureaux qui duraient et maintenaient une tradition d'ordre.

Mais cela aussi s'en est allé.

-Aujourd'hui, les fonctionnaires se syndiquent.

Dans un livre documenté. Associations et syndicats de fonctionnaires, M. Jeanneney a compté 515 associations de fonctionnaires et 16 fédérations d'associations se répartissant ainsi : Pour les administrations centrales, 30 associations et 2 fédérations; pour l'Instruction publique, 112 et 5 ; poar les Beaux-Arts, 6 et 2 ; pour les Travaux publics, 86 ; pour les octrois, 20 et 3 ; pour les Postes, Télégraphes eî Téléphones, 18 et 1 ; pour les Finances, 32; pour la Marine, 14 ; pour la Guerre, 8; pour les services départementaux, etc., 89 et 3. Aujourd'hui, plus de la moitié des fonctionnaires sont « associés » ou plutôt syndiqués.

Il importe peu de savoir dans quelle mesure la loi 4e 1884 sur les syndicats et celle de 1901 sur les associations peuvent être invoquées par les agents de l'État pour légitimer leurs associations. La question n'est pas là. La crise du fonctionnarisme n'est pas un problème juridique et sa solution ne saurait être uniment législative. Voici ce que dit M. Jeanneney :

<( En dépit des entraves mises par les administrations au groupement professionnel de leurs agents, partout, depuis dix ans, des associations sont nées, ont essaimé, ont grandi. Le besoin avait créé Torgane. De la lutte, ouverte ou discrète, contre l'arbi-

traire et le favoritisme est sortie la poussée corporative formidable, qui demain peut dresser contre lanation ses 800,000 salariés, qui à toute heure crée un danger d'agitation redoutable. De tels mouvements ne se réduisent, ni par la loi, ni par la contrainte. Ils se dissolvent d'eux-mêmes si Ton s'en prend résolument aux causes ».

Mais quelles sont les causes ? M. Jeanneney ne reconnaît que le seul favoritisme, et pour l'enrayer, il. imagine qu'il suffit de « donner aux fonctionnaires la garantie d'un statut ».

Il y a un bon et un mauvais favoritisme, il ne peut y avoir qu'un détestable mécanisme d' « avancement ». D'autre part, il est avéré que le favoritisme électoral, inhérent au régime électoral, est presque toujours mauvais.

Les fonctionnaires se coalisent pour résister à ce favoritisme et à l'anarchie administrative : ce serait bien et il faudrait les aider de tout cœur, si l'on ne voyait trop qu'ils n'en veulent qu'à la portion d'anarchie qui les gêne personnellement^ et donc pour la déplacer seulement à leur avantage, au risque de l'aggraver.

On dispute beaucoup sur ce qui distingue un syndicat d'une association. C'est qu'on ne va pas au fond. Toute association durable est organique, et donc s'oppose à un gouvernement anarchique. Un syndicat doit être un groupement des gens de métier d'une région pour perfectionner, honorer la profession et organiser le travail. La liberté de s'associer et de se syndiquer ainsi, un État qui ne redouterait

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