‹ La crise socialeChapitre 85 sur 184 · CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES

contre le parlementarisme de désordre, ce serait une magnifique promesse de régénération ; mais le syndicalisme organique est une chose, la grève en est une autre.

Nous savons bien que les fonctionnaires en ont au favoritisme, qui est le côté du parlementarisme qui les gêne ; mais c'est après en avoir tiré, pour eux-mêmes, tout ce qu'ils pouvaient. M. Symian a pu citer tel de ses plus turbulents commis qui était recommandé et « pistonné » par neuf députés.

Sous ce jour, Tagitation des fonctionnaires, postiers et autres, perd de son intérêt. Alors que Tédifice social s'effondre de toutes parts, ils se préoccupent surtout de s'aménager un petit coin bien douillet et bien abrité. C'est un sentiment assez naturel, mais que nous autres, simples contribuables, nous ne saurions partager. Après tout, les fonctionnaires sont plutôt les profiteurs que les victimes du régime, et ce sont les moins fondés à se plaindre. Si pourtant ce sont eux qui geignent le plus sur eux-mêmes, c'est que la culture livresque pour les examens et les concours, l'atrophie de l'énergie et de la volonté par une occupation monotone et indolente, sans responsabilité, sans stimulant vivant, ne forgent point des caractères. En général, les revendications des ouvriers, pour chimériques qu'elles soient souvent, ont plus de générosité et de grandeur.

Mais, puisqu'ils se défendent avec tant d'acharnement contre les compétitions, c'est donc qu'ils estiment avoir des situations privilégiées. Comment ne voient-ils point que cela leur interdit, en tout cas.

d'exiger encore d'autres avantages ou privilèges? En effet, plus les fonctions publiques seront avanta- ï geuses, plus les sollicitations seront nombreuses et \ pressantes. Or notre système électoral ne permet point aux détenteurs du pouvoir qui dépendent des parlementaires, lesquels dépendent des électeurs influents, de résister aux sollicitations quelconques. Si les fonctionnaires parviennent, au moyen d'un statut légal dont leurs associations imposeront le respect, à conserver leurs places, le gouvernement, pour satisfaire sa clientèle électorale, devra multiplier les sinécures à côté, les fonctions nouvelles, prodiguer les prébendes, — et cela précipitera la ruine du pays. Les fonctionnaires veulent un gouvernement faible devant leurs exigences de parvenus et fort devant la ruée des sollicitations. C'est trop bien arrangé pour être possible.

La vérité, c'est que le gouvernement parlementaire n'a ni force ni autorité. Il ne se maintient que par la corruption, sous toutes ses formes. Tout son art est de corrompre en dissolvant. C'est pourquoi il tend à tout centraliser. Pour chaque service social qu'il assume, ce sont des emplois, des sinécures, des sportules à distribuer. Cela l'alimente et le soutient pour quelque temps. C'est tout le système, et pourquoi il dure.

Point de statut mirifique, point de magique baguette qui puissent rien changer à cela. Par paresse d'esprit ou légèreté de cœur, les Français ont une fâcheuse tendance à croire aux petits trucs miraculeux qui les dispenseraient de réfléchir et d'agir.

Page 1