PET ES
Le xx° siècle ne se contentera pas d’être économiquement une période troublée, mais il apportera les terribles maladies dont va souffrir notre vignoble : oïdium, phylloxéra, mildew, black-rot..., maladies dont l'apparition provoquera l'adoption de nouveaux cépages, de nouvelles méthodes de culture, et qui seront une des causes lointaines de la crise actuelle. ;
Au cours du siècle dernier, l’antagonisme que nous constatons à l’heure actuelle entre la viticulture et l’industrie commence à se faire jour. Il devait aboutir à la dure crise qui éprouva la viticulture aux environs de 1840. Cette crise, nous le verrons plus loin, présente certains traits communs avec celle que nous subissons actuellement.
La crise de 1840 surmontée grâce à l'énergie de nos viticulteurs, ceux-ci vont connaître bientôt l’ère des maladies cryptogamiques, dont les conséquences funestes se font encore sentir douloureusement aujourd’hui.
Ce fut d’abord l’oidium, découvert pour la première fois en 1845, à Margate, en Angleterre, et signalé dès 1852 en Gironde, où il causa de véritables ravages en 1853 et 1854.
Ce champignon se propageant par des spores d’une infinie ténuité, entraînées par le vent à des distances considérables, fut cependant assez vite combattu efficacement grâce aux traitements sulfureux, mais la production girondine, qui était de 2.296.559 hectolitres en 1850, était tombée à 319.892 hectolitres en 1854, point extrême de la crise, pour se redresser en 1857 à 1.073.781 hectolitres, et enfin à 2.213.671 hectolitres en 1863 0).
Vingt ans plus tard apparut le phylloxéra. Ses premières atteintes remontent à 1869, et auraient été manifestées dans la palus de Queyries, en face de Bordeaux,
(9) Malvezin, t, IV, p. 170.
HT Fetes
d'où il se développa rapidement pour gagner bientôt le département entier.
Il provoqua la destruction de nombreux vignobles, diminua dans de considérables proportions la quantité des récoltes, nécessita la reconstitution d’après de nouvelles et coûteuses méthodes, et, par contre-coup, augmenta lourdement le prix de revient.
Pour comble de malheur, le mildew survint peu de temps après, et frappa les vignobles épargnés par le phylloxéra.
Enfin le black-rot, provoqué par un cryptogame appelé Guignardia Bidwellii s’attaquant aux feuilles de la vigne et aux raisins qu'il décolore, ride et dessèche tout en les couvrant de pustules noires, causa de terribles ravages en 1897, 1901, 1902 et 1903.
Des remèdes variés furent utilisés : submersion, sulfure de carbone, sulfo-carbonates, badigeonnages et surtout reconstitution avec des plants américains pour le phylloxéra; traitements avec les sels de cuivre et bouillie bordelaise pour le mildew et le black-rot.
Cependant, malgré le zèle apporté à combattre ces divers fléaux, les pertes avaient été sévères.
Pour la France, la production moyenne était de 48.000.000 d’hectolitres de 1871 à 1873. Elle atteignit 63.000.000 en 1874, et 84.000.000 en 1875. Or, la moyenne des années 1879 à 1886 n'est plus que de 31.000.000 d’hectolitres, soit 44 p. 100 de déficit annuel.
La crise phylloxérique fit subir à la France une perte de 379.000 hectares de vignes arrachées, et une quantité plus considérable encore de vignes malades.
En Gironde, la superficie plantée, qui était en 1851 de 143.000 hectares en chilfres ronds, avait atteint son maximum en 1873 avec 188.000 hectares, et se retrouve seulement à 135.430 hectares en 1885, après l'invasion du phylloxéra.
ERAO UE
Parallèlement, la production moyenne des trois années qui précédèrent le fléau est de 3.255.000 hectolitres; les deux années très abondantes, 1874 et 1875, ont donné 5.200.000 hectolitres chacune, et la moyenne des dix années, 1876 à 1885, s'élève seulement à 1.773.600 hectolitres 40).
(10) Les chiffres ci-dessus sont extraits de l’ouvrage de M. Th. Malvezin, Histoire du commerce bordelais, t. IV, passim.