CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES
C'est, uniment, de balayer, avec le parlementarisme, le parasitisme de la clientèle radicale, de supprimer définitivement les majorats de bacheliers.
On ne réorganisera solidement Tadministration qu'après avoir changé le mode absurde de recrutement des agents de TÉtat.
Multiplions tant qu'on voudra, disons même le plus qu'on pourra, les fonctions publiques; mais que chacune représente un service social certain et qu'à chacune ne soit allouée qu'une juste rémunération en rapport avec le travail fourni. Plus de forçats d'État à 70 francs par mois, mais aussi plus de mamamouchis à 20,000, 50,000, voire 100,000 francs par an pour signer dix pièces par jour.
Que le travail administratif soit payé au taux ordinaire de l'industrie et du commerce, suivant l'activité, l'intelligence^ les connaissances dépensées, de sorte qu'il ne soit plus spécialement recherché. Cela fera beaucoup pour dégager les antichambres des ministères, préserver la pudeur de nos politiciens et guérir les Français de l'obsession énervante de la sinécure perpétuelle.
On nous a dit que ces écarts de traitement se rencontrent surtout dans le commerce et Tindustrie. En effet, il y a, là aussi, des hommes de peine, des manœuvres, des commis à 70 francs par mois ; mais ce ne sont que des emplois provisoires, de passage, et il est certain qu'on n'exige pas de ceux qui les acceptent le travail que l'État impose à ses facteurs des postes, à ses sous-officiers, à ses douaniers, à ses <îantonniers et à ses instituteurs. Si l'on faisait le re-
censément des employés à bas salaires dans les entreprises privées et des fonctionnaires à appointements de famine dans les services de l'État, oo constaterait que la proportion est bien moindre là qu'ici.
Quant aux gros traitements, il est vrai qu'il y en a plus encore dans le commerce et l'industrie. Mais il faut considérer aussi les risques encourus, les qualités, les connaissances requises, le travail à fournir I et ses résultats. Tout politicien besogneux peut être percepteur, trésorier-payeur, voire gouverneur dei^ colonies ou directeur de musée, puisque personne n'est responsable ; mais non pas chef de métallurgie, directeur de banque ou de comptoir.
Sans doute, un grand pays comme la France ne saurait lésiner pour être bien administré. C'est Tanarchie qui coûte le plus. Si nous avons rappelé lei^ gros traitements, ce n'est point par sentiment démagogique, mais simplement parce qu'ils sont attribuésplus souvent aux sinécures qu'aux fonctions nécessaires, et, on l'entend bien, au détriment de celles-ci.
C'est la fonction que nous envisageons, non le fonctionnaire. Or les grasses sinécures ne sont pa& seulement onéreuses, elles sont aussi dissolvantes. Il en est de môme aussi, quoique à un moindre degré» surtout sous un régime électoral, des fonctions qui, ayant quelque utilité, assurent à leurs titulaires des avantages particuliers exagérés. N'est-ce point de là que vient la brigue, par quoi la sélection s'opère à rebours. Devant la ruée des quémandeurs de spor-