‹ La critique de la raison pure. Tome premier (volume 2)Chapitre 11 sur 37 · TROISIÈME OPPOSITION DES IDÉES TRANSCENDBNTALES · texte numérisé non relu

TROISIÈME OPPOSITION DES IDÉES TRANSCENDBNTALES

ANTITHÈSE

Il n'y a pas de liberté, mais tout dans le monde arrive suivant des lois naturelles.

PREUVE

' Supposé quMI y ait une tfberté, dans le sens transcendental, comme une espèce particulière de causalité suivant laquelle les événements du monde pourraient avoir lieu, c'estidire une faculté de commencer absolument un état, par conséquent aussi une série de conséquences de cet état: alors Bon-seulement une série commencera absolument en vertu de cette spontanéité, mais encore la determination.de cette spontanéité même à produire la série, c^est*à-dire la causalité;

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cbose arrive, est elle-même quelque chqsp.d'amvé, qui suppose à son tour, suivant la loi de la nature, un état précédent et sa causalité; mais. cet état en suppose de même un antre antérieur, et ainsi de suite.

,Si donc tout arrive suivant les seules lois de ta nature, il n'y a jamais qu'un commencement subalterne [relatif], mais jamais yn premier commencement, et par conséquent en général aucune intégralité de la série du côté des causes provenant les unes des ai^tres. Or, cependant cfest une loi de la nature, que, sans une cause suffisamment déterminée à priori^ rien n'arrive. Par conséquent, la proposition qui énonce que toute causalité, n'est possible que d'après des lois physiques se contredit elle-même dans sa généralité sans limite. Cette causalité ne peut donc être admiae comme unique.

Il faut donc Wmettre une causalité par laquelle qudque chose arrive sans une autre cause précédente qui la détermine suivant des lois nécessaires, c'est-à-dire une sponUméité absolut des causes, capable de commencer d'elle-même une série de phénomènes, qui déroule' suivant' des lois physiques ; par conséquent une liberté transcendentale, sans laquelle , dans le cours même de la nature, la série successive des phénomènes n'est jamais complète du côté des causes.

TRANSGENBENTALE . 1 51

tellement que rien ne précède, en vertu de quoi cette action qui arrive soit déterminée suivant* des loi^ constantes. Mais tout commencement d'action suppose un état de la cause encore non agissante ; et un commencement dynamiquement premier de l'action suppose un état qui n'a aucun rapport de causalité avec le passé de la même cause, c'est-à-dire qui n'en résulte d'aucune manière. La liberté transcendentale est donc opposée à la loi de causalité^ et une liaison des états successifs produits par des causes efficientes, suivant laquelle aucune unité expérimentale n'est possible, et qui par conséquent, ne se trouve dans aucune expérience, n'est donc qu'un vain être de raison.

II n'y a donc que la nature dans laquelle nous devions chercher Venchainement et l'ordre desévénements du monde.. La liberté (l'indépendance), à Tégard des lois de la nature, est à la vérité un affranchissement de la contrainte, mais aussi un affranchissement du fit conducteur de toutes les règles. Car on ne peut pas dire qu'au lieu des lois de la nature, des lois de la liberté pénètrent dans la causalité du cours du monde, parce que si cette causalité était déterminée suivant; des lois, elle ne serait pas liberté; au contraire, elle ne serait autre chose que la nature. Par conséquent, la libené et la nature transcendentales se distinguent comme la légalité et la licence. La première, à la vérité, fatigue l'entendement parla difficulté de rechercher de plus en plus haut l'origine des événements dans la série des causes, parce que la causalité est toujours conditionnée en eux'; maïs elle promet en retour une unité d'expérience universelle et légale. Au contraire, l'illusion de la liberté promet, il est vrai, du repos à l'entendement qui scrute dans la chaîne des causes, puisqu'elle le conduit à une causalité inconditionnée ou absolue, qui commence à agir d'elle-même; mais comme cette causalité est aveugle, elle rompt le fil conducteur des règles, suivant lequel seulement une expérience univer*;elîemen liée dans toutes ses parties est possible.

REMARQ9IS 80A LA TROISIÈU AHTINOIIIB.

!• Sur la thèse.

L*idée transcendentale de la liberté ne forme pas à beaucoup près, il est vrai, le couteau total du concept psychologique de ce nom, concept qui est en grande partie empirique; elle ne forme que celui de la spontanéité absolue de Taction, comme raison propre de Timputabilité de cette action. Néanmoins ce concept est la pierre d^acfaoppement de la philosophie, qui trouve des difficultés insurmontables h reconnaître cette espèce de causalité absolue. Ce qui, par conséquent dans la question sur la liberté de la volonté, a mis jusqu'ici la raison spéculative dans un si grand embarras, n^est que tfamcendental^ et a seulement pour objet de savoir si une faculté de commencer spontanément une série de choses ou d'états successifs doit être admise. Il n'est pas nécessaire de dire comment une faculté de cette nature est possible, puisque nous sommes également obligés de nous l^orner, en fait de causalité suivant des lois naturelles, à reconnaître à priori qu'une telle causalité doit être supposée, quoique nous ne comprenions pas du tout comment il est possible qu'en vertu ^'une certaine existence, uœ autre existence d'une autre chose soit posée, et que nous soyons ainsi forcés de nous en tenir simplement à Texpérience. Mous n'avons donc proprement prouvé cette nécessité d'un premier contmencement d'une série de phénomènes par la liberté, il est vrai, qu'autant qu'il est indispensable pour concevoii* une origine au monde, tandis que l'on peut prendre tous les états successifs pour une dérivation d'après des lois purement physiques. Mais parce que la faculté de commencer tout à fait spontanément une série dans le temps, vient cependant d'être enfin démontrée par là (quoique non aperçue), il nous est aussi permis maintenant de faire commencer spontanément différentes séries au milieu du cours du monde, et d'attribuer â

TEANSGENDENTALB. 1 53

BJEHARQtES SUR LA TROISltioE AUTINOIIIE.

So Sur rantithèse.

Les défenseurs de la toute-puissanee de la nature {phy* shcraiîe transc^ndentale), en opposition à la doctrine de la liberté, pourraient argumenter de la manière suivante contre les paralogismes en faveur de cette dernière : Si vous ne supposez rien dans le monde de mathématiquement pre^ mier par rapport au temps, vous n*avez pas besoin non plus de chercher quelque chose de dynamiquement premier quant à la ' causalité. Qui vous a chargés d'imaginer un état absolument premier du monde, et par conséquent un commencement absolu de I9 série des phénomènes successifs? Et pouvez* vous par là douner un point d'appui à votre imagination pour mettre des bornes à la uature illimitée? Puisque les substances ont toujours été dans le monde, Tunité de l'expérience rend an moins cette supposition nécessaire, jll n'y a aucune difficulté à supposer aussi que le changement de leurs états, c'est-à-dire une série de leurs changements, a toujours été, et, par conséquent, qu'aucun commencement premier, soit mathématique, soit dynamique, ne doit être cherché. La possibilité d'une telle dérivation infinie, sans un premier membre par rapport auquel tout le reste soit seulement successif, est incompréhensible, il est vrai; mais si vous voulez pour cela rejeter ces'ënigmes physiques, vous vous verrez forcés de re> jeter plusieurs propriétés fondamentales synthétiques (forces primitives) que vous comprenez aussi peu : et mêna^ la possibilité d^un changement en général doit vous paraître choquante ; car si vous ne trouviez pas par l'expérience qu'il tst réel, jamais vous ne pourriez imaginer à /^nort comment une telle succession perpétuelle d'existence et de non-existence est possible.

Quand même, en tous cas, on reconnaîtrait une faculté transcendentale de liberté pour commencer les évolutions du

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leurs substances une faculté d'agir librement. Mais il ne faut pas se laisser embarrasser ici par un malentendu, à savoir que, puisqu'une série successive ne peut avoir dans le monde un premier commencement que comparativement, toujours un état de choses en précédant un autre dans le monde, aucun premier commencement absolu des séries n*est sans doute absolument possible pendant le cours du monde. Car nous ne parlçns pas ici d'un commencement absolument premier quant au temps, mais quant à la causalité. Si présentement, par exemple, je suis parfaitement libre de me lever de mon siège, et que; sans Tinfluencede causes physiques nécessairement déterminantes, je me lève en effet, dans cet événement commence alors une série absolument nouvelle avec toutes 6es conséquences naturelles à l'infini, quoique, à Fégard du temps, cet événement ne soit que la continuation d'une série précé* dente; car cette résolution et ce fait ne sont pas une simple dérivation de l'action de la nature; ils n'en sont pas une simple continuation, mais leurs causes naturelles déterminantes remontent indéfiniment haut ; en sorte que ce double événement, qui, à la vérité, les suit, mais sans en dériver, ne doit par conséquent pas être appelé un commencement absolument premier d'une série de phénomènes quant au temps, il est vrai, mais bien cependant par rapport à la causalité.

La confirmation de la nécessité où se trouve la raison de s^en rapporter, dans la série des causes naturelles, à un premier commencement par liberté, se fait remarquer d'une manière très-frappante dans ce fait, quêtons les philosophes anciens, excepté ceux de l'école empirique, se sont vus forcés d'admettre, pour expliquer les mouvements du monde, un premier moteur, c'est-à-dire une causelîbrement agissante qui ait commencé d'abord et d'elle-même cette série d'états ; car ils n'ont pas tenté l'explication d'un premier commencement par simple nature.

TRANSOSNPBipiALB. 1 55

inonde, an m'oins cette'faculté ne devrait être qn'en dehors du monde (quoiqu'il y ait toujours une prétention bien téméraire il admettre un objet hors^ de renaeraUe de toutes les intuitions possibles, objet qui ne peut être donné dans aucune perception possible). Mais dans le monde même, il n'est absolument permis à personne d'attribuer une telle faculté aux sttbatances, parce que c^en serait fait alors de-l^ncbalnement des phénonaènes qui se détermii^eat les uns les autres, nécessairement suivant des lois universel les, enchalnemeot que nous appelons nature ; et avec lui disparaîtrait en très-gprande partie la marq^ue de la vérité empijrique, qui distingue la veille du sommeil. Car avec une semblable faculté de liberté qui n'est soumise à aucune loi, la natureest à peine concevable; ses lois, en eiîet^ éprouveraient sans cesse des changements par rinfluence de la liberté, et le jeu des phénomènes, qui serait uniforme et régulier d'après la nature seule, se trouverait par là troublé et sans encbaiaement.

ANTINOMIES DE LA RAISON PlflRE.

QMTUteB OVPOSITIÔR DBS IDÉES TBAMSCKIDENtAU».

THÈSE

Au monde sensible se rapporte quelque chose qui^ soit qu'il en fasse partie, soit qu'il en soit cause, est un être absolument nécessaire.

PBEUVE.

Le monde sensible, comme ensemble de tons les phénomènes, contient en même temps une série de changements ; car, sans cette série,^ la représentation même de la SQOcession do temps, comme condition de la possibilité du monde sensible, ne nous serait pas donnée (i). Mais tout changement est soumis à sa condition qui le précède, et sous laquelle il est nécessaire. Or, tout conditionné actuel présuppose, par rapport à son existence^ une série complète de conditions jusqu'à Pincondition né absolu, qui seul est absolument nécessaire. Par conséquent, quelque chose d'absolument nécessairle doit exister s'il existe un changement comme sa conséquence. Mais ce nécessaire appartient lui-même au monde sensible ; car, supposé qu'il en soU en dehors, alors la série des changements dans le monde en tirerait son origine, sans cependant que cette cause nécessaire appartint elle-même au monde sensible. Or, cela est impossible. En effets le commencement d'une succession ne pouvant être déterminé que par ce qui précède, la suprême condition du commencement d'une «érie de changements devait donc être dans le monde lorsque cette série n'était pas encore; car le commencement est une existence que précède un temps dans lequel la chose qui commence n'était pas encore. La causalité

(i) Le temps, comme condition formelle de la possibilité des changements, les précède à la vérité, objectivement; mais subjectivement et dans la vérité de la conscience, cette représentation n^est cependant donnée, comme toute autre, qu*à Toccasion des perceptions.

TKANSCBNDBNTALB. 157

QI^ATRIÈHE OPPOSITION DB& IDÉSS TBAnSGENDENTAUES.

ANTITHÈSE

Iln'eiiste nulle part aucun être abBolumeot nécessaire, soit dans le monde, soit hors du monde, comme en étant la cause.

PREUVE

Supposé que le monde soit lui-même, ou qu'il y ait eu lui, un être nécessaire ; alors il y aurait dans la série de ses changements un commencement qui serait absolument nécessaire, par conséquent qui serait sans cause; ce qui répugne à la loi dynamique de la détermination de tous les phénomènes dans le temps : ou bien la série même serait sans aucun commencement, et, quoique contingente et conditionnée dans toutes ses parties, elle serait cependant, dans le tout, nécessaire et inconditionnée; ce qui est contradictoire, puisque l'existence dune multitude ne peut être nécessaire, si aucune de ses parties n'a ea sopune existencO'nécessaire.

Suppose qu'il y ait, au coniraire,une cause absolument nécessaire du monde hors du monde ; alors cette cause, comme premier membre dans la série des causes des changements du monde, commencerait d'abord l'existence de ces . causes et leur série (i). Mais alors il serait nécessaire aussi qu'elle commençât à agir, et sa causalité aurait lieu dans le temps, et par cette raison ferait justement partie de l'ensemble des phénomènes, c'est-à-dire du monde; par conséquent, la cause elle-même ne serait pas hors du monde; ce qui contredit la supposition. Il n'y a donc ni dans le monde ni horsdu monde (mais avec lui en union causale) un être absolument nécessaire.

(I) Le mot commetuer est pris dans une double acception : la première active^ lorsque la cause commence («n/t<)une série d'états comme son effet; la deuxième passive^ lorsque la causalité commence (/II) dans la cause même. Je conclus ici de la première à la dernière.

158 L06IQUB

de la cause nécessaire des changements, et par conséquent aussi la cause elle-même, appartient donc à un temps (par con* séquent an phénomène, dans lequel seulement le temps est possible, comme en étant la forme) ; elle ne peut donc être conçue isolée du monde sensible, comme ensemble de tous les phénomènes. U y a donc dans le monde même quelque chose d'absolument nécessaire, que ce soit maintenant la série cosmique tout entière, ou une partie de cette série seulement.

REHARQOBS SOft Ul QDATBlkU ARTHIOHIB.

lo Sur la thèse.

Pour prouver l'existence d'un être nécessaire, je ne dois faire usage ici que de l'argument cosmologique, c'est-à-dire de celui qui consiste à s'élever du conditionné dans le phénomène à l'inconditionné dans le concept, en considérant l'inconditionné comme la condition nécessaire de la totalité de la série. Il appartient h un autre principe de la raison de tenter ^argument par la seule idée d'un être suprême de tous les êtres en général, argument qui, par conséquent, devra être présenté en particulier.

La preuve cosmologïque pure ne peut donc établir l'existence d'un être nécessaire qu'en laissant en même temps indécise la question de savoir si cet être est lui-même le monde ou s'il en diffère ; car, pour, résoudre cette dernière question, il faut des principes qui ne sont plus cosmologiques, et qui ne se rencontrent pas dans la série des phénomènes ; il faut des concepts d'êtres contingents en général (en tant qu'ils sont simplement considérés comme objets de l'entendement), et un' principe pour les rattacher par le raisonnement à un être nécessaire ; ce qui est entièrement du ressort d'une philosophie transcendante^ dont il n'est pas encore ici question.

Mais si l'on commence une fois la preuve cosmolo^que-

TRANSCamOBHTALE. 159

UKARQUES SUR LA QUATEIÈME AMTINOIIIE,

90 Sur Tantithèse.

Si, en remontant la série des phénomènes, on pense rencontrer des difficultés contre l'existence d'une cause première absolument nécessaire, elles ne doivent pas non plus se fon* der sur le simple concept de Texistence nécessaire d'une chose en général , et ne doivent par conséquent pas être ontologiqnes, mais résulter de la liaison causale avec une série de phénomènes, pour en adipettre une condition qui soit ellemême inconditionnée ; elles doivent donc être déduites co»mologiquement et suivant des lois empiriques. Il s'agit en efiiet défaire voir que la progression dans la série des causes (dans le monde sensible) ne peut jamais finir par une condition empiriquement absolue, et que l'argument cosmologique tiré de la contingence des états cosmiques, en conséquence des changements du monde, est contraire à la supposition fùne cause première, et qui commence absolument une série.

Maiail y a dans cette antinomie un contraste étonnant : le même argument qui servait à conclure, dans la thèse, Texistenoe d'un être primitif, sert k conclure sa non-existence dans l'antithèse, et même avec une égale subtilité. On disait en premier lieu : il y a un être nécessaire^ parce que tout le temps paué renferme la série de toutes les conditions, et par Gooftéquent aussi l'absolu (le nécessaire). On ditm^inienant :

ment, en mettant en principe. la série des phénomènes et leur régression, suitant les lois empiriques de la causalité, on ne peut plus ensuite la quitter et passer à quelqu'autre chose qui n'appartiendrait pas à la série comme un de ses membres ; car quelque chose doit être considéré comme condition dans le même sens précisément que la relation du conditionné à sa condition dans la série, laquelle série a dû conduire à cette suprême condition par une progression continue. Or, si ce rapport est sensible, et s'il appartient à l'usage empirique possible de l'entendement, la condition ou cause suprême ne peut terminer la régression que suivant les lois de la sensibilité, et par conséquent comme appartenant exclusivement à la succession, et l'être nécessaire doit être considéré comme l'anneau le plus élevé de la chaîne cosmique.

On s'est néanmoins permis de faire un tel saut (pcràSoffcc sec &Xko ^voc),puisqu'on a conclu des changements dans le monde à leur contingence empirique, c'est-à-dire à leur dépendance de causes empiriquement déterminantes; et l'on a obtenu, comme de juste, une série ascendante de conditions. Mais comme on ne pouvait trouver dans cette série aucun commencement absolu et aucun membre suprême, on a subitement abandoiiné le concept empirique de la contingence, et l'on a pris la catégorie pure, qui n'a donuéqu*une série purement intelligible dont la plénitude ou intégralité reposait sur l'existence d'une cause absolument nécessaire, qui, n'étant plus soumise à aucune condition sensible, a été affranchie aussi de la condition de commencer dans le temps sa causalité même. Mais ce procédé est tout à fait illégitime, ainsi qu'on peut le conclure de ce qui suit.

LfC contingent, dans le sens pur de la catégorie, est ce dont l'opposé contradictoire est possible. Or, on ne peut absolument pas conclure de la contingence empirique à cette contingence intelligible. Ce qui est changé, 4;e dont l'opposé (de son, état) est réel dans un autre temps, par conséquent

TBANSCBNDRNTÂLE. 161

t7 tCy apasitétre nécessaire, par la raison même que le temps écoulé contient en lui la série de toutes conditions (qui sont par conséquent tontes à leur tour conditionnées). La raison de ce fait est qae le premier argument ne se rapporte qu'à la Maiité absolue de la série des conditions, dont l'une détermine Fantredans le temps, etacqdiertspar là je ne sais qnoi d'absolu et de nécessaire. Le second, au contraire, considère la conUngenee àeXoui ce qui est déterminé danslasuccession(jpsrce qu'avant chaque chose, précède un temps dans lequel la condiltion même doit à son tour être déterminée comme conditionnée); de cette manière^ par conséquent, tout absolu et toute néces^ site absolue disparaissent entièrement. Cependant le mode de oonclnsîon dans les deux est parfaitement conforme k la commune raison humaine, à laquelle il arrtre souvent de se contredire elle-même, suivant qu'elle ccmsidère son objet sous deux points de vue différents. M. de Mairan a jugé la dispute de deux célèbres astronomes, dispute, qui était résultée d'une semblable di|Bculté sur le choix d'un point de Ttic, comme un phénomène assez digne de remarque pour faire à ce^ujet une dissertation particnlière. L'un raisonnait ainsi : ta bme tourne autour de son oare, parce qu'elle montre constamment le même côté à la tçrre; Tautre ainsi : la lune ne tourne pas autour de son axe^ précisément parce qu'elle montre toujours le même cô^ à la terre. Les deux raisonnements étaient vrals^ suivant le point de vue d'où l'on voulait observer le mouvement de la lune.

aussi possible: il n'est danc paa l'opposé contradictoire de l'état passé; il faudrait, pour qu'il en fût ainsi, que» dans le mêmelamps était^où était l'état passe l'opposé de cet état eût pu être à sa place ; or> c'est ce qui ne peut être du tout conclu du chang[ement4 Un corps qui était en mouvement z^tL^à^ Tient en repos = non a. Or, de ce qu'un état opposé à Fétat a le suit, il n en peat être conclu que l'état contradictoire de a soit possible^ par conséquent que a soit contingent; car il faudrait pour cela que, dans le même temps où le mouvement existait, au lieu de ce mouvement il eût pu y avoir repos. Or, nous ne connaissons autre chose si ce n'est que le repos a été réel dans le temps suivant, et par conspuent aussi possible dans ce même temps. Mais le mouvement dans un temps et le repos dans un autre temps ne sont pas contradic-> toirement opposés entre eux. Par conséquent la succession de déterminations contraives, c'est-à-dire le changement, ne prouve «n aucune manière la contingence suivant des concepts de l'entendement pur ; il ne peut donc pas conduire par les concepts intellectuels purs k l'existence d'un être nécessaire. Le changemfint prouve seulen^nt la contingence emplriquCf c est^-dire que le ifouvel . état par lui-même, sans une cause qui appartint à un temps passé, n*aurait pu avoir lieu suivant la loi ,decaus3,lité.. Mais cette cause, quoique prise comme absolûmes nécessaire, doit néannibins se trouver de cette manièreidaps le temps, et faire partie delà série des phénomènes.

SBGTIOIf III.

De Pintérôt de la raison dans ce conflit avec elle-même.

Nous avons maintenant tout le jeu dialectique des idées cosmologi^ues, qui ne permettent paa qu'un objet à elles correspondant soit donné dans une ex-

T&ANSGBNDBNTALE. 1 63

périence possible quelconque, qui ne permettent pas même que la raison les conçoive d'accord avec les lois générales de l'expérience; et ces idées ne sostt cepen* dant pas imaginées arbitrairement, mais la raison y est nécessairement conduite dans une progression continue de la synthèse empirique, quand elle vent affranchir de toute condition et embrasser dans sa totalité absolue ce qui ne peut jamais être déterminé, que conditionnellement suivant les règles de l'expérience. Ces affirmations dialectiques sont donc autant de tentatives pour résourdre quatre problèmes naturels et inévitables de la raison : quatre, dis^je, ni plus ni moins, parce qu'il n'y a pas un plus grand nombre de. séries de suppositions synthétiques qui limi tent à />rû>r» la synthèse empirique.

Nous n'avons exposé les prétentions fastueuses de la raison étendant son empire au-delà des horne&de l'expéribnce, que dans des formules arides qui contiennent simplement le principe de i^es légitimes exigences ; et, comme il convient à une philosophie transcendentale, nous les avons dépouillées de tout élément empirique, bien que l'éclat des affirmations de la raison ne puisse briller qu'en rapporc avec l'em* pirisme. Hais, dans cette application et dans l'extension progressive deUnsagede la raison, la philosophie, partant du champ de Texpérience et s'élevant insensiblement jusqu'à ces idées sublimes , montre une dignité qui, si elle pouvait seulement soutenir ses pré-

tentions, surpasserait de beaucoup le prix de toutes les autres sciences humaines, puisqu'elle promet le fondement de nos plus grandes espérances et des vues sur le but final vers lequel tous les efforts de la raison doivent converger en définitive. Le monde a-t-il un corn* mencement dans le temps et une limite dans Tespace? — N'y aurait-il pas dans le moi pensant une unité indivisible et indissoluble, ou n'y a*t-il rien que de divisible et de passager? — Snis-je libre'dans mes actes, ou, comme les autres êtres, suis-je conduit par le fil de la nature et du destin? — Enfin, y a-t-il une cause suprême du monde, ou les choses de la nature et leur ordre forment-ils le dernier objet auquel nons devons nous arrêter dans nos considérations ? Voilà des questions pour la solution desquelles les mathématiciens donneraient volontiers leur science^ car les mathématiques ne peuvent nous procurer aucune satisfaction à l'égard de la fin suprême 'et ti^importante de l'humanité. Ilya plus, c'est que ladignité propre des mathématiques (cet orgueil de la raison humaine) consiste en ce que, donnant un guide à la raison pour faire voir, contré l'attente de la philo- Sophie qui n'édifie que sur l'expérience commune, Tordre et la régularité de la nature, en grand comme en petit, Tunité admirable de ses forces motrices; les mathématiques sont ainsi un motif et nn encouragement à faire servir la raison au-^ielà de toute expérience, et fournissent même à la philosophie, oc*

TRANSCENDENTÂLB. 165

copée de cette affaire, des matériaux exceUents pour l'aider dans ses recherches, autant que leur nature le permet, par des intuitions convenables.

Malheureusement pour la spéculation (mais heureusement peut-être pour la destination pratique de l'homme), la raison, au milieu de ses plus grandes espérances, se trouve si embarrassée de raisonnements pour et contre, que, ne pouvant, tant par honneur que par pradence, ni reculer ni regarder ce procès d'un œil indifférent comme un simple jeu, et moins encore offirir simplement la paix, parce que l'objet de la dispute est du plus haut intérêt; il ne luirestequ'à réfléchir sur l'origine de ses dissensions avec eUe-mème, et à voir si peut-^tre un simple malentMdu n'en serait pas la cause^ et si, une fois ce malentendu dissipé, les prétentions orgueilleuses de part et d'autre ne feraient pas place au règne tranquille et durable de la raison sur l'entendement et les sens.

Noos n'entrerons pas dans cette explication radicale dans voir auparavant de quel côté nous devrons nous rejeter, si nous sommes forcé de prendre un parti entre ces deux positions. Puisque, dans ce caa^ nous ne consultons pas la pierre de touche logique de la vérité, mais simplement notre intérêt; cette recherche, quoiqu'elle ne décide rien par rapport au droit litigieux des deux parties, aura cependant l'avantage de faire comprendre pourquoi ceux qui s'intéressent à ce combat se tournent plus volontiers d'un

i06 LOGIQUE

côté que de l'autre, sans qu'une connaissance approfondie de la question soit précisément cause dé cette détermination, et d'expliquer en même temps encore d'autres choses : par exemple, le zèle plein d'ardeur de Tune des parties, et la froide et tranquille affirmation de l'autre ; la raison pour laquelle on applaudit avec joie à l'une, celle pour laquelle, au contraire, on se fait ennemi irréconciliablédé l'autre.

Mais il est quelque chose qui, dans ce jugement provisoire, détermine le point de vue duquel seul le jugement peut être porté avec la fondamentalité convenable; c'est la comparaison des principes d'où partent lœ deux adversaires. On remarque sous les affirmations de l'antithèse une parfaite uniformité dans la manière de penser, et une unité complète de Qiaximes, savoir: un principe de Y empirisme pur ^ non-seulement dans l'explication des phénomènes du monde, mais aussi dans la solution des idées transcendentales touchant l'univers même. Au contraire, les affirmations de la thèse mettent en principe, outre le mode d'explication empirique dans le diurs de la série des phénomènes, des points de départ intellectuels, ce qui fait que la*maxime n'est plus simple. J'appellerai cette maxime, d'après son caractère distinctif essentiel, le dogmfltisme de la raison pure.

Du côté donc du dogmatisme, dans la détermination des idées rationnelles cosmologiques, ou du côté de la Ihèse^ se remarque :

TRÂNSGKinNnfTALE. 167

Wn certain intérêt pratique dans lequel tout homme sensé, s'il eomprebd son véritable avantage, prend parti de bon cœur. Que le monde ait un commencement, que le mot pensant soit de nature simple, et par conséquent incorruptible, qu'il soit en même temps libre dans ses actions arbitraires et à Tabri de la contrainte de la nature, et qu'enfin l'ordre total des choses qui composent le monde dépende d'un être premier de qui tout emprunte son unité et sa liaison conforme à son but; ce sont là autant de pierres angulaires fondamentales de la morale et de la religion. L'antithèse nous dépouille de tous ces appuis, où semble du moins nous en dépouiller.

2"* Un intérêt spéculatif Ae la raison se montre aussi de oe côté : car si l'on adopte et que l'on emploie de cette manière les idées transoendentales, on peut aussi embrasser parfaitement à priori la chaîne entière des conditions, et comprendre la dérivation du conditionna^ puisque l'on commence -par l'absolu, que ne donne point l'antithèse, laquelle se recommande bien mal, par cela même qu'elle ne peut donner, sur les conditions de sa synthèse, une réponse qui ne laisse pas toujours à questionner sans fin. Suivant elle, on doit s'avance d'un commencement donné à^ on autre déplus en plus élevé; chaque partie conduit -encore à une partie moindre, chaque événement a. toujours un autre événement au-dessus de lui comme cause, et les conditiotetde l'exia-

168 L06IQ0B

teaee en général portent toujours de nouveau sur d'autres, sans jamais pouvoir rencontrer une base absolue dans untf chose subsistant par elle-même comme être primitif.

3"* Ce côté a aussi l'avantage de la popularité^ qui n'est certainement pas le moindre titre à sa recommandation. Le^ns commun ne trouve pas, dans les idées d'un commencement absolu de toute synthèse, la moindre difficulté, parce qu'il est plus accoutumé^ en semblables cas, de marcher en descendant par les conséquences qu'en remontant par les principes, et qu'il a, dans les concepts de l'absolument Premier (de la posibilité duquel il ne s'inquiète guère), une commodité et en même temps un point ferme auquel il peut attacher le fil de ses pas ; tandis qu'au contraire, dans Tasienaion perpétuelle du conditionné à la condition, étant toujours avec un pied en l'air, il ne peut trouver aucune jouissance.

Du côté de V empirisme ^ dans la détermination des idées cosmologiques, ou du côté de V antithèse^ on observe d'abord qu'il ne se trouve aucun intérêt pratique résultant des principes de la raison pure, tels que la morale et la religion en renfiifAient. Bien plus, le pur empirisme semble priver ces deux choses de toute force et influence. S'il n'y a aucun être premier distinct du monde, si le monde est sans commencement, et par conséquent aussi a^ans créateur, si notre votonté n'est pas libre, si l'âme est divisible et

TRANSGSNBB|>iTALE. 169

sujette à corruption comme la matière; toute la valeur des idées et des principes moraux , et avec elle toutes les idées ^ran^cendan^afe^, qui constituent' leur appui théorétique , s'évanouissent.

2^ Mais, en compensation^ Tempirisme offre des avantages à l'intérêt spéculatif de la raison, avantages qui sont très-attrayants, et qui surpassent de beaucoup ceux que peut promettre le docteur dogmatique des idées rationnelles. Suivant l'empirisme, l'entendement est toujours sur son propre terrain , savoir sur le champ de la pure expérience possible dont il peut rechercher les lois, et, par leur moyen, étendre sans fin ses sûres et faciles connaissances. Ici, il peut et doit exposer en intuition l'objet, tant en luimême que dans ses rapports; il peut le représenter, tout au moins dans des concepts dont l'image est susceptible d'être montrée clairement et distinctement dans des intuitions analogues données. Nonseulement l'entendement n'a pas besoin de quitter cette chaîne de l'ordre de la nature, pour s'attacher à des idées auxquelles il ne connaît pas d'objets correspondants, parce que de semblables objets ne peuvent jamais être donnés comme matière de la pensée; mais il ne lui est pas même permis de quitter son œuvre, et, sous prétexte qu'elle est achevée, de passer dans le domaine de la ration idéalisante, aux concepts transcendentaux, où il ne serait plus obligé d'observer et de rechercher conformément aux lois de la nature,

170 LOQIQUIS

mais où il pourrait penser et invefiterj BÛr qu^il serait de ne pouvoir être réfuté par les faits de la nature, parce qu'il ne dépendrait point de leur témoignage^ pouvant au contraire le méconnaître, ou même le soumettre à une autorité supérieure, celle de la raison pure L'empiriste ne permettra donc jamais de prendre une époque quelconque de la nature pour absolument première^ ou de considérer une limite de son point de vue dans la circonscription de la nature comme la plus excentrique, ou dépasser, — des objets de la nature, qu'il peut déchiffrer par l'observation et les mathématiques , et déterminer synthétiquement dans rintuition (dans l'étendue), — à des choses qui ne peuvent jamais être exposées in concreto, ni par les sens, ni par l'imagination (au simple). Il ne permettra pas même que l'on pose en principe, dans la nature, une faculté indépendante des lois physiques (une liberté), et qu'on diminue par là l'objet de l'entendement, qui est de rechercher, suivant le fil de lois nécessaires, l'origine des phénomènes. Il ne permettra pas, enfin, que l'on cherche hors de la nature la cause de quoi que ce soit (un être premier), puisque, excepté cette nature, nous ne connaissons rien, attendu qu'elle seule nous fournit des objets, et peut

nous instruire de ses lois.

A la vérité, si le philosophe émpiriste , avec son antithèse, n'a d'autre but que de rabattre la témérité

TaANSGBNDBNTALE. 171

et la présomption de la raison, qui méconnaît sa inraie destination, s'enorgueillissant de bsl pénétration et de son saooir, là même où il n'y a plus ni péné^ tration m science possible ; jie la raison qui veut faire passer pour un avantage de l'intérêt spéculatif oe qui ne peut valoir que par rapport à l'intérêt pratique, pour^ dès qu'il lui convient, rompre le fil des recherches physiques^ et, sous le prétexte d'étendre la connaissance^ rattacher ce fil aux idées transcendentales, dont on ne connaît proprement qu'une chose, que Von n'en sait rien: si,di8^je,rempiri8te s'en tenait là, son principe serait une maxime de modération dans les prétentions, de modestie dans les assertions, et en même temps de Textension la plus grande possible de notre entendement sous la direction de notre unique maître, l'expérience. Car, dans ce cas, les suppositions inteUeciuelles et la croyance en faveur de l'intérêt pratique ne nous. seraient pas ravies ; seulementj» on ne pourrait pas les présenter sous le titre pompeux de science et de vue rationnelle, parce que le savoir spéculatif proprement dit ne peut avoir d'autre objet que l'expérience, et que si l'on en dépasse les bornes, la synthèse^ lorsqu'elle cherche des connaissances nouvelles qui en soient indépendantes, n'a aucun substratum de l'intuition auquel elle puisse être appliquée.

Mais si l'empirisme devient dogmatique par rapport aux idées (comme il arrive le plus souvent), et

172 LOOIQUB

s'il nie avec assurance ce qni est an-dessus de ses connaissances intuitives, il tombe alors lui-même dans une intempéranced'espritquiest d'autant plus blâmable que Tintérèt pratique de la raison en souffre un préjudice irréparable.

Telle est l'opposition entre V épicuiréisme (1) et le platonisme.

L'un et l'autre disent plus qu'il ne savent; de telle sorte cependant que le premier encourage et aide le savoir, quoiqu'au préjudice de la pratique, et que le second, touten donnant à la pratique des principes excellents, permet par cela même à la raison, en matière de savoir spéculatif pur, de s'attacher à des explications idéales des phénomènes de la nature, et de négliger à ce sujet l'investigation physique.

(1) C'est cependant encore une question de savoir si Épicure a jamais exposé ses principes eomme affinnations objectives. Si par hasard ces principes n'étaient autre chose que des maximes de Tusage spéculatif de la raison, il fit en cela preuve d'un esprit plus éminemment phisophique qn'aucun des sages de l'antiquité. H est très-vrai maintenant encore, quoique Foil se conforme peu k ces principes, que, pour étendre la philosophie spéculative et pour découvrir les principes de la morale sans recourir à rien d'étranger, bien que celui qui, en matière spéculative, veut ignorer ces principes dogmatiques, ne puisse pas pour cela être accusé de les nier^ il est très-vrai, dis-je, que pour arriver à ce but scientifique on doit procéder dans l'explication des phénomènes, comme si le champ de la recherche n'avait ni bornes ni commencement dans le monde; que l'on doit prendre l'étoffe du monde' comme il est nécessaire qu'elle le soit, si nous voulons la connaître par l'expérience; qu'il n'y a d'autres causes des événements que les lois invariables de la nature ; et, enfin, qu'il ne faut recourir à aucune cause différente du monde.

TRANSGEEa>£irrALE. 173

3"* Enfin, pourioe qui est du choix provisoire entre ces deux partis opposés, il est surtou); -remarquaUe qoerempirisme est contraire à toute popularité, quoi* que l'on dût croire que le sens commun devrait saisir avidement un dessein qui promet de satisfaire par des connaissanees purement expérimentales, et dont la composition est conforme à la raison ; au lieu que le dogmatisme transcendant la force à s'élever à des concepts qui surpassent la pénétration et la faculté rationnelle des espi^ts les plus exercés dans la pensée. Mais c'est cela même qui le déterminé à penser autrement; car il se trouve alors dans un état dans le-quel le plus savant lui-même ne peut rien prétendre au-^lêssns de lui. S'il comprend peu ou rien à cela, cependant personne ne pourra se flatter d'y comprendre beaucoifpphis ; et quoiqu'il d'en puisse parler aussi savanament que d'autres, il peut néanmoins en raisonner infiniment plus , puisqu'il erre dans la région des idées pures, au sujet desquelles il n'est si discret que par cela même qu'i/ nen sait rien; au lieu qu'il serait obligé de se taire net, et d'avouer squ ignorance en fait de recherches physiques. Déjà la commodité et la variété de ces principes les recommanderaient donc beaucoup. De plus, quoiqu'il soit très-pénible pour un philosophe d'admettre quelque chose comme principe, sans pouvoir s'en rendre raison, et d'établir ainsi desconceptsdont il nepuisseapercevoir la réalitéobjective, rien cependant n'est plus habituel au sens com-

174 LOGIQUB

man. U cherche quelque chose d'où il puisse partir avec sécurité; il ne s'inquiète poiqtde la difficulté de comprendre la possibilité d'une telle supposition^ parce que cette difficulté ne lui vient jamais dans la pensée (à lui qui ignore ce que c'est que comprendre) et qu'il pense connaître ce qui est pour lui d'un usage habituel. Mais enfin tout intérêt spéculatif s^évanouit pour lui en présence de 1* intérêt pratique, et il pense apercevoir et connaître ce que la crainte ou l'espérance le pousse à admettre ou à croire. De là vient que l'empirisme de la raison transcendentaleest privé de toute popularité, et que, quelque défavorable qu'il puisse être au premier principe^pratique, il n'y a pas à craindre cependant qu'il sorte jamais de l'enceinte des écoles, qu'il obtienne dans le monde quelque autorité, et se concilie la faveur de la multitude.

La raison humaine est architectonique de sa nature, c'est-à-dire qu'elle considère toutes les connai&sauces comme appartenant à quelque système possible, et ne permet, par conséquent, que des principes qui ne mettent au moins pas une connaissance actuelle dans l'impossibilité de former un système avec d'autres. Mais les propositions de l'antithèsesont d'espèce telle, qu'elles rendent absolument imposbible un système de connaissances ; car, suivant elles, au-delà d'un état quelconque du monde, il y en a toujours un plus éloigné ; dans chaque partie sont toujours d'autres parties divisibles de nouveau ; avant on événe-

TBANSCSNBBNTALE. 175

ment quelconque en eet un autre qui, à son tour^ a été engendré de même d'ailleurSy et, dans Texiâtence,' toutes les choses sont partout conditionnées sans qu'on reconnaisse un inconditionné quelconque et une première existence. Puis donc que Vantithèse n'accorde ni quelque chose de premier ni un commencement qui puisse absolument servir de fondement à l'édifice, un édifice com{det do sa connaissance est donc absolument impossible dans une telle supposition. Par conséquent l'intétèt architectonique de la raison (qui exige, non l'unité empirique, maïs l'unité rationnelle pure à priori) renferme une recommandation naturelle en faveur des affirmations de la thèse. Mais si un homme pouvait s'afiEranchir de tout intérêt, et prendre indifféremment en considération les affirmations de la raison, d'après la seule valeur de leors principes, quelles qu'en pussent être les conséquences, celui-là serait dans un état de doute perpétuel, supposé qu'il n'y eût pas d' autremoyenpour sortir d'embarras que d'avouer l'une ou l'autre des doctrines opposées* AujouFd'hui il paraîtrait persuadé de la hbre volonté de l'homme ; demain, s'il considérait l'enchainement indissoluble de la nature, il prendrait'la liberté' pour une de ses illusions, et penserait que tout est purement naturel. Mais s'il venait à agir, le jeu de lalraison spéculative pure disp&i^trait comme un songe, et il choisirait ses principes d'après l'int^ rèt pratique. Et, comme il convient qu'un être pen-

i 76 LOGIQUE

sant et in veetigateiir donné quelques moments à Texamen de sa propre raison, mais en déposant alors toute partialité, et qu'il communique ses observations aux autres pour obtenir un jugement public, personne ne pourrait donc être blâmé, et moins encore empêché par aucune menace, de produire les thèses et les antithèses opposées, puisqu'elles peuvent se soutenir en présence de jurés de son état propre, savoir, l'état de faiblesse de Thomme.

ANTINOMIES DE lA RAISON PURE.

SECTION IV

Des questions transcenden taies de la raison pure , en tant qu'elles doivent absolument pouvoir être résolues.

Vouloir résoudre tous les problèmes et répondre à toutes les questions, serait d*une auffisanoe sans pu* deur et d'une présomption si extravagante qu'elle ferait sur-le-champ perdre toute confiance. Il y a néanmoins des «ciences dont la nature emporte avec elle que toute question qui s'y rencontre doive être répondue absolument en vertu de cela même que l'on sait, parce que la réponse doit être tirée des mèmee sources que la question. Dans ces sciences ^ il n'est nuUementpermisdeprétexeruneignorance.invincihle; au contraire, la solution peot en être exigée. Qu'estce qui est juste ou ùgatle dans les difiérenta cas possibles : c'est ce qu*on doit pouvoir déterminer, auivant la règle, parce qu'il s'agit ici de notre obligation, et

TaANaCaniDBMTALB. 177

qo6 nous n'avons aucune obligation coneernant et que nou$ ne pouvons savoir. Dans l'explication des phénomènes de la nature» il faut cependant que plusieurs questions restent sans solution, ee qde nous savons de la nature étant loin de suffire* dâfis tous les cas pour tout ce que nous devons expliquer. On demande donc si, dans la philosophie transcemlBBtale, une question qui concerne un objet proposé à là 'rai«son ne peut pas être répondue par cette même raiton pure , et si Ton pourrait légitimement se refuser à une réponse décisive, par la raison que l'on compterait cette question, comme absolument incertaine (d'après toutceque nous pouvons en connaître), parmi les choses dont nous avons, à la vérité, asse? de concepts pour proposer une question, mais à l'occasion desquelles nous manquons tout à fait de moyens et de facultés pour y répondre jamais.

Or, je dis que la philosophie transcenddntale a cela de propre, entre toutes les connaissances spéculatives, qu'aucune question qui concerne un objet donné de la raison pure n'est insoluble pour cette même raison humaine, et qu'aucun prétexte d'une ignorance invincible et d'une profondeur impénétrable du problème ne peut affranchir de l'obligation d'y répondre fondamentalement et pleinement, parce que le même concept qui nous met en état de questionner doit aussi , par cela même, nous rendre tout à fait capables de répondre à cette question, puisque robjet n est n. 12

178 ÏXHJIQOB

Dullemeiit trouvf ^û dehors dti concept (comme dans le judtê et rinjwte).*

Il n'y a, dans la philosophie trattscendentale, que les questions cosmologiques par rapport auxquelles on pent^xiger avee droit une r^nse sufi&sante concernant la nature die l'objet y sans qu'il soit permis au philosophe de s'y refuser en prétextant une obscurité imp^étrahle^ et ces questions ne peuvent se rapporter qu'à des idées cosmblogiqdes ; car l'objet doit ôtre donné empiriquement, et la question porte seulement sur sa conformité avec une idée. Si l'objet est transcendentaly et par conséquent inconnu par le fait, par exemple, si ce dont, le phénomène (en nous) est la pensée (âme) est en soi un être simple, s'il y a une cause absolument nécessaire de toutes les choses....^ alors nous devons chercher à notre idée un objet tel que nous puissions avouer qtf^il nous est inconnu, sans pour cela qu'il soit impossible (1).

(i) On peut, à la vérité, ne faire aucune réponse à la question : Qu'elle eslla nature d'un objet transcendental, c'est-à-dire quelle chose est œt obfût. Mais l'oii peut bien dire que la q^sHon elle-même n'est rien, parcequ'elle n'a pas d'objet donné. C'est pourquoi toutes les questions de psychologie transcendentale sont aussi susceptibles de réponse, et sont effectivement répondues; car elles ont pour objet le sujet transceodental de tous les phénomène eoListants^ lequel sujet n'est pas lui-même phénomène, et par conséquent pas un objet donné auquel puisse être appliquée aucune des catégories (sur lesquelles cependant porte proprement la question). C'est, par conséquent ici, le cas, comme on dit généralement, qu^aucune réponse soit aussi une réponse; c'est dire en effet qu'une question sur la nature de quelque chose qui ne peut être pensé par aucun attribut déterminé, puisqu'il

TaANSGBNDEIVTÂLE. 170

L6B idées cosmologiquee seulas tmi la propriété de poQToir eoppoeer leur objet co]imie4affnés iiiiiii que la synthèse empirique nécessaire prâr le eoneept de oetobjet;etalors la question qui résoltedeeesidées ne concerne que le pro^eMttis de cette synthàv^ en tpjK qu'il doit contenir une totalité absokt^qw n'est^ilas rien d'empirique , puisqu'elle ne peut être donnée dans aucune expérience. Or^ puisqu'il est seulement ici question d'une chose coraime objet d'une ei^pé^ rience possible, et non comme d'une chose en soi, la réponse à la question oosmologique transcendante ne peut être nulle part ailleurs. en. dehors de l'idée, ear elle ne concerne aucun objet en lui-même; et^ par rapport à l'expérience possible, il n'est pas question de ce qui .peut être donné in concreto, dans une expérience quelconque, mais de ce qui est dans l'idée^ dont la synthèse empirique doit simplement approcher* Elle doit donc pouvoir être résolue d'après l'i* dée seulement, car cette idée est una pure création de la raison, laquelle ne peut par conséquent pas Se Jostifior en rejetant la faute sur un objet r inconnu.

Il n'est donc pas si extraordinaire qu'il le semble au premier abord, qu'une science, par rapport à toutes les questions qui constituent son ensemble {qwB^ùnee 4omesticœ)y puisse demander et attendre des 'Selutîons parfaitraient certaines, qu<»ique peut-

est entièrétnent (^laoé hors de la sphère des objets qui peurent nous être dosit^, est eQUèremeot nuUe <t vaine»

6tre il n'en existe pas eneore. Outre la philosophie transcendentale, il y a encore deux acienoes rationnelles poreS) Tune dont l'objet est simplement spéculatif, et Tautre dont l'objet est pratique : les maihémttiqwt pures et la morale pure* A-t-on jamais entendu dire que, comme par une ignorance nécessaire des conditions, on ait donné pour. incertain le rapport par&itement exact du diamètre à la circonférence en nombres, soit rationnels soit irrationnels? Ce rapport ne pouvant être convenablement donné par la première espèce de nombres, et n*étant pas encore trouvé par la seconde, on juge donc au moins que l'impossibilité d'une telle solution peut être connue avec certitude, et Lambert en donne la preuve. Dans les prin-* cipes généraux de la morale, rien ne peut être incertain, puisque les propositions sont ou vaines, ou vides de sens, ou doivent simplement découler de nos concepts rationnels. Au contraire, il y a én-physique une inâiité de' conjectures par rapport aux— quelles on ne peut jamais attendre de certitude, parce que les phénomènes de la nature sont des objets qui nous sont donnés indépendamment de nos concepts, dont la clé, par conséquent, n'est pas en nous ni dans notre pensée pure, mais en dehors de nous, et ne peut, précisément par cette raison, être trouvée dans un grand nombre de cas : aucune explication certaine n'en peut donc être attendue. Je ne parle pas ici des questions de l'analytique transcendentale, qui cou--

TRANSCENDENT ALE. 181

cernent la dédaction de notre connaissance pure, parée que nous ne traitons, poar le moment, que de la certitude des jugements par rapport aux objets, et' non par rapport à l'origine de nos concepts m^es. Noos ne pourrons donc pas décliner l'obligation d'une solution, au moine critique, des questions ra* tionnelles proposées, sous le douloureux prétexte qu'elles dépassent les bornes étroites de notre raison, et en confessant, avec l'apparence d'une humble connaissance de nous-mêmes, qu'il est aù-dessu9 de cette raison de décider si le monde est étemel ou s'il a un commencement; si l'univers remplit l'infini avec des êtres, on s'il est renfermé dans de certafn«s limites : s'il y a dans le monde quelque chose de simple, ou si tout peut être divisé à l'infini; s'il y a une création ou production par liberté, ou si tout tient à la chaîne de l'ordre de la nature; enfin s'il y a un être entièrement inconditionné et nécessaire en lui-même, ou si tout est conditionné quant à son existence, et par conséquent extérieurement dépendant et continrent en soi. Toutes ces questions concernent en effet un objet qui ne peut être do^né autrement que dans notre pensée, savoir, la totalité absolument inconditionnée de la synthèse des phénomènes. Si nous ne pouvons rien dire ni décider de certain à ce sujet par lios propreé concepts^ nous ne devons pas en rejeter la faute sur la chose qui se cache à nous; car une chose de cette nature (puisqu'elle ne se trouve nulle part

183 LOGIQW

hors de notre iàée^ ne nous est pas donnée du tout; nous devons done en- rechierchei^ la cause dans notre idée mème^ laquelle est un problème ^ui ne supjxm auûune solution, et auquel nous avons néanmoins entrepris opiniâtrement de répondre , comme si Un oli|et réel loi correspondait. Une claire expUeation de la dialectique renfermée dans notre concept même nous conduirait bientôt à une parfaite certitude sur ce qœ-fioue devons penser d'une telle question.

On peut opposer à votre prétexte d'ignorance, par rapport à. ce problème, d'abord cette question k> laquelle vour devez au sunna ré|N>ndre clairement : d'où vMs viennent les idées dont lasoiution vous eml^arrassé tant iet?>seraient-«ce des phénomènes dont TexplicaEtion vous manque, et dont vous n'ay^ à chercher, en conséquence de ces idées, que les prin* cipes, ou là règle de. leur exposition? Supposez que la nature voiis soil tout âiait connue, que rien ne soit caçfaê à vos sens, et* rien à la conscience de tout ce (fai est soumis 9 Votre intuition : cependant vous ne pourrez connattre m concrelo par aucune expérience l'objet dei vos idées (car il £»udrait, indépendamment de cette parfaite intuition,, une parfaitci synthèse^ et la conscience de sa totalité absolue; <;e qui n'est poss3]ile par aucune connaissance empirique). Ce que vous demandez ne peut donc en aucune manière être nécessaire à l'explicaticHi d'un phénomène qui se présenterait nécessairement, et en quelque sorte par con*

TRANSÇBNDBNTALB. 183

séquent comme au moyen de Fobj^t même. L'objet ne peot janiaie se présenter à voua, parce qu'il ne peut être donné par aucune eipérienoe poeûble. Vous restM'ez toujours, avec . toutes les perceptions possibles, soumis aux conditions soit de l'espace, soit du temps; et vous n'atteindrez jamais rien d'absolu avec quoi vous puissiez décider si cet absolu doit être placé au commencement absolu de la synthèse , ou dans une totalité absolue de la série sans aucun commencement. Le tout dans le sens empirique n'est jamais que comparatif. Le tout absolu de la quantité (l'univers)^ .de la division, de la dérivation, de la condition de l'existence en général^ avec toutes les questions de savoir s'il peut être réalisé par une synthèse finie ou par une synthèse qui le continuerait à l'infini, ne concerne aucune expérience possible. Vous ne pourriez expliquer, par exemple, les phénomèpes d'un corps, ni mieux ni même seulement d'une autre manière, si vous supposiez qu'il se compose de parties simples, ou de parties toujours composées; car vous ne rencontrerez jamj^is aucun phénomène simple, non. plus qu'une composition infinie* Les phénomènes ne veulent être expliqués qu'autant que leurs con4i|ions d'explication sont données dans la perception, et tout ce qui peut jamais être donné en eux, compris dans un twt absolu^ est même une perception. Mais l'explication de ce tout est proprement l'objet des problèmes rationnels transcendentaux.

Pnis donc que la solution de ces questions ne peut jamais se présenter dans Texpériencei vous ne pouvez pas dire qu'on ne sait pas ce qui doit être attribué à l'objet; car votre objet est simplement dans votre cerveau, et ne peut être donné hors de lui; vous n'avez donc qu'àCaire attention d'être d'accord avec V0U8mêm^y et. d'éviter l'amphibolie qui convertit votre idée en. une prétendue représentation d'une chose empiriquement donnée, et par conséquent aussi en représentation d'un objet à connaître suivant les lois de l'esipérience. La Bolution dogmatique n'est donc pas assurément incertaine, elle est impossible. Mais la solution critique, qui peint être parfaitement cer* taine, ne considère pas du tout la question objectivement, elle ne l'envisage que par rapport au fondement de ja connaissance sur lequel elle repose.

. {^EGJION V.

Repr^mation sceptique dQS, quesiions cosœologiques par les quatre ^ '' tdeés transoindenlales.

Nous .nous désisterions volontiers de la demande qvbe nos questions soient répondties dogmatiquement^ si nous prouvions comprendre à ravance.^ue, quelle que dtt être la réponse,, elle ne ferait qu'augmenter encore qotre ignorance et qous prédpiter.'^'xme incompréhensibilité.dana une autre, d'utie^ obscurité dans une|>lus grande, et peut-être même dans des

TEANSGENDSNTALB. 1 85

contradictions. Si donc notre question tend à demander une affirmation on une négation pure et simple, c^est agir prudemment que d'abandonner, pour le moment, les raisons apparentes qu'on pourrait alléguer, et dé considérer d'abord ce que Ton gagnerait, si la réponse était dans tel ou tel sens opposé. Or, s'il arrrive que, dans les deux cas, il se présente ^n pur non sens , nous aurons alors une raison fondée d'examiner critiquement notre question même, de Toir si elle ne repose pas sur une supposition sans fondement, et si elle ne joue pas avec une idée qui trahit mieux sa. fausseté dans l'application et dans ses conséquences, que lorsqu'on la contemple abstraitement. Telle est la très-grande utilité qui résulte de la manière de traiter sceptiquement les questions que la raison pure s'adresse à elle-même, qu'elle pent dispenser, à peu de frais, de s'enfoncer dans le dédale des raisonnements dogmatiques, et permet d'y substituer une critique modeste qui, comme un vrai eathartique de la raison, fera disparaître facilement la présomption en même temps que sa compagne la polymathio.

Si donc je pouvais apercevoir à TaTance, au sujet d'une idée cosmologviue, quel que soit le côté de l'abçolu dans la synthèse régressive des phénomènes vers lequel elle penche, «fu'elle serait pour chaque concept intelketuel ou trop 'grande ou trop petite, je pourrais alors comprendre que, ne concernant toutefois qu'un

186 LOGIOUB .

objet de l'expérience , expérience qui .doit être conforme à un concept intellectuel po88ible>r6U9.dait être tout à fait vaine et dépourvue de sens, parce que l'objet ne cadre point av^ec elle, de quelque mauiiffe que j'essaie de l'y approprier. Il arriveefiéctivemeDtquela raison, en s'attachant aux concepts cosmiques j s'y trouve engagée par le fait même dans une antinomie inévitable ; car supposez :

1^ Que le monde n'ait aucun cofnmmcemmt^ il est alors trop grand pour votre concept; car ce concept, consistant dans une régression successive, ne peut jamais atteindre toute une éternité écoulée» Supposez au contraire que Immonde ait un commencement dans la régression empirique nécessaire, il^e^taXors trop petit pour votre concept intellectuel ; car le commencement supposant toujours un temps qui précède, il n'est pas encore inconditionné, et la loi de l'usage empirique de l'entendement vous prdonne de chercher une coqdition de temps plus élevée, et le monde est par conséquent visiblement trop petit pour cette loi.

Il en est de mème^ de la double réponse à la question de la candeur du monde par rapport à l'espace; car s'il est infini et non borné, alors il est trop grand pour tout concept empirique possible* Est-il au contraire fini et borné : alors on demanda encore avec raison qu'est-ce qui détermine ces bornes. L'espace vide n'est pas par lui-même un corrélatif des choses existantes, et ne peut être une condition à laquelle

TRANSGBHBBNTALB. f97

VOUS poîasiez yoqs attacher, bien moins. encore une condition empirique qui constitue une partie d'une expérience possible (car qui peut avoir rexpérienee du vide absolu ?)• Mai?, pour la totalité absolue de la synthèse empirique, il faut toujours que i'incon* ditionné soit un concept expérimentaL Un monde borné est donc trop petit pour votre concept.

2" Si tout phénomène dans l'espace (la matière) se compose d'une infinité départies , alors la régres^^ sien de la division sera toujours trop grande "pbm votre concept ; et si la division de l'espace doit cesser dans un membre quelconque de la division (le simple), alors il est trop petit pour l'idée de l'absolu; car ce membre permet toujours une nouvelle régression dans les parties qu'elle renfern^e.

3*^ Si^ vous supposez que, dans tout ce qui arrive dans le monde^ il n'y ait rien qui ne soit une eoneé* quence des lois de la nature, alors la causalité de la cause est toujours à son tour quelque chose qui arrive, et qui rend sans cesse nécessaire votre régression à une cause supérieure, et, par conséquent, le prolongement de I9 série des conditions à parte priori. La simple nature efficiente est donc trop grande pour tout votre concept dans la synthèse des événements cosmiques*

Supposez-voul maintenant que tous les événe* ments se Boient réalisés d^euanmêmes, par consé-quent aient été produits librement : poursuivez alors

le pourquoi des choBes suivant une loi inévitable de la nature, essayez, sur ce point, de sortir de la loi de causalité de l'expérience, et vous trouverez que cette totalité de Tunion est trop petite pour votre concept empirique nécessaire.

4^ Enfin, si vous supposez un être absolument nécessaire (que ce soit le monde lui-même, ou quelque chose dans le monde, ou la cause du monde), vous le placez dans un temps infiniment éloigné de tout autre temps donné, puisqu*autrement il serait dépendant d'une autre existence plus ancienne. Mais alors cette existence est inaccessible à votre concept empirique, et par conséquent trop grande pour que vous puissiez jamais l'atteindre par une régression continuée.

Mais si votre opinion est au contraire, que tout ce qui appartient au monde, soit comme conditionné, soit comme condition, est fortuit (contingent), alors toute existence à vous donnée est trop petite pour votre concept ; car elle vous force à chercher toujours'une autre existence dont elle dépende.

Nous avons dit, dans tous ces cas, que Vidée cosmique de la régression empirique, par conséquent de tout concept intellectuel possible, est ou trop grande ou trop petite Dour cette régression, et pour ce concept même. Pourquoi ne nous sommes-nous pas exprimé réciproquement, et n'avons-nous pas dit, au lieu d'accuser l'idée cosmologique de s'écarter trop ou trop peu de son but, à savoir, de l'expérience poa-

TEINSGBNDBNTALB. 189

Bible, que, dans le premier cas, le concept empirique est toujours trop petit pour l'idée, et, dans le second cas, trop grand } et que , par conséquent, c'est pour ainsi dire la faute de la régression empirique ? La raison en est que l'expérience possible est la seule chose qui puisse donner de la réalité à nos concepts ; sans elle, tout concept est seulement idée, sans vérité et sans rapport à un objet. Le concept empirique possible était donc la règle suivant laquelle l'idée devait être jugée pour savoir si elle étsût une pure Idée, un être de raison, ou si elle trouvait son objet dans le monde. Car ce n'est que relativement à ce qui sert de terme de comparaison que l'on dit d'une chose, qu'elle est trop grande ou trop petite. La question suivante faisait aussi partie des tournois des anciennes écoles dialectiques : Si un globe ne peut passer par un trou donné, dira-t-on que le globe est trop gros ou le trou trop petit? Dans ce cas, il est indifférent de répondre d'une manière ou d'une autre; car vous ne savez pas lequel des deux est là pour l'autre. Au contraire^ vous ne direz pas qu'un homme est trop grand pour son habit, mais bien que l'habit est trop court pour cet homme. Nous sommes donc au moins amenés à soupçonner avec fondement que les idées cosmologiques, et avec elles, par conséquent, toutes leurs affirmations dialectiques contradictoires entre elles, ont peut-être pour raison un concept vain et purement imaginaire

i 90 LOGIQUE

sur la manièrô dont l'objet de ces idées nous est donné; et ee soupçon peut déjà nous mettre sur la droite voie pouit détduVrir l'illusion qui nous a induits en erreur d longtemp^^

SECTION TI

De r'idéalisme transcendental comme clef de la solution de la dialec-

-'■tiqtte cosmblogiqae.

Nous avons sumfiamixieat démontré dans l'esthétique transcendentale que tout ce qui est perçu dans l'espace ou le temps, par conséquent tous les objets d'une expérience à nous possible, ne sont que des phénomènes, c'est-à-dire de simples représentations, qui, en tant qu'elles sont représentées comme sub* stances étendues ou comme séries de changements, n'ont aucune existence fondée en soi hors de notre pensée. J'appelle ce concept théorétique idéalisme transcendental (1). Le réaliste, dans le sens transcendental^ fait de ces modifications de notre sensibilité des choses existantes par elles-mèm^, et convertit par conséquent de simples représentations en choses en soi.

On nous ferait tort si Ton nous attribuait l'idéalisme empirique,, décrié depuis si longtemps, et qui,

(1) Il y d ici une petite remarque dans la seconde édition. (Voy. suppl, III). R.

TRANSCBNDEIfTALE. 191

tout en admettant la réalité propre de Tespace, y nie reiifltenee des êtres étendus, au moind la trouve douteuse, et n'admet aucune différence suffisamment probable ici entre le rêve et la vérité. Quant à ce qui oonceme les phénomènes du sens intime dans le temps, phénomènes qu'il considère comme des choses réelles, il n'y trouve aucune difficulté : il affirme même que cette expérience interne démontre à elle seule, et de l'unique manière satisfaisante, Teiistence réelle de son objet (en. lui-même) avec toute cette détermination de tenips.

Notre idéaUsme transcendental accorde, au contraire, que les objets de l'intuition extérieure existent réellement comme ils sont perçus dans l'espace, et tous les changements dans le tempe comme le représente le sens intime. Car l'espace étant une forme de cette intuition que nous nommons intuition extérieure, et puisque, sans objets dans l'espace, il n'y aurait aucune représentation empirique, nous pouvons et nous devons y admettre des êtres étendus comme réels; il en est de même aussi du temps. Mais cet espace même, avec le temps, et, avec l'un et l'autre aussi, tous les phénomènes, ne sont pas cependant des choses en soi ; ce sont au contraire de pures repi'ésentations qui ne peuvent absolument pas exister hors de notre esprit. L'intuition interne et sensible de notre esprit (comme objet de la cou* science), dont la déterminatioil est représentée parla

succession de différents états dans le temps, n'est pas non plus le même propre, tel qu'il existe en soi, ou le sujet tranacendental, mais seulement un phénomène donné à la sensibilité de cet être inconnu de nous. L'existence de ce phénomène interne, comme d'une chose existante en soi, ne peut-être accordée, parce que sa condition est le temps, qui' ne peut être la détermination d'aucune chose en soi. Mais dans l'espace et le temps, la vérité empirique des phénomènes est pleinement garantie, etsedistinguesuffisamment de l'affinité avec le songé,si ces deux choses s'enchaînent convenablement et universellement dans une expérience, suivant des lois empiriques.

Les objets de l'expérience ne sont donc jamais donnés en eux-mêmes, mais seulement dans l'expérience, et n^existent pas hors d'elle. Qu'il puisse y avoir des habitants dans la lune, quoique aucun homme.ne les ait jamais perçus, c'est ce qui doit certainement être accordé; mais cela signifie seulement que nous pour^ rons peut-être , dans le progrès pôteible de l'expérience, les reconnaître un jour. Car est réel tout ce qui est lié à une perception, suivant les lois du progrès empirique. Les phénomènes sont donc réels , lorsqu'ils sont liés empiriquement à ma conscience réelle, quoique pour cela ils ne soient- pas réels en eux-mêmes, c'es^-à-dire hors de cette progression de l'expérience.

Rien de réel ne nous est donné que la perception,

TRANSGENDENTALE. i 93

et la progression empirique de cette perception à d'antres perceptionspossibles. Car, en eux-mêmes,' les phénomènes, comme simples représentations, ne sont réels que dans la perception , qui n'est, en fait, que la réalité d'une représentation empirique , c'est-à-dire un phénomène. Avant la perception , appeler un phénomène une chose réelle, c'est dire simplement que nous pouvons rencontrer une telle perception dans le cours de Texpérience, ou cela ne signifie rien*. 9"'^^ existe en lui-même, sans rapport à nos sens et à l'expérience possible, c'est ce qu'on pourrait dire sans doute s'il était question d'une chose en elle-même. Mais il s'agit simplement ici d'un phénomène dans l'espace et le temps, qui ne sont pas des déterminations des choses en elles-mêmes, mais seulement de notre sensibilité (1); donc ce qui est en eux (les phénomènes) n'est pas quelque chose en soi; ce sont de simples représentations qui , lorsqu'elles ne sont pas donnée»Qii nous (dans la perception), n'existent nulle part.

La faculté intuitive sensi ble n'est proprement qu'une capacité (réceptivité) d'être affecté d'une certaine manière par des représentations dont le rapport entre elles est une pure intuition de l'espace et dû temps

(1]raurais peut-être dû prévenir plus tôt que je conserve ce tour elliptique du négatif au positif, quoique condamné parles grammairiens. La répétition du sijyel et du verbe entraîne des longueurs qui seraient pires que l'autre défaut, qui n'en est un, d'ailleurs, qu'«n français; car ce tour est très-fréquent en allemand. Il n'a donc rien de contraire à la grammaire générale. T.

194 LOGIQUB

(pures fprmes do notre seDsibilité), ^t qui,^ea tant qU('^Ileft9aQt unies et détermioables dansée rapport (l'espace elle temps) suivant des lois de Tunité mentale^ s'appellent objets. La cause insensible de ces représentations nous est totalement inconnue, et nous ne pouvons, par cans^uent, la peroevcnr comme objet ; car un objet de cette nature ne pourrait être représenté ni dans Tespace ni dan&le temps (comme simples conditions de la représentation sensible), conditions sans lesquelles nous ne pourrions concevoir aucune intuition. Nous pouvons cependant appeler la cause parement intelligible des phénomènes en général, objet transcendental ; mais uniquement pour avoir quelque chose qui corresponde à la sensibilité comme à une réceptivité. Nous pouvons rapporter ^ cet objet transcendental toute circonscription et tout enchaînement de nos perceptions possibles, et dira qu'il est donné en soi avant* toute expérience. Mais les phénomènes sont donnés conforoiémentà cet objel^, non. t en eux*-mèmes, mais seulement dans cette expérien^i parce qu'ils sont de simples représentationa qui ne signifient un objet réel que- comme perception, à savoir, lorsque eetle peDception se compose avec toutes les autres, suivant lesrègles de l'unité expérimentale. On peut donc dire que les choses réelles du temps passé sont données dans l'objet transcendental de l'expérience; mais elles ne sont pour moi des objets et des réalités dans le temps

THANSGBNDENTALB. 195

passé qu'autant que je me représente une série régressive de perceptions possibles (que ce soit suivant le fil de Thistoire ou suivant la liaison des causes et des effets) selon des lois empiriques. En un mot, le cours du monde conduit à une série de temps écoulée comme à une condition du temps présent, lequel n'est cependant reprësepté alors comme réel que dans l'ensemble d'une expérience possible^ et non en lui-même ; de telle sorte que tous les événements passés depuis le temps infini qui a précédé mon existence, ne signifient cependant autre chose que la possibilité de prolonger la chatne de l'expérience, depuis la per^ ception actuelle jusque , en remontant, aux conditions qui la déterminent quant au temps.

Quand donc je me représente tous les objets existantsdessens, dans tous les temps'et tous les espaces pris ensemble, je ne les place pas avant Texpérience dans l'une! dans l'autre; mais cette représentation n'est autre chose, ati eimtraire, que la pensée d'une expérience possible dans sa totalité absolue. En elle seule sont donnés ces objets (qui ne sont que de simples représentations). Mais quand on dit qu'ils existent avant toute mon expérience^ cela signifie seulement qu'ils doivent se rencontrer dans la partie de rexpérience vers laquelle il Ànt m'avancer, eti partant d'abord de la perception{du moment. La .cause des conditions empiriques de cette progression, par conséquent la question de savoir à quels membres ou jusqu'où je

puis aller dans la régression , est transcendentalei et par conséquent à moi nécessairement inconnue. Aussi, ne s'agit-il pas ici de. cette cause, mais seulement de la règle de la progression de Texpérience dans laquelle les objets, comme phénomènes, me sont donnés. C'est absolument la même chose quant au résultat, si je dis que, par une progression empiri* que dans l'espace, je puis atteindre les étoiles qui sont mille fois plus éloignées de moi que les plus distantes que je vois; ou si je dis qu'il peut y en avoir à trouver dans l'espace universel, quoique homme du monde ne les ait jamais perçues ou ne les percevra jamais: car, quand même elles seraientdonnées comme choses en soi, sans rapport à l'expérience possible , cependant elles ne sont encore rien pour moi, par conséquent pas des objets, tant qu'elles ne sont pas contenues dans la série de la régression empirique. Si, considérés sous un autre rapport, ces mêmes phénomènes doivent servir à former l'idée cosmologique d'un tout absolu, et s'il s'agit par conséquent d'une question qui dépasse les ■ bornes de l'expérience possible^ alors seulement la distinction de la manière dont on admet la réalité de ces objets des sens est importante pour prévenir l'opinion trompeuse qui doit inévitablement résuker de la fausse interprétation de nos propres concepts empiriques.

SEGTIOlf Vil.

Décision critique du conflit cosmologique de la raison avec elle-ttême.

Toute r antinomie de la raison pure porter sui^'cet argument dialectique : Si le conditionné est donné, la série entière de toutes ses conditions est aussi donnée. Or, des objets des sens nous sont donnés comme conditionnés. Donc... Par ce raisonnement, dont la majeure semble si naturelle et si claire, sont introduites, suivant la diversité des conditions (dans la synthèse des phénomènes), en tant qu'elles constituent une série, autant d'idées cosmologiques qui fequièrent la totalité absolue de cette série, et par là même mettent la raison dans une contradiction inévitable avec elle-même. Mais avant de chercher à découvrir la fausseté de cet argument dialectique, nous devons nous y préparer par la rectification et la détermination de certains concepts qui s'y rencontrent.

1^ La proposition suivante est claire et sans aucun doute : Si le conditionné est donné, par là même une régression dans la série de toutes les conditions du conditionné est aussi donnée; car le concept de conditionné emporte déjà celui de quelque chose qui est rapporté à une condition. Si cette condition est à fion tour conditionnée , elle se rapporte à une condition plus éloignée, et ainsi pour tous les degrés de la série. Cette proposition est donc analytique, et

n'a rien à redouter d'une critique transcendentale; elle est un postulat logique de la raison, qui a pour objet de suivre par Tentendement, aussi loin que possible, l'union d'un concept avec ses conditions, union qui. tient déjà au concept même.

2"* Si le conditionné et sa condition sont des choses en soi y alors, quand le premier est donné, non-seulement il n'y a plus de régression à la condition, mais celle-ci est déjà réellement donnée par là. Et comme on peut en dire autant de tous les membres de la se* rie, la série parfaite des conditions, et avec elle aussi l'inconditionné, sont donc donnés ou plutôt supposés par leiait même que le conditionné, qui n'était possible que par cette série, est lui-même donné. Ici la synthèse du conditipnné avec sa condition est une synthèse du seul entendement , qui représente les choses comme elles sont, sans faire attention si et comment nous pouvons arriver à leur connaissance. S'agit-il au contraire de phénomènes qui ne sont pas donnés comme simples représentations , si je ne parviens pas à leur connaissance (c'est-À-dire à eux-mêmes, car ils ne sont autre chose que des connaissances empiriques): alors je ne puis pas dire dans le même sens que, si le conditionné est donné, toutes ses conditions (comme phénomènes) sont également données, et je ne puis conséquemment conclure, en aucune façon, la totalité de leur %érie; car les phénomèneSj dans l'appréhension, ne sont

TRANSGBNBENTALE. 499

autre chose q^'atte87Dthè80«iiipiriqtte{daiis Tespaôe et le temps), et ne sont par conséquent pas donnés. Or, il ne sait pas du tout que M le conditionné estdonné (dans le phénomène), la synthèse qui forme sa con-^ dition empirique soit en môme tempa donnée et supposée; cette^ synthèse n'a lien que dans la régression et jamais sans elle. Mais^ on peut bien dire en ce cas qu'un retour aux conditions, c'est-à-dire une synthèse empirique est ordonnée ou réalisée de ce côté, et qu'il ne peut pas manquer de conditions qui soient données par cette régression.

D'où il est clair que la majeure du raisonnement cosmologique prend le conditionné dans le sena trans^ cendenCal d'une catégorie pure, mais que la itiineure prend ce conditionné dans le sens empirique d'un concept intellectuel appliqué à de simples phénomènes. Il y a donc là une de ces illusions dialectiques appelées sophisma fiffurœ diclionis. Mais cette méprise n'a rien de volontaire ; c'est une illusion tout à fait naturelle de la raison commune, en vertu de laquelle nous supposons (dans la majeure) des conditions et leur série comme inaperçues ^quB^nA quelque chose est donné comme conditionné; ce qui n'est que la nécessité logique de prendre' des prémisses parfaites pour une conclusion donnée. Et, cotnme on ne peut trouver aucun ordre de temps dans runion-du coriditionné avec sa condition, l'un et Taulre sont supposés en soi comme donnés en mime temps. Déplus,

il n'est pas moins naturel (dans la mineure) de considérer des phénomènes comme des choses en soi, et par conséquent comme des objets donnés à Tenten-* dément pur» ainsi qu'on l!!a pratiqué dans la majeure, faisant abstraction de toutes les conditions de l'intoitioB sous lesquelles seules des objets peuvent être donnés. Mais nous avons oublié en cela une distinction importante entre les concepts. La synthèse du conditionné avec sa condition et la série totale des conditions (dans la majeure) n'entraînait avec elle aucune circonscription par le temps, et aucun concept de succession. Au contraire, la synthèse empirique est nécessairement successive , et la série des conditions dans le phénomène (qui est subsumé dans la mineure) n'est donnée dans le temps que consécutivement. Je ne pouvais donc pas supposer ici, comme j'avais pu le faire dans la majeure, la toiaUté absolue de la synthèse et celle de la série qu'elle représente, parce que là [dans la majeure] tous les membres de la série sont donnés en eux-mêmes (sans condition de temps),, etqu'ils ne sont possibles ici [dans la mineure]que par la régression successive, laqu'elle n'est donnée qu'aujtant qu'on l'exécute réellement. Une fois convaincues que l'argument donné en faveur dçs assertions cosmologiques et vicieux, les deux parties contondantes peuvent être avec droit renvoyées comme ne fondant leurs prétentions sur aucun titre valable. Mais leur procès n'est pas terminé encore par

TRAN8Gra]>BirrALB. 201

Wseul fait qu'elles se seraient persuadées toutes les deux, ou l'une d'elles, qu'elles ont tort dans la chose même qu'elles affirment (dans la conelusion), à savoir qu'elles ne peuvent se fonder sur aucune preuve so* lide. Rien cependant ne semble plus clair que, si de deux propositions, l'une affirme que le monde a un commencement; l'autre que le monde n'a pas de commencement, mais qu'il existe 4e toute éternité, l'une ou l'autre devrait être vraie. Mais s'il en est ainsi , parce que la clarté est égale des deux côtés, il est cependant impossible de jamais trouver nulle part de quel côté est la raison , et le combat durera après comme avant, quoique les parties aient été renvoyées pour leur repos devant le tribunal de la raison. Il ne reste donc aucun autre moyei\ déjuger le procès définitivement et à la satisfaction des deux parties, puisqu'elles peuvent cependant si bien se réfuter mutuellement, que de se persuader enfin qu'elles se disputent pour rien, et qu'une certaine apparence transcendentale leur a figuré une réalité où il n'y en a aucune. Tel est le moyen d'accommodement que nous allons essayer dans un différend qui ne peut pas être jugé.

Zenon d'Élée, subtil dialecticien , est déjà repris vivement par Platon comme un méchant sophiste, de ce que, pour faire preuve d'habileté, il cherchait à démontrer une même proposition par des arguments

SMS LOGIQUE

spéeieni, et aussitôt après à la rainer par d'antres argnmenIS' d'égade forcé* Il affirmait que Dieu (qui n'était prokiblemeot pour lui que le monde) n'est ni fini ni infini, qu'il n'Mt ni en' mouvement ni en repos, ni semblable ni dissemblable à aucune autre choee. Ceux qui le jugeaient en conséquence pouyaient croire qu'il voulût nier deux propositions contraetoires entre elles ; ce qui est absurde. Mais je ne trouve pas qu'on puisse raisonnablement l'en accuser ; je considérerai bientôt déplus près la première de ces propositions. Pour <!e qui regarde les autres, si parle mot Dieu il entendait l'univers, il devait sans doute dire que cet univers n'est ni toujours présent en son lieu (en repos), et qu'il n'en change pas (qu'il ne se meut pas), puisque tout lieu n'est que dans l'univers; que, par conséquent, l'univers lui-même n'est dans aucun Heu, $i l'univers comprend tout ce qui existe, il n'est non plus, à ce titre , ni semblable ni dissemblable à rien autre, parce qu'il n'y a aucune autre chose hors de lui à laquelle il puisse être comparé. S) deux jugements opposés entre eux supposent une condition impossible, ils tombent alors tous deux malgré leur opposition (qui n'est cependant pas, à proprement parler, une contradiction), parce que la condition sous laquelle seule chacune de ces propositions devaitvaloir tombe elle-même.

Si quelqu'un disait que tout corps sent pu bon ou mauvais, il yaurait lieu àun troisième terme, àsavoir,

TRANSCENDENT ALS. 208

qu'il ne sent rien (qu'il s'est évapor!é) ; et ûnsi dêUJL propositions contraires peuvent être faussee^Mais quand je dis que tout corps sent bon on qu'il ne sent pas bon (vel suaveolens vel non suaveolens\ ce sont là deux jugements opposés contradietoirement, et le premier seulement est faux ; son opposé contradic'^ toire, à savoir, quelques corps ne sentent pas bon, comprend aussi les corps qui ne sentent rien. Dans la précédente opposition (per dispartUa)^ la condition accidentelle du concept de corps (l'odeur) restait encore malgré le jugement opposé, et par conséquent ce dernier jugement n'était pas l'opposé contradie* toire du premier.

Quand donc je dis : Le monde est, quant à l'espace, ou infini ou pas infini (non est infinitw)y alors, si la première proposition est fausse, son opposée contra* dictoire, le monde n'est pas infini, est yraie. Par là je supprimerais seulement un monde infini, sans en poser un autre, un monde fini. Mais si je disais: Le monde est ou infini pu fini (non infini) ; les deux propositions pourraient être fausses. Car je consir dère alors le monçlc en lui-même, comme détern)i.iaé quant à sa grandeur, puisque j'enlève dans l'opposition, nouHseulement l'infinité et avec tHe peut^'être son existence, particulière, mais que de plus j'ajoute une déterminaticm au monde . comme à une ehose existante par elle-même ; ce qui peut être également faux, si le monde ne devait point être donné comme

une chose en soif par conséquent pas non plus suivant sagrandeur, ni comme infini, ni comme fini. Qu^ilme soit permis d'appeler cette opposition une opposition dicUecUquef et celle de contradiction une o/)/>oWh'onanaly tique. Par conséquent, deux jugements dialectiquement contraires peuvent être faux, par la raison que Fun necontreditpassimplementrautre, maisditquelque chose de plus que ce qui est nécessaire pour établir la contradiction.

Si l'on considère les deux propositions : Le monde est infini en grandeur. Le monde est fini en grandeur, comme opposées contradictoirement, on suppose que le monde (la série entière des phénomènes) est une chose en soi. Car il demeure, quoique je supprime la régression infinie ou finie dans la série de ses phénomènes. Mais si je fais disparaître cette supposition ou cette apparence transcendentale, et que je nie que le monde soit une chose en soi, alors l'opposition controdictoire de deux affirmations se change en une opposition purement dialectique. Et comme le monde n'existe point du tout en soi (indépendamment de la série régressive de mes représentations), alors il n'existe ni comme un tout infini en sot, ni comme un tout fini en soi ; il n'est trouvable que dans la régression empirique de la série des phénomènes et n'est point donné en soi. C'est pourquoi, si cette série est toujours conditionnée, elle n'est jamais entièrement donnée, et le monde n'est par conséquent pas un tout

TaANSGBND£NTAL£. 205

inconditionné y il n'existe donc pas non plus comme tel avec grandeur soit infinie, soit finie.

Ce qui a été dit ici de la première idée cosmologique, ou de la totalité absolue de la quantité dans le phénomène^ s'applique aussi à toutes les autres. La série des conditions ne se rencontre que dans la synthèse régressive même, mais pas en soi dans le phénomène, comme dans une chose propre donnée avant toute régression. Je devrais donc dire aussi que la multitude des parties dans un phénomène donné n'est en soi ni finie ni infinie, parce que ce phénomène n'est rien d'existant par lui-même, et que les^parties ne sont données que par la régression de la synthèse décomposante, et dans cette même régression, laquelle n'est jamais absolument donnée entièrement ni comme finie ni comme infinie. Il en est de même de la série des causes subordonnées entre elles, ou de l'existence conditionnée jusqu'à l'existence absolument nécessaire. Cette série ne peut jamais être considérée en elle-même, quant à sa totalité, ni comme finie, ni comme infinie, parce qu'elle ne consiste, comme série de représentations subordonnées, que dans la régression dynamique, et qu'avant cette régression , et comme série des choses subsistantes par soi, elle ne peut point exister en elle-même.

L'antinomie de la raison pure, dans les idées cosmolc^iques, est donc levée par le fait qu'il est dé-

montré qu'elle est simplement dialectique, et qu'elle est un combat d'une apparence qui résulte de ce que Ton a appliqué l-idée de la totalité absolue, qui ne yaut que comme une condition des choses en ellesmêmes, à des phénomènes, qui n'eiistent absolument que dans la représentation, et lorsqu'ils constituent une série dans la régression successive, mais pas du tout autrement* On peutaussi tirer réciproquement de cette antinomie un véritable profit, pas dogmatique à la vérité, mais cependant critique et doctrinal, celui de démontrer indirectement l'idéalité transcendentale des phénomônes, si par hasard on n'avait pas été content de la preuve directe dans l'esthétique transceodentale. La nouvelle preuve consisterait dans ce dilemme : Si le monde est un tout existant en soi, il estou fini ou infini. Or ^ le premier, comme le second cas est foux (d'après les preuves précédentes de l'antithèse d'un oôtéy et de la thèse de l'autre). Par conséquent il est faux aussi que le monde (l'ensemble de tous les phénomènes) soit un tout existant en soi. Car il suit de là que des phénomènes en général ne sont rien en dehors de nos représentations; ce que nous voulions dire aussi par leur idéalité transcen-* dentale.

Cette remarque est importante. On Toit par là que les preuves précédentes de ces antinomies ne sont pas des subtilités , nutis qu'elles étaient fondamentales dans la supposition que les phénomènes, ou un

TRANSCENDENT ALE. ^07

monde sMisible qui les comprendrait tous, seraient des choses en soi. Mais le conflit des propositions qui en résultent &it voir qu'il y a une fausseté dans la supposition^ et nous conduit ainsi à une découverte de la Téritable propriété des choses, comme objets des sens. La dialectique transcendentale ne fayorise donc pas du tout le scepticisme, mais bien la méthode scep* tique, qui peut montrer dans cette dialectique un exemple de sa grande utilité, lorsqu'on rapproche les uns des autres, d'une manière impartiale, les argu* ments de la raison, ai^uments qui, tout en ne nous donnant pas ce que nous cherchions, nous donneront cependant toujours quelque chose d'utile et de profure à corriger nos jugements.

SECTION YIII.

Principe rôgulateiir dd la raison p6re par rapport aux Idées

co&mologiques.

Puisque^ le principe de la totalité cosmologique ne donne aucun maximûn de la série des conditions dans un monde sensible comme chose en soi, et que ce maximum ne peut être donné que dans la régression de cette série, ce principe de la raison pure conseihre donc, dans sa signification ainsi rectifiée, sa valeur propre, non à titre d'od^'iMne pour concevoir la totalité dans l'objet comme réelle, mais à titre de pnhbJème pour l'entendement, par c(mséquent pour le su--

jet ; problème qui sert à établir etàcontinuer, suivant Tintégralité idéale^ la régression dans la série d'un

conditionné donné. Car, dans la sensibilité, c'est-àdire dans l'espace et le temps, toute condition à laquelle nous pouvons arriver dans Texposition des phénomènes donnés est à son tour conditionnée, parce que ces phénomènes ne sont pas des objets en soi où puisse en tous cas se trouver absolument l'inconditionné, mais des représentations purement empiriques, qui doivent toujours trouver dans l'intuition la condition qui les .détermine quant àl'espace etautemps. Le principe de la raison n'est donc proprement qu'une rhgle qui, dans la série des conditions des phénomènes donnés , présente une régression à laquelle il n'est jamais permis de s'arrêter dan% un inconditionné absolu. H n'est donc pas un principe de la possibilité de l'expérience et de la connaissance empirique des objets des sens, par conséquent pas un principe de l'entendement; car toute expérience est renfermée dans ses limites (en conséquence de Tintuition donnée), non plus qu'un principe constitutif de la raison pour étendre le concept du monde sensible au delà de toute expérience possible, mais un principe de la progression et de l'extension la plus grande possible de l'expérience, suivant lequel aucune borne empirique ne peut valoir comme borne absolue; par conséquent un principe de la raison, lequel, cotnme f^glcj postule ce qui doit arriver dans la régression,

HUNSGBNbENTAU. 209

et n'anticipe pas ce qui est donné en soi dont V objet avant toute régression. Je l'appelle donc ixo principe régulateur de la raison, quant au contraire le prio* eipe de la totalité absolue de la série des conditions, comme donnée en soi dans un ob)et(le8 phénomènes), serait un principe cosmologique constitntif, dont j'ai montré la vanité par cette distinction, en même temps que j'ai voulu empêcher par là qu'on n'attribue, comme il arrive toujours (par subreption transcendentale) si Ton fait di£Eëremment, une réalité objective à une idée qui sert simplement de règle.

Maintenant, pour déterminer pertinemment le sens de cette r^Ie de la raison pure, il faut remarquer d'abord qu'elle ne peut pas dire ce qu'est robjety mais comment il faut établir la régression empirique pour arriver au concept complet de l'objet. Car, si le premier cas avait lieu, elle serait un principe constitutif tel, qu'il n'est jamais possible par la raison pure. On ne peut donc pas du tout vouloir dire par là que la série des conditions, pour un conditionné donné, est en soi finie ou infinie. Autrement, une simple idée de la totalité absolue, qui n'a de fondement qu'en elle-même, penserait un objet qui ne peut être donné dans aucune expérience, puisque lane réalité objective indépendante de la synthèse empirique serait accordée à une série de phénomènes. L'idée rationnelle prescrira donc seulement à la synthèse qui rétrograde dans la série des conditions, une règle suivant laquelle îi, 1*

216 •^*^^'Lô)ètQUÉ

elle s'avance dit conditionné,' par lë moyen de ton tes les conditions subordonnées entre elles, à rince nditionné, quoique celui-ci nef dcftve jamais être atteint. L^absolument inconditionné ne se trouve point dans Texpérience. '"

Il faut donc, & cette fin, premièrement déterminer avec précMoii la synthèse d*(iné séitië, en tant qu'elle n'est jamais complète. On se sert ordinairement, à cet eifet, de deux mots quî doivent distinguer dans la matière quelque chose , sans qu'on sache cependant bien faire voir la raison de cette distinction. Les mathématiciens parlent seulement d'un progressus in infinitum. Les scrutateurs des concepts (les philosophes) n'emploient, au lieu dé cette expression, que celle d'un progressus in indefinitum. Sans m'arrêter à l'examen du scrupule qui a porté ceux-ci à faire cette distinction, ni à son usage utile ou inutile, je chercherai seulement à déterminer clairement ces concepts par rapport à mën objet.

On peut dire avec raison d'une ligne droite, qu'il est possible de la prolonger à l'infini, et ici la distinction de Vinfini et d'un prolongement à l'indéfini (progressus in indefinitum) serait une vaine subtilité. Car, lorsqu'on prolonge une ligne, bien qu'il soit sans doute plue convenable d'ajouter indéfiniment (in indefinitum) que infiniment (in infinitum)^ parce que la première locution signifie seulement que la ligne est continuée aussi loin qu'on veut, tandis que

TKAMBCaiNDENTALE. 21 1

laaeoonde signifie.. qià'on ne doit jamais discontinuer, de la ttrert(GodoatiIne s'agit pcânt ici); cependant ^ s'ilbo'e^tiqiMetÎQn que. du jxnumr^ la première expression est tout à fait juste; i}w vouspoQves toujours jkJ'infini la Dând^eiplus grande* Et il en est de même aussi dan& tons les cas où l'on, ne .parle que du progrr8ssi»,><'e9t-à-^âire.,du passage de la condition au conditionné; jc«tte continuation possible s'étend, Aàn& la série des phénomènesyà l'infini. Vous pouvez, en: ligne: descendante. d'une génération, avancer sans fin d'un .couple d'aïeux donné, et former ainsi par la pemée une- chaîne généalogique qui s'étende dans le monde; car ici la raison n'a jamais besoin de la totalité absolue de la série, parce qu'elle la suppose, non conune condition ni comme donnée (daiuin)^ mais seulement comme quelque chose d'inconditionné qui n'est que possible {dabile), et s'accroît sans fin.

Il en est tout autrement avec la question : Jusqu'où va la régressM>n qui, dans une série, s'élève du conditionné donné vers la condition» et si l'on peut dire qn'elleest une régression a l'infini, pu seulement une rétrogradation qui s'étend indéterminément loin (in tnd^tlum)y si^ par conséquent en partant des hommes aetoellement vivants, je» puis, dans la série de leurs anoètreS) remonter infiniment, ou si l'on peut dire seulement que, si loin que je remonte, je n'aurai jantais de raison empirique pour regarder en quelque

212 LOGIQUB

point la série comme finie^ tellement que je sois autorisé et en même temps obligé de cherchera chaque ancêtre un ancêtre antérieur, quoique je ne le sois pas précisément de le supposer.

Je dis donc que, si le tout est donné dans l'intuition empirique, larégression, dans iasériedesesconditions internes, s'étend alors à l'infini ; mais que, si une partie seulement de la série est donnée comme point de départ de la régression Ters la totalité absolue, alors il n'y a lieu qu'à une régression indéfinie (in indefinitum). Il en faut dire 9,utant de la division d'une matière donnée dans ses bornes (d'un corps) : elle s'étend à l'infini. Car cette matière est donnée dans la perception empirique tout entière, par conséquent avec toutes ses parties possibles. Puis donc que la condition de ce tout est sa partie, que la condition de cette partie est la partie de la partie, et ainsi de suite, et qu'on ne trouve jamais, dans cette régression delà décomposition, un membre inconditionné (indivisible) de cette série de conditions, non-seulement la raison empirique de ^'arrêter dans la division ne se trouve nulle part, mais encore les membres ultérieurs de la division à continuer sont eux-mêmes donnés empiriquement avant cette division progressive; c'est-à-dire, que la division s'étend à l'infini. Au contraire, la série des ancêtres d'un homme déterminé n'est donnée dans aucune expérience possible avec sa totalité absolue, mais la régression va

TRANSGBNDBNTALE. 213

cependant de chaque individu de cette généra-^ tion à un individu plus élevé, tellement qu'on ne peut trouver aucune borne empirique qui présente on individu comme absolument inconditionné. Néanmoins , comme les individus qui pourraient servir ici de condition ne sont pas déjà dans l'intuition empirique du tout avant la r^ession, alors cette régression ne va pas à l'infini comme dans la division de la chose donnée), mais à l'indéfini dans la recherche de plusieurs individus comme condition des individus donnés ; et ceux-là ne sont toujours donnés, à leur tour, que comme conditionnés. Dans aucun des deux cas, tant dans celui du regressus in infinitumy que dans celui du regressus in indefbtùum^ la série des conditions n'est considérée comme infinie dans l'objet donné. Ce ne sont pas des choses qui subsistent par elles-mêmes, mais seule* ment des phénomènes qui, comme condition les uns des autres, iie sont donnés que dans la régression même. Il ne s'agit donc plus de savoir quelle est en Boi la grandeur de la série des conditions, c'est-àdire si elle est finie ou infinie, car elle n'est rien en elle-même, mais comment nous devons établir la régression empirique, et jusqu'où nous devons la prolonger. Et alors, il faut faire une distinction importante par rappcMrt à la règle de ce prolongement : Si le tout est donné empiriquement, il est pomble alors de remonter à /'in/fiif dans la série de ses con-

214 LOGiQini

ditions internes ; mais si ce toat n'est pas donné,, et qu'il ne doive Tètre que par une régression empirique^ on peut seulement; dire quUl .est pasàble à Finfini d'avancer vers dès conditions encore plus élevées de la séorie; le pouvais dine dans le premier cas : il y a toujours là plus de membres donnés empiriquemaut que je n'en atteins parla jrégre88ion( de la décomposition) ; dans le deuxième cas : je puis toujours aller plus avant daiia larégredsion; parce qu'aucun aijneau n'est donné empiriquemeni comme ab* Sôlument inoonditionné , et^ par le fait, chacun d'eux en admet toujours un autre pUiséèe^é comme possible, et par conséquent' la recherche de otf anneau est comme nécessaire. Dans lepAremiervtiasyil était nécessaire de trouver toujoura un ,plua grand nombre d'anneaux de la série, mais, dans le second, il est toujours* nécess^re que la question s'élève de plus en plus, parce qu'aucune expérience ne la limite absolument. Car, ou vous n'avez aucune perception qui borne absolument votre régnsssion em-^ pirique, et alors vous ne devez pas tenir votre régression pour complète; ou bien' vous avez une perception qui limite votre série, et alors cette per^ ception ne peut pas être une partie de votre série ai> comptie (parce que ce qui borne doit ètre'différent de ce qm en est bomé)^ et vous devez, par conséquent, pousser aussi plus loin votre régression vers cette condition, et ainsi de suite.

TRANSGENBENTALB. 215

La section suivante mettra ces observations sous leur Téritable jour en les appliquant.

ANTINOMIES m LÀ RAISON VVm

8BGTIOH IX.

De hisage empirique du priocipe régulateur de la raisoKi par rapport

à toutes les Idées eosmolo^ques*

Puisque, comme nous Favons montré plusieursfois, il n'y a aucun usage transeendental» soit des concepts intellectuelsi soit des concepts rationnels, la totalité absolue de la série des conditions dans le monde sensible s'appuyant facilement sur un usage transcendental dQ la raison^ qui exige cette totalité absolue dans ce qu'elle suppose comme chose en soi; puisque d'un autre côté le moQde sensible ne contient rien de tel : il ne peut plus être questi on jamais de la quantité absolue des séries en lui^ ni par conséquent de savoir si elles peuvent être en elles-mêmes bornées ou illimitées, mais seulement jusqu'où nous

pouvons remonter dans la régresssion empirique,

dans la régression de l'expérience à ses conditions,

pour ne s'en tenir, suivant la régie de la raison, à

aucune autre réponse faite aux questions posées par

la rsaaon elle-même, qu^à celle qui est conforme à

l'objet.

Il ne nous reste donc que la validité du principe ror

lûmne/ comme règle de la pro^ras^ion [continuation] et

delà quantité d'une expérieftce possible, puisque nous en avons suffisianment prouvé la nonvalklité comme principe constitutif des phénomènes en eux-mêmes» Aussi, si nom pouvons établir clairement cette validité certaine) le combat de la raison avec ellemême est complètement terminé, puisque, grâce à la . solution critique, non-eeulement Tillusion qui avait engendré la discorde s'évanouit, mais, au lieu de cette discorde, le sens dans lequel la raison s'accorde avec elle-même et dont l'équivoque seule occasionait la dispute, est éclairci, et un principe, qui autrement était dialectiqM^ se trouve converti en un principe doctn'na/. En effet, si ce principe peut être confirmé, quantàson sens subjectif d'approprier aux objets sensibles l'usage intellectuel le plus grand possible dans l'expérience, c'est précisément comme si ce principe déterminait axiomatiquement (ce qui est impossible par la raison pure) à priori les objets en eux-mêmes ; car sa plus grande influence, par rapport aux objets de l'expérience, sur l'extension et la rectification de notre connaissance, serait de se montrer actif dans l'usage empirique le plus étendu notre entendement.

Solution de l'Idée cosmolo^que de la totalité de la composKSon

des phénomènes d'un univers.

Ici, et dans les autres questions cosmologiques <» le fondement du principe régulateur de la raison est

TaANSGENDBNTALE. 217

cette [)ropo8itioD« Il ne peut y avoir, dans une régression empirique, aucune eocpérience (tune limité absolue^ par conséquent d'aucune condition qui, comme telle, soit absolument inconditionée empiriquement. Mais la raison en est qu'une semblable expérience devrait contenir en elle une limitation des phénomènes par rien, ou par le vide, auquel pourrraitaboutir la régression continuée au moyen d'une perception ; ce qui est impossible.

Or, cette proposition qui signifie que, dans la ré* gression empirique, je n'arrive jamais qu'à une condition qui doit elle-même être considérée à son tour comme empiriquement conditionnée, contient cette règle m /cnmnù. Quelque loin queje puisse être parvenu decetto manière dans la série ascendante, je dois toujours chercher à connaître .un anneau plus élevé de la série, soit que cet anneau puisse ou ne puisse pas tn'être connu maintenant par l'expérience.

Or, pour la solution du premier problême cosmologique, il suffît de décider si, dans la régression à la grandeur inconditionnée de l'univers (suivant le temps et l'espace), cette ascension toujours sans limite, peut s'appeler une régression à l-infini ou seulement une régression continuée à [indéfini (in indefinitum).

La simple représentation générale de la série de tous les états cosmique&passés, de même que celle des choses qui sont en même temps dans l'espace cosmi-

aift . LOGIQUE

que, n'est qu'une. simple xégreasion empirique possible que je conçois» quoique encore indéterminément, et qui peut seple faire naître, le concept d'une telle série de conditioiis de l«i perception doqnée (i). Or, je n'ai jamais l'univers qu'en concept^ et nullement (comme tout) çn intuition. Je. nç puis donc pas conclure de sa grandeur à la grandeur de la régression, ni déterminer celle-^i d'après celle-là* Je ne puis au contraire me former un concept de la grandeur du monde que par la grandeur de la régression empirique. Mais je ne sais jamais rien de cette régression, si ce n'est que je.dois toujours avancer empiriquement de chaque membre donné de la série des conditions à un membre supérieur (plus éloigné). En sorte que la grandeur du tout des phénon^ènes n'est absolument pas déterminée par là; on ne peut donc pas dire non plus que cette régression aille à l'infini, parce qu'on anticiperait ainsi sur les membres de la série auxquels la régression n'est pas encore parvenue, et qu'on les concevrait .en si .grauji nombre qu'aucune synthèse empirique ne: pourrait les comprendre, et qu'ainsi l'on détetwinerait la grandeur

(1) GeUe série cosmique ne peut donc être ni plus grande ni plus petite que la ré^^ression empirique possible sur laquelle seule repose le concept de cette série. Et puisque cette régression ne peut donner aucun infini déterminé, et tout aussi peu un fini déterminé (absolument borné), il est clair alors que nous ne pouvons supposer la grandeur cosmique ni finie ni infinie, parce que la régression ( par laquelle elle est représentée) ne permet ni l'un ni Taulre.

TRANSGBNDBNTALB. 219

du monde avant la régression (quoique seulement d'une manière négative) ; ce qui est impossible. Car le monde ne m'est dou né paf aucune intuition (quant à sa totalité), par conséquent aussi sa quaii" tité ne m'est donc absolument pas donnée non pluft avant la régression. C'est pourquoi nous ne pouvons absolumeilt rien dire de la graudeor du monde en elle-même, pas mèoie qu'il y a lieu en elle à une régression. à l'infini; a4>usdfivons rechercher seulement, suivant la règle qui détermine, en lui la r^ greasion cosmique, le coacepti de sa grandeur. Mais cette règle dit seulement que, quelque loin que nous puissions avancer dans la série des conditions em* piriques, nous ne devons nulle part admettre une limite abeolue; que nous devons subordonner tout phénomène, comme conditioupé, à un au^tre comme à sa condition, et par conséquent ajcr^y^r encore i celui* ci : ce qui est la régression à l'indé^i, régressioQ qui, ne déternf^inant dana l'objet aucun^e grandeur, est évidemment, différente de la régression àrinfiinî. Je ne puis doncipas dire: Le niiondeest infini quant au temps passé ou. à l'espace* Car un tel conçut de grandeur, comme d!pne infinité donnée, est empiri-" que, par eonséquent absolument in^possible aussi par rapport au monde comme objet des senSi. Je ne dirai pas non plus: La régression, en partant d'une perception donnée, pour aller à tout ce qui la limite dans une série, soit dans l'espace, soit dans le temps

220 L06IQUB

passé, s'étend à Vinfini; car ceci suppose la grandeur du monde infinie. Je ne dirai pas d* avantage qu'elle est finie^ car la limite absolue est également impossible empiriquement. Je ne pourrai donc rien dire de tout l'objet de Texpérienoe (du monde sensible), mais je pourrai seulement, parler de la règle suivant laquelle l'expérience doit être établie et con* tinnée conformément à son objet.

Par conséquent, sur la question cosmologique concernant la grandeur du monde, la réponse première et négative est celle-ci : Le monde n'a pas de premier commencement dans le temps, ni aucune borne la plus extérieure possible dans Tespace.

Autrement, le monde serait borné par le temps vide d'une part, et d'une autre par un espace vide. Or, puisque, comme phénomène, il ne peut pas être ainsi en soi, ni d'une manière ni d'une autre, le phénomène n'étant rien en soi, il devrait y avoir une perception possible de la circonscription par un temps absolument vide ou par l'espace vide; perception par laquelle les limites du monde seraient données dans une expérience possible. Mais une semblable expérience, comme matière absolument vide, est impossible. Une limite absolue du monde est donc empiriquement et, par conséquent aussi, absolument impossible (i).

(1) On remarquera que la preuve est ici administrée tout autre<> ment que la preuve dogmatique précédente dans l'antithèse de la

TRAHSGBIIDENTALB. 22i

De là suit préciBément aoasi la réponse affirmatwe : La régression dans la série des phénomènes du monde, comme une détermination de la grandeur du monde, est indéfinie. Ce qui veut dire que le monde sensible n'a aucune grandeur absolue, mais que la régression empirique (par laquelle seule il peut être donué du côté de ses conditions) a sa règle à elle propre pour avancer toujours d'un membre de la série, comme de quelque chose de conditionné, à un membre plus éloigné (soit par une expérience personnelle, ou par le fil conducteur de l'histoire, ou par la chaîne des effets et de leurs causes), et pour ne jamais se dispenser d'éteudre l'usage empirique possible de son entendement. Ce qui est précisément aussi la propre et unique affaire de la raison avec ses principes.

Une régression empirique déterminée qui s'étende sans cesse dans une espèce de phénomènes n'est pas ici prescrite: par exemple, il n'estfpas nécessaire d'avancer toujours d'un homme donné dans la série ascendante de ses ancêtres sans attendre un premier couple, ou dans la série des corps du monde sans ad-

^ première anlÎDomîe. Là, nous avons soutenu] que le monde sensible, suivant la commune et dogmatique façon de penser, était une chose donnée en elle-même quant à sa totalité, avant toute régression, et nous lui avons refusé,en général, une place déterminée dans le temps et Tespace, s'il n'occupait pas tous les temps et tous les espaces ; c'est pourquoi la conclusion a été différente de ce qu'elle est ici, car elle conduit à l'infinité réelle du monde.

mettre lin soleii le ^m etoeatnqtie : seolemeiit il est nécesdaire de passer de phénomènes en phénomènes, quoique eesphénomèdes ne soient donnés par aùcane perception réelle (si l'inteosité en est trop faible pour qu'il y ait conscience^ et par conséquent pour devenir une expérience), parce qu'ils appartiennent cependant à l'expérience possible.

. Tout côttimeneement est dans le temps, et toute borne de ce qui est étenclu daés TeBpaoe. Mais l'espace et le tempsne sont que dans le monde sensible. Ge n'est donc que d'une manière conditionnée que les phénomènes sont dans le monde^ mais le mande lui-même n'est ni conditionné, ni borné d'une manière conditionnée.

Par cette raison, et parce que le monde ne peut jamais être entièrement donné, non plus que la série des conditions d'un conditionné quelconque, comme série cosmique, le concept de la grandeur du monde n*est donné que par la régression, et non dans une intuition collective qui la précède. Mais cette régression n'esid * toujours que la détermination de la grandeury et ne donne ainsi aucun concept déterminé, ni par conséquent aucun concept d'une grandeur qui serait infinie par rapport à une certaine mesure; elle ne ~\^a donc pas à Tinfini (comme donné), mais à l'iodé— fini, pour donner à l'expérience une grandeur qui n'est réelle que par cette régression.

TRANSCfeiDENTALB. 223

Solution de ridée «oemologique de lai>totaUli4)de la division d'un

tout donné en intuition.

Si je divise un tout donné' en intuition, je yais par là de quelque ohoee de conditionné aui conditionfi de sa posinbilité. La division des parties (stAbdir Visio ou deecmposUio) est une régression dans la série de ces ceniditions. La totalité absolue de cette série ne serait donnée qu'a«tant que la régression pourrait atteindre jusqu'au! -parties simples. Mais si toutes les parties sont toujoura divisibles de nouveau, alors la division, c'est-à-dire la régression du conditionné à ses conditions^'s'étend'à l'infini, pairee que les conditions (les parties) sont contenues dans le conditionné même ; et^ celui-ci étant donné entièrement dans one intuition renfermée dans des limites^ toutes aussi sont données en même temps. La régression ne doit donc pas être appelée simplement une régression à rinâéfmi, comme il était permis de le faire dans l'idée cosmologique précédente, puisque je devais alors m'avancer du conditionné à ses conditions qui étaient en dehors de lui, et par conséquent pas données en même tecup^que lui, mais qui ne se présentaient que dans la régression empirique. Néanmoins on ne peut pas dire d'un tel tout, i^tii est divisible à l'infini, qu'il se compose de parties en nombre infini. Car, quoique toutes les parties soient comprises dans l'intuition du

Sâ4 LOGIQOB

tout, la division totale n'y est cependant pas contenue; celte division ne consiste que dans la décomposition progressive ou dans la régression même, qui seule compose réellemeni la série. Or, comme cette régression est infinie, tous les membres (parties) auxquels elle parvient sont contenus dans le tout donné comme a^jff^^at^ mais la série totale deladivisionf qui est successivement infinie et jamais parfaite, n'j'est point contenue, et ne peut par conséquent iaire voir dans un tout ni une multitude infinie, ni 4ine synthèse de cette multitude en un tout.

Gptte observation générale peut très-bien s'appliquer àFespace. Tout espace, considérédansses bornes, est un tout dont les parties sont toujours des espaces dans toute décomposition ; cet espace est par conséquent divisible à l'infini.

De là suit aussi très-naturellement la seconde application à un phénomène extérieur (corps) renfermé dans ses bornes. La divisibilité d'un corps se fonde sur celle de l'espace qui constitue la possibilité du corps, comme d'un tout étendu. Ce corps estdonc divisible à Tlufini, sans cependant pouf cela se composer d'infiniment de parties [actuelles].

Il semble, à la vérité, qu'un corps devant être conçu comme substance dans l'espace, il doit en différer quant à la loi de la divisibilité de l'espace ; car on peut très-bien accorder que la décomposition ne puisse jamais épuiser la composition dans l'espace.

TBANSGBKDEMTALE. M&

puisque alors tout espace, qui d'aiUeurs n^est rien en lui-même, disparaîtrait (ce qui est impossible), liais que, si toute composition de la matière disparaissait par la pensée, il ne dût plus rien, .rester^ c'est oe qui ne puaît pas pouvoir se concilier ^ayee le conq^pt d'une substance qui devrait être proprement le sujet de toute composition , et qui devrait persister dans ses éléments, quoique leur union dane l'espace pour composer un corps eût cessé. Mais il n'en est pas de ce qu'on appelle substanee .dans le phénomène comme d'une chose en soi, telle qu'on la concevrait par un concept intellectuel pur. La substance dans le phénomène n'est pas un sujet absolu; c'est une image durable de la sensibilité; elle n'est qu'une intuition dans laquelle rien d'inconditionné ne se trouve nulle part.

Mais quoique cette règle de la progression à l'infini ait lieu, sans* aucun doute, dans la sub* division d'un phénomène comme plein pur et simple de l'espace, elle ne peut cependant pas valoir quand nous voulons l'employer aussi à la multitude des parties déjà séparées d'une certaine manière dans un fout donné, et qui constituent un quantum discr^hpn. On ne saurait admettre que dans on tout (organisé) quelconque, chaque partie soit de nouveau organisée, et que l'on trouve de cette manière dana la division des parties à l'infini, toujoursde nouvelles parties artificielles, en un mot que le tout soit n. 15

OEgannôè Tinfim; mai» qn . oon^t bidn^que les parties deU.UMitièDepaisMatydaQdletir d^mpositioa à riufioiyétre toutes orgaaiaées; oarl'infinitédeUdiYiiiQiul'uQphéQomtoed0Dnédaii8respacea^ fonder quemwt •ur C0.q«e» parce pfaéBoi»èD6| la simpLe diyi8ibiiUté>. e'eslrnàrdire une multitude de parties ateoluzWQt ipd^temttuM 9n soi, ert donnée; maû les partie^ ellea-mèwies m sont données et déterminées qfj^ par kh aubdivisioni en un mot^ le tout n'est pas déjàdi?ia9 en kii-^m^e. Par conséquent la division pput détermii^ dans ce tout une multitude qui va aussi loin que Ton veut avancer dans la régression deladlvJAion* Au. contraire, dans un corps lOi^nique composià à Tinfini, , le tout e^t déjà représenté, pr/écisémentpar /oe coueept même, comme divisé, et une multitude de parties en elle-même déterminée, qaais infiuie,iyy trouve avant toute n^grea^on de la dir^onij^u quoi Ton est en contra4i0tion aveajsoimdmei . puisque Top considère l'envelopp^nent infini comme une série qui ne sera jaa»ai% complète (infinie), et. njê^^piojUui cependant comme OQnaplète dan^ UiÇomppsi^on* La division infinie ne désigne que le phénon^Qe : comme quanttm canUni/mnf et ne peut fètre séparée du plein de TesfAce,. ^afoe que ce plein est précisément la raison de la divisibilité infinie* Mais aussitôt que. quelque <diose a été pris comme qmntumdiscretum^ alers la mudtitudedea uni* tés y est déterminée, par conséquent aussi toujours

iBAifSfpnwNTAus. 227

égfi)^ à ua. nomkve. Jusqu'où pmt dmc aller Tor* guûatioD dao3 un corps composé? GW ce querex*^ périeace seule peqt apprendre, «t qaoiqu'eHeDesmt panreûae avec cerUtudQ à aucune partie inorgani* quCi de telles p^es (tf pendant doivent néanmcuns se trouver dans re;](périeace possible. Mai$ jusqu'où s'étend en général la division transcendentate . d'un phénomène t Ce n'est point l'afiEaire de l'eipérience; mais un principe de la raison» de tenir la régression empirique pour jamais absolument accomplie dans lad^mpoeitionde l'étendu, conformément à la nature de ce phénomène»

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