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CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES

A la base de ce fameux statut, il y a le concours.

Or le concours ne fait nullement ressortir le vrai mérite. Gela a été dit, redit, et se prouve tous les jours. Ce n'est même pas une précaution contre la brigue et la faveur ; le concours des hôpitaux, et autres, en témoignent. On truque les examens comme on truque les urnes. Dans les meilleures conditions, on ne mesure ainsi que la mémoire. Au reste, par la préparation universitaire qu'ils supposent, les concours contribuent à Taffaissement des caractères. Au fond, on le sait bien, ils ne servent qu'à filtrer les innombrables postulants aux emplois publics en ne laissant passer que les heureux bénéficiaires des majorais de bacheliers réservés à la bourgeoisie.

Quant à la compétence, si elle est nécessaire dans tous les métiers, il semble bien qu'elle le soit beaucoup moins dans les fonctions publiques, puisque c'est là seulement -— et dans la politique — que la permutation est de pratique courante.

On nous parle de la responsabilité. Si les garanties que réclament encore les fonctionnaires les préservent de tous les accidents auxquels on est exposé dans les autres carrières, elles sont peu propres, imagine-t-on, à développer le sens des responsabilités. La sécurité excessive porte plus à la torpeur qu'à Tactivité, à la routine qu'à Tinitiative. Les fonctionnaires, sur toute Téchelle administrative, ont une horreur profonde de la moindre responsabilité. D'ailleurs, avec le recrutement par le concours et l'avancement automatique, il n'est pas possible de

rendre un chef de service responsable. La responsabilité implique le choix.

Mais c'est contre le choix, précisément, qu'oi: proteste, parce qu'il est toujours du favoritisme ou du népotisme. « Le choix n'est jamais fait dans Tintéret du service », nous dit~on. Et pourquoi? C'est que, sous le régime parlementaire, personne n'est responsable d'aucun service, même moralement. Le vice est là. Il y faut porter le fer rouge, et non chercher à s'en accommoder. Dans Pindustrie et le commerce, le choix est toujours fait dans Tintéret du service.

11 n'y a qu'un principe d'ordre : le choix de Tinférieur par le supérieur. C'est le contraire du principe d'anarchie qui caractérise le système électoral : le choix du supérieur par l'inférieur. Le concours et l'automatisme, que préconisent les fonctionnaires, n'est qu'un principe d'inertie, il est vrai. Mais dans l'anarchie, l'inertie, c'est aussi la mort.

Quand les principes d'ordre et de progrès ne sont point applicables sous un régime quelconque, ce n'est point à l'ordre et au progrès qu'il faut renoncer, c'est le régime qu'il faut abattre. Et au plus tôt.

Ainsi donc, ces nouveaux syndiqués se plaignent surtout du favoritisme et du népotisme, et ils veulent se défendre là contre.

Certes, nos politiciens ne se gênent point pour pourvoir leurs fils, leurs parents, leurs amis, leurs électeurs, les fils, les parents, les amis de leurs électeurs, et tous leurs clients, et eux-mêmes.

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