CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES
statuts à la Préfecture, que des poursuites sont aiinoncées.
Il est trop tard. Le fer est engagé entre les côtes, à la bonne place. 11 s'enfoncera jusqu'au fond. Chaque sursaut de la bête le fera pénétrer mieux.
Le 22 février 1906, la Fédération des syndicats d'instituteurs est fondée. C'est ensuite le Comité central pour la défense du droit syndical des salariés de rÉtat, des départements et des communes qui agrège les Travailleurs de la marine, les Fédérations des travailleurs municipaux, des tabacs, des allumettiers, lessyndicats d'instituteurs, les syndicats des sous-agents des postes, des jeunes facteurs^ des monts-de-piété, l'association professionnelle des ein-^ ployés des ministères, les répétiteurs, les agents des douanes, etc..
Le conflit ira s'aggravant jusqu'à la grève. Les deux coups des postiers ne sont qu'escarmouches d'avant-garde (1). Or, la grève des fonctionnaires.
(1) Et c'est comme un réveil de l'esprit public contre le parlementarisme stupéfiant. A propos de la dernière grève des postiers, voici ce qu'écrivait M. Ernest Judet dans VÉclair t « Tant bien que mal, on vise au plus pressé et on installe d'emblée des communications indépendantes, sans estampille officielle. Le public se défend tout seul, et, quoi qu'il arrive, il ne se repentira pas d'avoir tenté, sans hésiter, la salutaire mobilisation de ses forces. Il est honteux que le peuple le plus riche et le plus travailleur de l'Europe soit si mal servi : c'est parce qu'il avait pris l'habitude d'attendre tout du pouvoir. Il voit que ses ministres sont incapables et impuissants : il prend leur place. Voilà qui honore des citoyens libres, ne perdant pas la tête et créant sans défaillance les services qui leur manquent ».
c'est proprement rinsurrection. Ce n'est pas le syndicalisme qui s'affirme, c'est le parlementarisme dans les spasmes de Tagonie.
Les sages fonctionnaires, il est vrai, se bornent à réclamer un statut, et le parlementarisme se raccroche à cette planche de salut. Ce sont les plus fous. On ne limite point le parasitisme ni la surenchère électorale. Comment et par quoi le pouvoir parlementaire, qui ne s'appuie que sur des élus, dont la réélection dépend des électeurs, c'est-à-dire des solliciteurs, pourrait résister aux sollicitations qui le harcèlent? Le favoritisme, le népotisme, la fonctionnarisation à outrance, l'étatisation universelle, la gabegie, la concussion, ce sont les seules assises de la maison à Tenvers qu'est le parlementarisme.
La superbe logique de Clemenceau, dans son adresse à la Fédération nationale des instituteurs, n'a convaincu personne. Pas même lui, puisqu'il a élaboré un projet de statut des fonctionnaires.
Il leur disait :
(( Aucun gouvernement n'acceptera jamais que les agents des services publics soient assimilés aux ouvriers des entreprises privées, parce que cette assimilation n'est ni raisonnable ni légitime.
« Vous êtes pourvus d'un emploi par décision officielle, et vous ne pouvez en être privés que dans certaines conditions fixées par la loi.
« Vous prenez place dans une société hiérarchique où vous recevez, pour un nombre limité d'heures de travail, un traitement établi par la loi ; où vous bénéficiez d'un avancement régulier, à l'abri des