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CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES

Et après? Ce n'est pas de qui détient la sinécure, ni de la façon dont on a sauté sur la corde pour ravoir que provient le mal, c'est de la sinécure ellemême, du désordre social qu'elle provoque.

Et si, par aventure, c'est bien d'une fonction utile dont il s'agit, il n'importe qu'une chose, c'est qu'elle soit bien exercée. Or le favoritisme peut, parfois, être intelligent, — le concours l'est rarement, l'avancement automatique jamais.

Mais on nous parle des « droits acquis ». XVUnion pour la vérite\ où l'on discutait cette grosse question, Paul Desjardins déclarait : « L'abus n'exisie passeument lorsqu'on favorise des incapables, il existe même lorsqu'on favorise des hommes de mérite. Méritée ou imméritée, c'est le fait même de cette insertion anormale qui crée l'anarchie ».

Eh bien, non ! il n'y a pas de « droits acquis » contre l'intérêt vital d'une société que ses fonctions soient bien remplies.

Les fonctionnaires ont fait des études, passé des examens, — en quoi cela leur confère-t-il des privilèges spéciaux ? Les avocats, les médecins, les gens de lettres, les artistes, les savants aussi, pour s'en tenir aux professions libérales, ont fait des études et passé des examens, et ils n'ont d'autre droit que d'exercer leur métier à leurs risques et périls.

Nos bons sinécuristes ont été imprudents. Ils ont éveillé l'attention. En défendant trop âprement leurs prérogatives, ils nous les ont signalées. En dénonçant le favoritisme, en réclamant l'avancement automatique, la liberté de permutation, ils nous ont

montré que les emplois publics qui exigent des connaissances spéciales sont assez rares. Nous savions déjà que le plus sot des bacheliers peut prétendre à quelque emploi, nous connaissons maintenant que, s'il vieillit assez, il est à même d'exercer les plus hautes et les plus lucratives directions.

Merci, messieurs ! Cela ne s'oublie pas.

Si le peuple n'était pas abruti par ses meneurs qui . le font courir après des chimères et le lancent dans des bagarres, il aurait déjà proclamé son droit au sinécurisme.

Patience. Bientôt il voudra, lui aussi, grand électeur radical-socialiste, être fonctionnaire. Pourquoi ne serait-il pas percepteur ou administrateur colonial, à tout le moins, chacun son tour, pour un temps, — et au nom de l'égalité ? Nous ne prétendons pas que les services seraient mieux faits ; mais ils ne le seraient pas plus mal.

Et c'est bien dans le sens du régime électoral.

Nous avons déjà vu que, si les élus tiennent aux 15,000 francs, les candidats les méprisent héroïquement et sont tout disposés aux rabais.

Nous verrons mieux encore. Il est surprenant qu'aucun candidat ne se soit encore avisé de ce tremplin prestigieux : la curée pour tous, la sinécure pour tous, ou la chance d*y participer par le tirage au sort.

Ne nous y trompons point, les syndicats de fonctionnaires vont accélérer la décomposition sociale.

D'ailleurs, les associations occultes ont préparé le terrain. C'est par là qu'on a vu, dans l'administration

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