DT
En outre, la surproduction est, en certains cas, aggravée par la restriction des importations. C’est ainsi que l'Allemagne importait 1.166.400 hectolitres en 1913, et seulement 792.300 hectolitres en 1936. La part de la Gironde dans ce total était de 109.871 hectolitres en 1915 contre 8.392 en 1936 (après s'être élevée à 244.542 hectolitres pour les seuls vins en fûts en 4942). Il nous faut aussi noter que les fournisseurs de l’Allemagne ne sont plus les mêmes en 1936 qu'en 4913. Voici quels étaient, par ordre d'importance, les fournisseurs de 1913 : Espaone, France (362.600 hl.), Grèce, Italie, Portugal, Luxembourg, Hongrie, Algérie, Chili, et voici le classement tel qu'il s'établit en 1936 : Italie, Espagne, Grèce, Hongrie, Portugal, Chili, France (22.000 h1.), Yougoslavie, URSS. Notre pays est donc tombé du deuxième rang en 1913 au septième rang en 1936.
Pendant quelques années d’après guerre, la soif de jouissances, la facilité des affaires et l’obligation de remettre en état les vieux vignobles un peu négligés pendant quatre ans, ont créé une ère de prospérité factice permettant l'écoulement de la production mondiale, mais, la crise survenant, la viticulture a suivi le mouvement général et la surproduction s’est traduite par la mévente et l’avilissement des cours.
Les viticulteurs sont aujourd’hui à la merci d’une année un peu trop abondante qui accentuera le déficit existant déjà entre la production et la consommation et rabaissera les prix à un niveau encore plus bas qu’à l’heure actuelle, s'il est possible.
La situation de la France est-elle semblable à celle des autres nations viticoles ? Est-elle éprouvée par une crise de même nature que celles-ci ? Questions importantes pour discriminer les remèdes susceptibles d’efficacité. À
Il faut, pour y répondre, se faire une idée très nette de la variété des vins produits par notre pays.
TO POTTER f
Fear LAN
Dans sa majorité, la production française est composée de vins courants. Ces vins proviennent principalement du Midi, et la crise dont ils sont victimes est bien une conséquence de la surproduction locale, qui remonte loin en arrière, puisque déjà, après la crise phylloxérique, les cultures de céréales, de légumineuses, d'arbres fruitiers, d'oliviers, jadis fort importantes dans ces régions, commençaient à faire place à la vigne qui rapportait alors beaucoup (6), la concurrence étrangère n’existant pas encore; mais surtout une conséquence de la conjugaison de cette surproduction (augmentée après la guerre par des rendements plus élevés), avec la concurrence des pays neufs, et notamment de l’Algérie.
Ces derniers sont favorisés à différents points de vue par rapport à notre pays. En effet, leurs vignobles ont été constitués récemment d’après des principes et une technique modernes, les rendements obtenus sont élevés grâce à la jeunesse des vignes, à un sol et à un climat favorables, ainsi qu'aux apports d'engrais ou même à l'irrigation, enfin les frais de culture et de main-d'œuvre sont considérablement moins élevés que chez nous. Bref, à qualité égale, certains pays peuvent fournir de bons vins de table ordinaires, ou des vins de coupages, à un prix net inférieur à celui que nos viticulteurs peuvent consentir. La marge de bénéfice est chez nous plus restreinte qu'ailleurs. C'est, semble-t-il, une des raisons pour lesquelles la culture a rétrogradé dans les vieux pays producteurs.
Le tableau ci-après montre bien le terrain gagné par la concurrence étrangère en France, parallèlement à la diminution de nos exportations : en 1865, nous impor-
(6) La culture de la vigne étant alors rémunératrice, on la généralisa dans ces régions et le prix de 1 hectare de vigne augmenta, malgré le mildew, de 50 p. 100 dans le Gard et de 100 p. 100 dans l'Hérault, entre 1882 et 1892. Dans le même temps, la valeur de la vigne n’augmentait que de 21 p. 100 en Gironde. (Lafforgue, Les principales crises
et leurs caractéristiques).
PR Pre
tions 0,145 p. 100, et nous exportions 4,15 p. 100 de notre production totale; la proportion est maintenant renversée, puisque, en 4936, nous avons importé 17,29 p. 100 et exporté 0,98 p. 100 seulement.
Proportion des exportations et des importations par rapport à la production totale française de 1865 à 1936 (a).
POURCEN- POURCEN- TAGE TAGE des des exportations | importations (c) (c)
EXPORTA- TIONS (b)
PRODUC- TION (b)