‹ La crise socialeChapitre 90 sur 184 · CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES

crises économiques ; où le droit vous est donné de faire appel de toute mesure préjudiciable à un conseil composé pour partie de délégués élus par vous ; où vous jouissez d'avantages divers; où il

I vous est constitué une retraite servie par l'État ; où

! vous n'avez ni à débattre le taux de votre rémunération, ni à vous assurer contre le chômage, ni à re-

I douter un lendemain sans travail ou sans retraite ; où, pour conclure, vous apparaissez bien comme formant dans la société une catégorie spécialement avantagée avec des droits, et même, j'ose le dire, avec des devoirs particuliers.

« Au premier rang de ces obligations, il faut pla-

; cer celle d'assurer la continuité du service public auquel vous êtes attachés. En acceptant une fonction de l'État, vous renoncez au droit d'abandonner votre travail par une entreprise concertée. Un contrat public, débattu par le Parlement, vous lie à la nation elle-même. Le rompre par une action simultanée et collective est autre chose qu'une grève : c'est une entrave mise à l'exercice de la souveraineté nationale dans le fonctionnement d'un ou de plusieurs de ses organes. Ce délit appelle contre ceux qui s'en rendraient coupables les sanctions prévues au projet du gouvernement.

« Vous êtes ainsi placés hors du droit commun des travailleurs des entreprises privées. C'est pourquoi la loi du 24 mars 1884, faite pour les salariés que menacent les variations dans les échanges économiques, ne peut ni ne doit s'appliquer à votre cas ».

11 faut être un pur idéologue comme Fauteur duj| Grand Pan pour s'imaginer que ces raisonnements peuvent avoir prise sur des hommes qu'a corrompus le spectacle de la corruption parlementaire et que ne guide plus aucune croyance sociale.

11 est vrai qu'il ne s'est pas borné à ce discours. 11 a frappé. Mais comme il n'était que le maître hésitant d'une anarchie ploutocratique, il n'a frappé que les pauvres.

Les fonctionnaires n'en persistent pas moins à constituer des associations, en vertu de la loi de : 1901. Des ministres en ont accepté la présidence d'honneur, et le siège social est au ministère même. Ce ne sont pas encore des syndicats, suivant la loi de 1884 ; mais elles les préparent. Attendons-nous aux grèves de fonctionnaires, malgré Tarticle 126 du Code pénal qui prévoit les coalitions d'agents ou fonctionnaires « dont l'objet ou Teffét serait d'empêcher ou de suspendre l'accomplissement d'un service quelconque ».

De reculade en reculade, le gouvernement en est venu à proposer lui-même un statut. Ah ! le beau moyen, et comme nos politiciens sont ingénieux à découvrir les procédés qui font différer les solutions embarrassantes, qui dispensent de réfléchir et d'agir !

Voici les articles essentiels du statut proposé :

« Art. 1. — Nul ne peut être admis à un poste de début dans une administration publique s'il n'a satisfait soit à un concours, soit à un examen.

« Art. 2. — Nul ne peut être nommé à un em-

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