CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES
} rien de Tordre et de la vitalité sociale la concéderait ! largement à tous, y compris à ses fonctionnaires, et l'on n'en usera jamais assez.
Nous connaissons le Monsieur fraîchement décoré I qui, après avoir mis en branle tous les rouages de [l'État pour qu'on lui accorde un bout de ruban, s'étonne et s'indigne de voir le Journal officiel du 14 juillet et du 1^^ janvier publier de si copieuses listes de chevaliers et d'officiers de toutes sortes d'ordres. Les fonctionnaires sont de la même espèce. Ils ont presque tous bénéficié des recommandations politiques, en tout cas ils en ont tous sollicité, — et c'est contre les recommandations qu'ils protestent.
L'extension du système électoral des sinécures a développé outre mesure l'esprit sinécuriste. Ainsi le gâchis est complet.
Les fonctionnaires se syndiquent, ils menacent même de faire grève, ils réclament une charte constitutive, — qu'est-ce à dire ? Qu'on va réformer l'administration ? réorganiser les services publics ? réagir sur le sinécurisme envahissant?
Ce n'est pas de notre temps.
Il n'est question que de consolider les privilèges, de perpétuer les majorats de bacheliers, de garantir à M. Badin une entière irresponsabilité, avec un avancement automatique, quoiqu'il fasse, ou plutôt ne fasse point, et une retraite inéluctable. Voyez-le : les fonctionnaires veulent <( un règlement qui détermine d'une manière uniforme les conditions de recrutement, d'avancement, de discipline, et les traitements du personnel ».
Dans toutes ces revendications, remarquons-le, il! ne s'agit pas des devoirs, mais des droits; non pasi de la fonction, mais du fonctionnaire. Voilà qui caractérise une démocratie.
Le fonctionnaire ne saurait avoir des droits particuliers. Il n'a que des devoirs, envers TÉîat comme envers le public. C'est en ce sens que le positivisme nous amènera à considérer tous les emplois et les travaux comme des fonctions sociales. Dans la société reconstituée, Topinion publique réprouvera! aussi sévèrement la grève ouvrière que la grève des i agents de l'État. C'est pourquoi on peut aussi, présentement, excuser celle-ci comme celle-là.
En effet, quand le désordre vient d'en haut, la ' grève est parfois un moyen de contenir les abus d'une direction indigne. Certes, elle ne cesse point d'être un mal ; mais c'est peut-être, immédiatement, un moindre mal.
Si nous avons tous applaudi au premier mouvement des postiers, c'est que nous commençons à sentir que le politicien est l'ennemi commun. Mais îl faut prendre garde. Derrière tel ministre méprisable, il y a malheureusement tel organe essentiel de la société française que les interruptions brusques de fonctionnement, sinon le hideux sabotage, risquent de fausser et de détruire. Quand le cœur s'arrête, l'organisme meurt. Il n'y a pas de droit de ■grève pour le cœur.
Les postiers ne défendaient que des intérêts professionnels. Cela ne les justifiait point d'arrêter la vie sociale. Le syndicalisme d'ordre se dressant