‹ La Crise Viticole en GirondeChapitre 63 sur 78 · KM E · texte numérisé non relu

KM E

N.-B. — Ces tableaux sont extraits du Bulletin du Syndicat national

du commerce en gros des vins, cidres, eaur-de-vie et spiritueux de France, numéro du 20 septembre 1937.

Les nouveaux tarifs ont le mérite d’être simplifiés par la suppression des centimes, mais il est certain que l’amélioration serait encore bien supérieure si le changement avait été motivé par la diminution souhaitée.

De plus, au moment de mettre sous presse, nous apprenons qu'une majoration de 24 p. 100 vient d’être appliquée aux tarifs marchandises à partir du 1° janvier 1938. Cela n’est pas fait pour activer les échanges.

Les tarifs maritimes, eux aussi, ne sauraient manquer d'être rehaussé par suite des événements sociaux actuels et de l'application de la loi des quarante heures qui est un non-sens au point de vue maritime, tout comme la journée de huit heures appliquée seulement en France. Cette dernière loi a provoqué chez nous l’augmentation des équipages dans la proportion d’un tiers en nécessitant la création de trois bordées par vingt-quatre heures au lieu de deux comme autrefois. On conçoit le trouble que cette mesure a pu provoquer dans les budgets de nos compagnies de navigation 6),

(6) Le tarif appliqué par la Compagnie Générale Transatlantique, au 31 décembre 1937, était de 37%5 francs la tonne pour les vins en caisses

partant de Bordeaux à destination de New-York. Ce tarif sera augmenté prochainement,

Ï nous paraît presque superflu de signaler, tant elles sont présentes à l’esprit, les nouvelles dispositions administratives venant freiner l'essor des transports routiers coupables de concurrencer trop efficacement les chemins de fer. De telles mesures ne sont pas faites pour abaisser le prix de revient du vin. Il faudrait, pour contribuer à le faire baisser, obtenir des diminutions importantes sur les tarifs actuellement pratiqués.

$ 2. — Les bénéfices des hôteliers.

Nous avons montré dans notre deuxième partie l’état d'esprit des hôteliers et restaurateurs : pour eux, les vins doivent constituer l’essentiel de leurs bénéfices, et ils en majorent les prix en conséquence. Il y aura donc lieu de lutter contre cette tendance et de chercher à obtenir, par l'intermédiaire des syndicats représentant les deux corporations, viticole et hôtelière, des conditions plus avantageuses pour nos vins, par exemple le simple doublement du prix.

srâce à cette modération relative, la consommation serait énergiquement stimulée, à la condition bien entendu que les vins vendus soient d’excellente qualité.

Il y aurait lieu aussi de rechercher des modalités de vente supprimant pour le restaurateur les inconvénients d'un achat nécessitant une grosse mise de fonds et risquant de lui rester pour compte. On pourrait, par exemple, dans certains cas, fournir les vins à condition, et n'en demander le paiement qu'au fur et à mesure des ventes. L'hôtelier ne serait plus alors fondé à exagérer les prix et devrait appliquer ceux fixés par son syndicat en accord avec le Syndicat des vins.

Enfin, il faut continuer à lutter pour la politique du «vin compris » qui se développe de façon assez rapide et favorise l'écoulement des vins ordinaires tout en constituant une excellente propagande.

8 3. —— Les droits et taxes intérieures.

Le vin est soumis en France à un impôt dit «taxe de circulation ». Ce droit est actuellement fixé par l’article 173 du Code des Contributions indirectes à 15 francs par hectolitre pour les vins expédiés par les récoltants ou les coopérateurs à des particuliers n’exerçant pas de commerce de boissons, et à 20 francs, dont 5 pour tenir lieu de taxe unique, pour tous les autres vins. Ces taux sont majorés temporairement de 6 francs par hecto (Décr. 24 déc. 1934). C’est ainsi que l’impôt s'élève à 47 fr. 25 par barrique de 295 litres dans le premier cas, et à 58 fr. 50 dans le deuxième.

Si nous précisons qu'en 1914 une barrique payait seulement 2 fr. 76, on aura une idée exacte des progrès remarquables réalisés par la fiscalité dans ce domaine. Le coefficient d'augmentation est, en effet, supérieur à 17.

Cette augmentation est-elle juste ? Nous ne croyons pas qu'il soit possible de le soutenir, car elle est manifestement disproportionnée au coefficient de majoration du prix de vente des vins par rapport à 1914; aussi demandons-nous un dégrèvement important qui stimulerait la consommation et pourrait être compensé, au point de vue fiscal, par l'augmentation du volume des affaires qui en résulterait, et par un relèvement des droits sur les alcools, dont l’usage ne présente aucun avantage physiologique, et, bien au contraire, cause de terribles ravages.

Ajoutons que, dans 82 villes de France, les droits d’octroi viennent encore se superposer, pour les vins en bouteilles, aux droits de circulation ci-dessus. Leur taux varie, suivant les villes, de 0 fr. 10 à 0 fr. 50 par bouteille. La persistance de ces redevances n'est-elle pas anachronique ?

$ 4. — Les droits de douane et la révision de notre politique douanière.

Nous avons déjà montré quelle importance les exportations présentaient pour nos vins fins; nous ne reviendrons donc pas ici sur cette question (voir 1" partie, chap. IP). Nous savons également (2° partie, chap. II-6°) quelles sont les causes du ralentissement exagéré de nos exportations : crise, coût du vin, fraude, qualité quelquefois déficiente, politique douanière.

Nous pouvons peu de choses sur la crise mondiale, mais nous venons, dans les pages qui précèdent, d'indiquer quelques solutions susceptibles de diminuer le coût du vin, de raréfier les fraudes, d'améliorer la qualité et d’organiser une publicité efficace. Ces points acquis, seuls les tarifs douaniers et les droits intérieurs portant trop souvent le prix du vin à un taux prohibitif (6), les contingentements venant limiter les quantités exportées, et le manque de devises, peuvent encore empêcher le consommateur étranger de devenir ou de redevenir le client important qu'il doit être et qu'il veut être pour nous. I nous faut donc, pour ranimer nos exportations et insufler une nouvelle vie à notre viticulture moribonde, obtenir l’abaissement des droits de douane et des droits intérieurs, l’élargissement des contingents qui nous sont accordés, el l'octroi de devises aux négociants étrangers par leurs gouvernements respectifs.

L'initiative appartient ici à notre gouvernement qui, hélas ! de nos jours comme au temps de Montesquieu, semble réserver sa sollicitude à l’industrie et négliger quelque peu l’agriculture. C’est ainsi que M. Ginestet, dans son rapport au Congrès international de viticulture, tenu à

(6) Allemagne. 20 francs: Australie, 25 Îr. 95: Chine 179Mfr 20"relc:, le tout par bouteille.

Masson. 10

Paris du 30 juin au 3 juillet 1937, pouvait écrire : « Nous affirmons... que l'exportation de nos vins français est complètement sacrifiée à la protection de certaines industries françaises dont les voix plus puissantes sont mieux entendues de nos gouvernants. » (7).

Espérons cependant qu’en face de la détresse viticole, les pouvoirs publics voudront bien s’émouvoir et exiger enfin des pays étrangers les conditions plus favorables que l’état actuel de notre balance commerciale, en déficit constant, permettrait d'obtenir ®). Ils seront d’ailleurs d’autant mieux armés pour cela que nos vins, grâce à l’application des remèdes déjà étudiés, présenteront les meilleures conditions de qualité, d'authenticité et de bon marché possibles.

Trois choses doivent donc être obtenues : la diminution des droits, l’élargissement ou la suppression des contincents, l'octroi de devises.

L'importance des droits est souvent une mesure de représailles; mais elle peut aussi être provoquée par le désir de se procurer des ressources financières.

Les contingents, caractéristiques de l'après-guerre, témoignent de la lutte économique entre les peuples, de la tendance à l’autarchie, et du désir qu’ont certains gouvernements de conserver leurs devises pour des buts de polititique totalitaire. (Ainsi, les offices allemands chargés de délivrer les certificats de devises ne les distribuent qu'avec parcimonie.)

Il est certain qu'un changement dans l'orientation de la politique douanière mondiale, et un retour vers le libre-échange, constitueraient une amélioration providen-

(1) Bulletin international du Vin, sepl. 1937, p. 166.

{8 Le déficit de la balance commerciale française, qui atleignail 6.193.463.000 francs pour les neuf premiers mois de 1936, s'est élevé à 13.283.064.000 francs pour la période correspondante de 1937 (Feuille Vinicole, 10 nov. 1937).

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