CHAPITRE PREMIER — LES FO^ÏfGTIONNAIRES
coloniale, par exemple, tel petit commis des affaires indigènes tenir tête au gouverneur lui-même.
C'est que le fonctionnaire est, de nature, un « persécuté ». S'étant généreusement concédé tous les droits, hormis le seul que puisse revendiquer sainement un serviteur social, celui de faire tout son devoir, il s'en trouve toujours quelqu'un de lésé, — et il a recours alors à Tassociation dont il fait partie le plus souvent, aux députés et sénateurs de son département, voire à la presse démagogique, contre ses chefs hiérarchiques qui s'empressent de faire droit à sa demande, à tout le moins de le déplacer en lui donnant de l'avancement. Telle est l'autorité dont jouissent les chefs de services. Mais ils acceptent allègrement leur impuissance puisqu'ils sont irresponsables. Tels sont les caractères que forme le système.
« Quand on a vu, dit M. de Lanessan, des gouvernements ériger les fonctionnaires en dénonciateurs ou en surveillants de leurs concitoyens, voire de leurs collègues, en agents électoraux ou en exécuteurs des haines ou des vengeances gouvernementales, peut-on s'étonner que ces fonctionnaires s'insurgent contre les chefs qu'on les a incités à mépriser?)).
Depuis quelques années, ce gouvernement qui ne yit qu'au jour le jour, avec les petits moyens qui se présentent et les petites pensées qui l'animent, a toléré les associations de fonctionnaires, s'il ne les a encouragées.
■ Mais — comme les maris trompés, après tout le
monde — il vient de s'apercevoir que le mouvement des associations de fonctionnaires est grave. Il s'est inquiété de cette organisation de Tanarchie au cœur même de TÉtat.
Il avait de bonnes raisons pour cela ; mais ce ne sont pas ces raisons, on Tentend bien, qui l'ont déterminé. Gomment un parti conserverait-il la majorité s'il n'avait pas des places et des prébendes à distribuer? L'électeur n'est tout de môme pas si naïf de préférer tel concussionnaire à tel tripoteur, s'il n'y a pas un intérêt immédiat, — et l'on ne peut pas les payer ou les décorer tous.
Dans l'agitation des fonctionnaires, le gouvernement a donc vu surtout une critique impertinente des pratiques dont il subsiste et de futurs obstacles à les continuer. Et c'est pourquoi il a tenté de réagir.
Trop tard. 11 n'y a qu'une force d'ordre, une autorité morale qui eussent pu être efficaces, et pour organiser, c'est-à-dire contre l'anarchie parlementaire.
Ce sont les clients eux-mêmes qui s'insurgent contre les dispensateurs de sportules. Ils sont 910,000 I On avait 120,000 courtiers électoraux officiels. Et ce sont eux, les instituteurs qui, dès janvier 1905, transforment leurs innocentes Amicales en syndicats, d'abord dans le Var et les Pyrénées-Orientales, puis dans les Gôtes-du-Nord, le Morbihan et le Cher. Surpris, ou ne soupçonnant pas la portée de l'élan, le gouvernement a laissé faire. Ce n'est que le 5 octobre 1905, quand le syndicat de la Seine dépose ses