II
Du but dernier île la «lialcctujiie iiaiiirellê de la raison humaine.
Les idées de la raison pure ne peuvent jamais être dialectiques en elles-^mèmes, leur abus seul doit en produire eu nous une apparence trompeuse ; car elles nous sont données pay la nature de notre raison, et ce suprême tribunal de tout droit et de toute prétention de notre spéculation ne peut renfermer primitivement des illusions et des prestiges. II est donc probable qu'elles ont leur destination bonne et utile dans la constitution naturelle de notre raison. Maisla tourbe des sophistes crie, comme c'est sa coutume, à Vabsurdite et à la contradiction^ et blâme le gouvernement de la raison dont elle ne peut pénétrer les plans secrets, à l'action bienfaisante duquel elle est redevable de sa propre conservation, et même de la culture qui la rend capable de le blâmer et de le condamner.
On ne peut se servir avec certitude d'un concept à priori sans eu avoir fait la déduction transcendentaie. Les idées de la raison pure ne permettent à la vérité, aucune déduction de l'espèce de celle des catégories; mais si .elles doivent avoir quelque pea de valeur objective, quoique indéterminée seulement, et ne pas représenter simplement de vains êtres déraison (entia rationis ratiocifUirUis!)^ il faut nécessairement que leur déductipn sqit possible, posé même qu'elle s'écarte beaucoup de celle que l'on peut établir relativement aux catégories. La perfection de l'œuvre
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critique de la .raison pura est à ce prix. Nous allons doncy procéder.
C'est uue graade, différence, que quelque chose soit donné à ma raison comme pn objet absolamentf ou seulement comme un oliiet en idée. Dans le premier cas, mes concepts déterminent l'objet ^ dans le second, il n'y a qu un schèoie, auquel n'est directe* ment donné aucun objet, pas même hypothétiquement, mais qui sert cependant à nous représenter d'autres objets, moyennant un rapport à cette idée, en vertu de leur unité systématique, par conséquent indirectement. Je dis donc. que le concept d'une intelligence suprême n'est qu'une simple idée^ c'està-dire que sa réalité objective ne doit pas consister en ce qu'il se rapporte directement à un objet (car en ce sens nous n'en poui:rion$pas justifier la valeur objective); il n'est qu'un schème (ofdôhné suivant des conditions de la plus grande unité rationnelle) du concept d'une chose en général, schême qui ne sert qu'à conserver la plu^ grande unité systématique dans l'usage empirique de noire raison, dans lequel on dérive en quelque sorte l'objet de l'expérience de l'objet figuré de cette idée^ comme de çon principe ou de sa cause. Alors nous disons, par exemple, que les choses du monde doivent être considérées comme si elles tenaient leur existence d'une intelligence* suprême. De cette manière, l'idée n'est proprement qu'un concept heuristique et non ostensif, qui fait voir, non pas
comment un objet est existant, mais comment, sous sa conduite, nous devons cherchera nature et la liaison des objets de l'expérience en général. Si donc on peut faire voir que, quoique les trois espèces d'idées transcendentales (psychologiquesj costnologiques et théologiques) ne se rapportent directement à aucun objet qui leur corresponde, ni à sa détermination^ cependant toutes les règles de l'usage empirique de la raison dans la supposition d'un tel objet en idée, conduisant à Tunité systématique et étendant toujours la connaissance expérimentale, mais sans pouvoir jamais lui être contraires, c'est alors une tnaanme nécessaire de la raison d'agir suivant ces idées. Telle est la déduction transcendèntale de toutes les idées de la raison spéculative, non comme des principes corstitiUifs de l'extension de notre connaissance à plus d'objets que l'expérience n'en peut donner, mais comme des principes régulateurs de l'unité systématique de la diversité de la connaissance empirique en général, unité qui est par là mieux établie et mieux réglée dans ses propres limites qu'elle ne pourrait l'être par le seul usage des principes intellectuels sans ces idées.
C'est ce que je vais éclaircir. D'abord (en psychologie) nous relierons, en conséquence de ces idées comme principes^ tous les phénomènes, toutes les actions, toute notre capacité intellectuelle, en suivant le fil de l'expérience interne, comme si l'esprit était
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une BubBtance simple qui existât coustamment avec identité personnelle (au moins dans la vie), tandis que ses états, dont ceux du corps font partie comme conditions extérieures seulement, changent sans cesse. SecondemerU (en cosmologie) nous devons poursuivre la recherche des conditions des phénomènes naturels internes et externes, comme si cette recherche devait jamais être complète, c'est-à-dire comme si elle était en elle-même infinie et sans un membre premier et suprême, mais sans nier que ces phénomènes n'aient en dehors d'eux leurs causes premières purement intelligibles, mais qui cependant ne peuvent jamais entrer dans le système des explications phy* siques, puisque nous ne les connaissons point du tout. Troisièmement enfin (en théologie), nous devons considérer tout ce qui ne peut jamais appartenir qu'à l'enchaînement de l'expérience possible, comme si cette expérience formait une unité absolue, mais entièrement dépendante et toujours conditionnée encore dans les limites du monde sensible, mais en même temps néanmoins, comme si l'ensemble de tous les phénomènes (le monde sensible en lui-nième) avait en dehors de sa circonscription un principe unique suprême, suffisant à tout, savoir, une raison subsistant en quelque sorte par elle-même, primitive et créatrice, par rapport à laquelle nous réglons tout . usage empirique de la nôtre dans sa plus, grande extension, comme si les objets mêmes étaient sortis de
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ce prototype de toute raison. C'estr-ànlire, d'un côté, que les phénomènes internes de Tâme dérivent non d'une substance pensante simple^ mais les uns des autres d'après l'idée d'un certain être simple; en second lien, que Tordre de Tunivers et son unité systématique ne dérivent point d'une intelligence suprêmCy mais qu'on tire de l'idée d'une cause souverainement sage la règle suivant laquelle la raison doit procéder pour sa plus grande satisfaction propre dans la liaison des causes et des éfTets cosmiques.
Rien ne nous empêche maintenant d'admellre aussi ces idées comme objectives et hypostalîques, eiicepté seulement l'idée cosmologique, où la raison tombe sur une antinomie, quand elle veut réaliser cette idée (les idées psychologiques et théologiques ne contiennent pas de semblables antinomies). Car, si elles ne sont pas contradictoires, comment en pourrait -on contester la réalité objective, quand on sait aussi peu de leur possibilité pour la nier que nous n'en savons pour l'affirmer? Néanmoins, pour admettre quelque chose, il ne suffit pas .qu'il n'y ait à cela aucun obstacle positif, et il ne peut nous être permis d'admettre comme réels et déterminés des êtres de raison qui surpassent tous nos concej^ts sans cependant répugner à aucun d'eux, sur la simple autorité de la raison spéculative, qui achève volontiers son œuvre. Ces êtres de raison ne doivent pas être admis en euxmêmes ; seulement leur réalité doit valoir comme celle
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d'un schème da principe régulateur de l'unité systé*matique de toute connaissanee de la nature; ils doi<* vent donc être posés comme des analogues de» choses réelles, et non comme des choses réelles en soi. Nous retranchons de l'objet des idées les conditions qui bornent notre concept intellectuel, mais qui seules aussi font que nous pouvons avoir d'une chose un concept déterminé. Nous pensons alors quelque diose de la nature intime de laquelle nous n'avons aucun concept, mais dont nous concevons cependant un rapport à l'ensemble des phénomènes, rapport qui est analogue à celui que les phénomènes soutiennent entre eux.
Si donc nous admettons ces êtres idéaux , nous n'étendons pas proprement ainsi notre connaissance au delà des objets de l'expérience possible, mais seulement leur unité empirique, par l'unité systématique dont l'idée nous donne le schême, idée qui vaut par conséquent, non comme principe constitutif, mais simplement comme principe régulateur. Car de ce que nous posons quelque chose, de correspondant à l'idée 9 un quelque chose un être réel, ce n'est pas à dire que.nous voulions étendre notre connaissance des choses par des concepts transcendentaux ; (far cet être n'est posé qu'en idée, et non en lui-même, par conséquent seulement pour exprimer l'unité systématique qui doit nous servir de règle dans l'usage empirique de la raison, sans prétendre rien décider
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sur le fondement ^o eette unité ou sur la propriété interne d'un ètrç qui lui swt de base et de cause.
Ainsi» Je concept transcendental et le seul déterminé que nous fournit de Dieu la raison purement èpéctkl^Uîvej.esidéistique, dans le sens le plus strict : c'est-à-dire que la raison ne donne pas même la valeur objective d'un tel concept, mais seulement Tidéedequelque chose qui soit le fondement de toute sa réalité empirique, de son unité suprême et nécessaire, et que nous ne pouvons concevoir que par analogie à une substance réelle, qui soit, suivant desloîs ration neUes,4a cause de toutes choses. Si cependant nous essayons de le concevoir en tout comme un objet particulier, plutôt que de nous contenter de la simple. i(iée du principe régulateur de la raison, il faudra renoncera l'intégralité de toutes les conditions de la pensée, comme surpassant l'intelligence bum^in^^ ce qui cependant ne peut se concilier avec le ^t d'une unité systématique parfaite dans notre connaissance, à laquelle la raison ne met pas de bornes«
D'où il arrive que, lorsque j'admets un être divin, je n'ai pas à la vérité je moindre concept, ni de la possibilité interne de sa perfection suprême, ni de la nécessité de sOQ existence ; mais je puis aloi*s satisfaire â toutes les autres questions qui concernent la eontingence, et donner à la raison la plus complète satisfaction relativement à la recherche de la
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plus grande unité dans son usage empirique, si ce n'est par rapport à cette supposition même; ce qui prouve que son intérêt spéculatif, et non une connaissance claire, Tautorise à partir d'un point haut placé en dehors de sa sphère, pour contempler de là ses objets en un tout parfait.
Ici se montre donc une différence^ de la manière de peojser dans une seule et même supposition, différence passablement subtile, mais d'un très-grand poids néanmoins dans la philosophie transcendentale: Je puis avoir une raison suffisante d'admettre quelque chose relativement (supposilio relativà), sans cependant avoir le droit de l'admettre absolument {supposilio absoluta). Celte distinction convient lorsqu'il n'est simplement question.que d'un principe régulateur, dont nous connaissons la nécessité intrinsèque il est vrai, mais non la raison de cette nécessité; et que nous admettons en conséquence une raison {Grund) suprême, dans la vue simplement de concevoir d'autant plus déterminément l'universalité du principe, comme par exemple, lorsque je me persuade Texistence d'un être correspondant à une idées impie et transcendentale. Car ne je puis jamais admettre l'existence de cette chose en elle-même, parce qu'aucun des concepts par lesquels je puis concevoir déterminément un objet ne sert à cet effet, et que les conditions de la valeur objective de mfes concepts sont exclues par l'idée même. Les concepts de
la réalité, de la substance, de la causalité, ceux^mèmes de la nécessité dans Texistence, n'ont, en dehors de Fusage empirique, aucun sens qui détermine un objet, puisqu'ils rendent possible la connaissance empirique d'un objet. Ils peuvent donc bien servir à l'explication de la possibilité des choses dans le monde sensible, mais non à celle de la possibilité d'un Tout cosmiqueméme^^Tce que ce principe d'explication devrait être extérieur au monde, et par conséquent n'être pas un objet d'une expérience possible. Or, je puis néanmoins admettre un tel être incompréhensible pour objet d'une simple idée relativement au monde sensible, mais pas en lui-même. Car si le fondement du plus grand usage empirique possible de ma raison est une idée, (celle de l'unité systématiquement parfaite dont )e parlerai tout à l'heure plus spécialement), qui en elle-même ne peut jamais se rencontrer d'une manière adéquatedans l'expérience, quoiqu'elle soit absolument nécessaire pour approcher le plus près possible de l'unité empirique, alors nonseulement j'aurai le droit, mais encore je serai forcé de réaliser cette idée, c'est-à-dire, de lui poser un objetréel, mais uniquement comme un quelque chose en général que je ne connais pas en lui-même et auquel je ne donne ces attributs analogues aux concepts intellectuels dans l'usage empirique, que comme à un principe de toute unité systématique et par rapport à cette unité. Je concevrai donc, suivant l'ana-
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logie des réalités dans le mondé, suivant celle dessubstanoeSy de la causalité et de la nécessité, un être possédant tons ces attributs an plus haut degré deperfection ; et puisque cette idée porte simplement sur ma raison, je pourrai concevoir cet être comme une rauon indépendante qui, par des idées de l'harmonie et de l'unité la plus parfaite, est cause de tout ruai-vers; de cette manière je ne fais abstraction de toutes les conditions limitatives des idées que pour constituer, sous Tautorité de ce principe primitif, l'unité systématique de la diversité dans T univers, et par ce moyen rendre l'usage empirique de la raison le pins grand possible, en considérant toutes ces combinaisons comme 82 elles étaient des dispositions d'une ' raison suprême, dont la nôtre n'est qu'uu faible simalaere. Je conçois alors cet être suprême par de purs concepts qui n'ont proprement d'application que dans le monde sensible. Mais aussi, comme cette supposition transcenden taie ne m'est accordée que pour un usage relatif, à savoir, pour donner le substratum à la plus grande unité possible de l'expérience, je puis donc concevoir, au moyen seulement d'attributs qui n'appartiennent qu'au monde sensible, un être que je distingue du monde. Car je ne prétends nullement, et je n'ai pas le droit de prétendre à la connaissance de cet objet de mon idée, quant à ce qu'il peut être en lui-même, puisque je n'ai pas de concepts qui puissent me le permettre. Les concepts ,
mêmes de réalité, de substance » de causalité, celai de la nécessité dans Texistence, perdent ici toute leur valeur/et sont de vains titres de concepts sans aucun contenu, dès que je sors par là du champ des sens. Je ne conçois la relation d'un être qui m'est tout à fait inconnu, avec la plus grande unité systématique de Tunivers, que pour en faire un schême du principe régulateur du plus grand usage empirique possible de ma raison.
Si nous jetons maintenant nos regards sur Tobjet transcendéntal de nos idées, nous verrons que nous ne pouvons pas en supposer l'existence en eUe-^néme suivant les concepts de réalité, de substance, de causalité, etc., parce que ces concepts n*ont pas la moindre application à quelque chose qui diffère totalement du monde sensible. Par conséquent la supposition rationnelle d'un être suprême comme cause première est conçue d'une manière purement relative, en faveur de l'unité systématique du monde sensible; c'est un simple quelque chose en idée, dont nous n'ayons pas le moindre concept de ce qu'il est en lui-même. On voit aussi par là pourquoi, à la vérité, nous avons besoin de l'idée d'un être primitif nécessaire en soi^ par rapport à ce qui est donné d'existant pour le sens, mais pourquoi nous ne pouvons jamais avoir le moindre concept de cet être et de sa nécessité absolue.
A présent, nous pouvons mettre clairement sous les yeux le résultat de toute la dialectique transcenden-
TIUNSGENDBNTALE. 381
taie, et déterminer nettement la fin dernière des idées delà raison pure, qui ne peuvent être dialectiques que par un malentendu et une témérité. La raison pure ne s'occupe donc que d'elle-même, et ne peut avoir aucun autre objet, parce que les objets ne lui sont pas donnés pour Funité du concept expérimental, mais bien lesconnaissances intellectuelles pour l'unité du conceptrationnel ou de l'enchaînement en un principe unique. L'unitérationnelleest l'unitédu système, et cette unité systématique sert à la raison de principe, non objectivement pour l'étendre au delà des objets, mais subjectivementcomme maxime pour l'ap- , pliquer à toute connaissance empirique possible des objets. Néanmoins l'enchaînement systématique que la raison peut donner à l'usage empirique de l'entendement, non^seulement en exige l'extension, mais il en garantit encore la justesse; et le principe de cette unité systématique est aussi objectif, mais d'une manière indéterminée (principium vagum), non à titre de principe constitutif, ou pourdéterminer quelquechose par rapport à son objet direct, mais comme maxime ou principe purement régulateur, pour provoquer et . soutenir à l'infini (indéterminément) l'usage empirique de la raison par la découverte de nouvelles voies que l'entendement ne connaît pas, sans être pour cela jamais contraire le moins du monde aux lois de l'usage empirique.
Mais la raison ne peut concevoir cette unité systé-
982 LôcrouE
matique sans donner en même temps à son idée un objet, lequel ne peut être donné par aucune expérience, car l'expérience ne donne jamais un exemple d'unité systématique parfaite. Cet être de raison {ens rationis ratiocinatœ) n'est donc, à la vérité, •qu'une simple idée, et n'est par conséquent pas pris absolument et en lui-même comme quelque chose de réel; il n'est posé en principe que problématiquement (parce que nous ne pouvons l'atteindre par aucuns concepts de l'entendement),' afin d'aperceroir la raison entière des choses du monde sensible comme si elles avaient leur fondement dans cet être de raison, mais dans le dessein seulement de fonder là-dessus l'unité systématique indispensable à la raison, unité requise de toutes manières pour la connaissance empirique de l'entendement, sans cepefldant qti'elle puisse jamais lui être un obstacle.
On connaîtrait mal le sens de cette idée, si on la prenait pour l'affirmation ou seulement pour la supposition d'une chose réelle à laquelle on penserait attribuer le principe de la constitution systématique du monde. Il faut au contraire laisser complètement indéterminée la propriété [ressenoe] du principe de cette idée, principe qui se soustrait à nos concepts, et se poser une idée pour point de vue, d'où seulement cette unité si nécessaire à la raison et si salutaire à l'entendement puisse s'étendre. En un mot, cette chose transcendentale est simplement le schème de ce
TRANSCENDBNTALE . 383
principe régi^^lateur par lequel la raison, autant qu'il esl en elle, étend l'unité systématique à toute expérience.
Le premier objet d'une telle idée, c'est moi-même, considéré simplement comme nature pensante (âme). Si je recherche les propriétés dont un être pensant est doué en lui-même [son essence], je dois interroger Texpérience, et je ne puis appliquer à cet objet aucune des catégories, qu'autant que leur schême est donné dans l'intuition sensible. Mais je ne parviens jamais de cette manière à une unité systématique de tous les phénomènes du sens intime. Au lieu donc du concept expérimental (de ce qu'est réellement l'âme), concept qui ne peut pas nous mener loin, la raison prend le concept de l'unité empirique de toute pensée, et par le fait qu'elle pense cette unité inconditionnée et primitive, elle tire de là un concept rationnel (une idée) d'une substance simple immuable en elle-même (personnellement identique), et qui est en commerce avec les autres choses réelles qui lui sont extérieures, en un mot l'idée d'une intelligence simple subsistant par elle-même. Mais, en cela, elle n'a en vue que des principes de l'unité systématique dansl'explication des phénomènes de l'âme; savoir, de considérer toutes les déterminations comme appartenant à un sujet unique, toutes les .facultés comme dérivées autant que possible d'une seule et unique faculté fondamentale, tout changement comme
déterminant un seul et même être constant, et de se représenter tous les phénomènes dans Tespace comme complètement distincts des actes de la pensée. Cette simplicité de la substance, etc., ne devrait être que le schème de ce principe régulateur, loin d*être supposée la cause réelle des propriétés de Tâme. Car celles-ci peuvent aussi reposer sur des principes tout différents, mais que nous ne connaissons pas, de la même manière précisément que nous ne pourrions pas proprement connaître Tâme en elle-même par ces prédicats supposés, tout en voulant les faire valoir par rapport à elle, puisqu'ils constituent une simple idée qui ne peut absolument pas être représentée in concreto. Cette idée psychologique ne peut' donc être qu'avantageuse, si Ton a Tattention de ne la faire valoir que relativement à l'usage systématique de la raison par rapport aux phénomènes de notre âme. Car lorsqu'aucune des lois empiriques des phénomènes corporels, lois qui sont d'une tout autre espèce, ne se mêlent aux explications des phénomènes du sens intime^ alors aucune vaine hypothèse sur la génération, la mort, la palingénésie des âmes, etc., n'est permise. Et dès lors cet objet du sens intime est envisagé dans toute sa pureté, sans mélange de propriétés hétérogènes; de plus, l'investigation de la raison tend à ramener autant que possible à un principe unique les raisons d'explication dans ce sujet; résultats qui s'obtiennent très*bien, qui ne s'obtiennent même
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que par un tel schème, considéré comme un être réel. L'idée psychologique ne peut non plus signifier autre ehose que le schème d'un concept régulateur. Car si je Toulais demander seulement si l'âme n'est pas en elle-même d'une nature spirituelle, cette question n'aurait alors aucun sens. Par ce concept j'enlève en efifet non-seulement la nature corporelle, mais encore toute nature, c'est-à-dire tous les prédicats d'une expérience possible, par conséquent toutes les conditions nécessaires pour concevoir un objet à un tel concept ; seule chose cependant qui fait que Ton dit que ce concept a un sens.
La seconde idée régulatrice de la raison purement spéculative est le concept du monde en général. Car la nature n'est proprement qu'un seul objet donné^ par rapport auquel la raison a besoin de principes régulateurs. Cette nature est de deux espèces, ou pensante ou corporelle. Pour concevoir la nature corporelle, quant à sa possibilité intime, c'est-à-dire pour déterminer l'application des catégories à cette nature, nous n'&vons besoin d'aucune idée, c'est-à-dire d'aucune représentation qui dépasse l'expérience. Il n'en est même aucune de possible par rapport à cette nature, parce qu'ici nous sommes uniquement conduits par l'intuition sensible, et non comme dans le concept psychologique fondamental (moi), qui comprend à priori une certaine forme delà pensée, savoir, son unité. Il ne nous reste donc, pour la raison pure, n. 25
que la nature en général, et en elle la plénitude des condiliona âuivant un certain principe. La totalité absolue des séries de^ees conditions, dans lii dériva^ tion de ses memlires, est une idée qui ne peut à ia vérité jamais être réalisée parfaitement dans Fasâge même empirique de la raison, mais 4{Qi sert cependant de règle pour la manièrede procéder dans Texpérience, c'est-à-dire danal'jexplication de phénomènes donnés (en rétrogradant ou en aTançant). Nous devons faire alors comme si la série en soi était infinie {in indéfinitum ); mais dans le cas où la raison même est considérée comme cause déterminante(dans la liberté), par conséquent dans les principes: pratiques, nous devons agir comme si noua avions sous les yeux non un objet des sens,^ mais un objet de Tentende* ment pur, où les conditions ne peuvent plus être placées dans la série des phénomènes, mais hors d'el le, et où la série des états peut être considérée comme si elle commençait absolument (par une cause intelligible). Toutes choses qui prouvent que les idées oosmologiques ne. sont que des principes régulateurs, et sont très-éloignées de donner d'une manière en quelque sorte constitutive une totalité réelle de ces séries. On peut voir le reste en son lieu dans Tantinomie de la raison pure%
-. La troisième idée de la raison pure, qui contient une supposition purement relative d'un être, comme cause suffisante de toutes les séries cosmologiques,
est le concept rationnel de Dieu. Nous n'avons pas la moindre raison de poser absoloment (de supposer en soi) l'objet démette idée ; car qu'est-ce qui peut nous permettre, oasiipplemefntnous^eotcuiaer soit de croire^ soit d'affirmery d'après te simple cphcepi; que nous nous faisons-dé ce qu'ilesi^lui-mènie, unètred'une perfection aibsolueet comme absolument nécessaire par sa nature, si. ce n'est le monde^ par rapport auquel semlemeot la supposition peut être nécessaire? Ce qui fait voir que l'idée :dei cet . être, ainsi qne toutes les idées spéculatives, ne signifie autre chose si ce n'est quelaraison prescrit de considérer la liaison universelle du monde suivant des principes d'une unité systémaiiqoe, .par. conséquent comme si tout procédait d'un seul êtra embrassant tout, comme cause suprême et siiffisaajte de tout. D'oh il est clair que la raison ne peut airoîr encore d'autre vue que' s^ propre règle formelle dans l'extension dé son usage empirique ,. mais jamais ùnev exteùsion mihddà de toutes tes bornes de F tiiagà' empirique. Cette idée ne cache donc aucun principe constitutif de son usage approprié à une expérience possible.
L'unité formelle suprême, qui se (pnde seulement sur des concepts rationnels est Yunitëfinaie aes choses ; et l'intérêt spéculatif de la raison nous force à regarder toute disposition régulière dans le monde comme l'effet délibéré d'une raison suprême. Un tel principe ouvre donc à notre raison, appliquée au
champ de l'expérience, des aspects tout à fait nouveaux pour lier les choses dans le monde suivant des loisr téléologiques, et pour parvenir de cette manière à leur plus grande unité systématique. La supposition d*une intelligence suprême comme cause unique de l'univers, mais bien simplement en idée, peut donc toujours être utile à la raison, sans cependant lui nuire jamais en cela. Car si nous présupposons par rapport à la figure de la terre (ronde, cependant quelque peu aplatie) (1)9aux montagneS| aux mers, etc., des vues parfaitement sages d'un créateur, nous pourrons faire de cette manière une foule de découvertes. Si donc nous restons dans cette supposition comme dans un principe purement réguUUeur^ alors l'erreur même ne peut nous nuire. Car il ne peut en tous cas s'ensuivre autre chose, si ce n'est de trouver, 1^ où nous attendions un enchaînement téléolégique (neœus yîna/tô), un enchaînement purement mécanique ou physique {neams effectivus); et alors nousmanquoDS seulement d'une unité de plus, mais nous n'ai-
(i) L*avantage que procure la figure arroodie de la terre est assez connu ; mais peu savent fueson aplatissement en forme de sphéroïde empêche à lui seul qte les élévations du continent, ou même des plus peliteé montagnes produites comme par un tremblemenl de terre, ne dérange sans cesse l'axe de la terre, et même d'une manière considérable en peu de temps, la terre formant sous la ligne une si grande montagne que la secousse de toute autre montagne ne peut jamais la déplacer par rapport k Taxe. Et cependant on nliésite pas à expliquer cette sage disposition par Téquilibre de la mj^^s^ terrestre, autrefois fluide.
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térons en rien l'unité rationnelle dans son usage em« pirique. Ce cantre-^temps ne peut donc atteindre la loi méme^dans son but général et téléologique. Gar^ quoiqu'un anatotniste puisse être convaincu d'^^r* reur pour affecter quelque organe d'un corps animal à une fin qu'on peut montrer clairement n'en pas résulter, cependant il est absolument impossible de faire voir dans quelques cas donnés qu'une disposition de la nature, quelle qu'elle soit, manque tout à fait de fin. C'est pourquoi la physiologie (des médecins) étend aussi sa connaissance empirique' trèslimitée des fins de la structure d'un corps organique, par un principe que donne la seule raison pure^ au point de supposer très-hfirdiment, et en même tennps du consentement de tous les hommes sages, que tout daQS l'animal a son utilité et sa fin convenable; s|rpposition qui, si elle devait être constitutive^ irait beaucoup plus loin que ne peuvent le permettre les observations faites jusqu'ici. D'où l'on voit qu'elle n'est qu'un principe régulateur de la raison, pour arriver à l'unité systématique suprême par le moyen de l'idée de la causalité finale d'une cause première et suprême du monde, comme si'cette cause^ en tant que suprême intelligence, avait tout fait d'après un but souverainement sage.
Si nous sortons de cette restriction de l'idée à l'usage purement empirique, la raison se trompe de plusieurs manières, puisqu'alors elle quitte le terrain
de rexpérience, qui doit cependant contenir les ja-* Ions de son ohemia, et s^abandonoe aundelà de ce terrain àTincompréfaensibie et à l'inînvestigable, aar la hauteur duquel elle est nécessairement siûsia d'éblouissemeDty parce qu'elle se voit de là entièrement privée de tout usage d accord avec rexpérience.
Le premier inconvénient qui résulte de lemploide ridéed*un être suprême, non d'une manière simple* mentrégulatricci mais (ce qui est contraire à la nature d'une idée) oonstitutivement, est la raison paresseuse {ignava ratio) (1). On peut donc appeler ainsi tout principe qui fait que l'on considère une inv^tigation de la nature, en quoi que ce soit» comme absolument accomplie, et qui porte par conséqueot la r^son à demander du.repos eomme si elle avait achevé son œuvre. C'est pourquoi l'idée psychologique même, quand elle est employée comme un jpriocipe cônsti* tutif pour l'explication des phénomènes de notre âme, et en conséquence pour étendre notre conûaitsanee sur ce sujet au-delà de toate expérience (l'état derâme après la mort), accommode fort la raison sans doute, mais aussi corrompt et ruine de fond en confie fout
(i) (Test ainsi que les anciens dialecticiens appelaieB.t le paialogisme suivant : Si le destin le veut, tu dois guérir de cette maladie» que tu aies un médecin ou que tu n'-enaies pas. Gicéron dit que œlte manière de raisonner a été ainsi appelée, parce qua,.ai on la soit, il n'y a ancun usage à faire de la raison dans la vie; ce qui est la cause pour laquelle j'ai caractérisé de ce nom Targument sophistique de la raison pure.
TaAMSGKNDBNTALE. 391
son usage naturel suivant la direction de Texpérience. C'est ainsi que le spiritualisté dogmatique explique l'unité peisonnelleconstaimment subsistante à travers tons leschangements, par l'unité de la substance pen« santé qu'il croit percevoir immédiatement dans le moi; l'intér&t qito nous prenons aux choses qui ne doivent arriver qu'après la mort, par la conscience de la nature immatérielle de notre sujet pensant, etc. Il se débarrasse ainsi de toute recherche naturelle des causes de nos phénomènes internes par des principes d'explication physique^ puisqu'une sorte de décision supérieure d'une raison transcendante le porte à négliger au profit de sa oommodité, mais au pr^udice de ses lumières, les sources immanentes de la connaissance expérimentale. Cette conséquence fâcheuse est encore plii^ sensible dans le dogmatisme de notre idée d'une intdligence suprême et du système théologique de la nature (théologie physique) auquel ceci sert lattasement' de base. Car alors tontes les fins qui se montrât dans la nature, et nous en imaginons sauvent de pareilles, ne servent qu'à nous faciliter beaucoup l'investigation des causes, non pas en nous les faisant rechercher dans les lois générales du mécanisme de la matière, mais en nous décidant de nous en rapporter là-dessus aux desseins impénétrables dcilaci^upràme sagesse. Considérant alors le travail de la raison comme achevé, nous nous dispensons de son usage, qui cependant ne trouve de fil conducteur
nulle part qu'où Tordre de la nature et la série des changements nous le fournit suivant les lois internes et générales de cette même raison. Cette erreur peut être évitée, si, — non contents de considérer du point de vue des fins quelques parties seulement de la nature, comme par exemple la division du continent, sa structure, la nature et la situation des montagnes^ ou bien seulement l'organisation dans le règne végétal et animal, — nous rendons encore tout à fait générale cette unité systématique de la nature, par rapport à l'idée d'une intelligence suprême. Car alors nous établissons en principe une finalité suivant des lois générales de la nature, auxquelles pas un seul arrangement particulier n'échappe, quoi qu'il soit plus ou moins facile à être connu de nous, et nous avons un principe régulateur de l'unité systématique d'une liaison téléologique, mais que nous ne devons pas prédéterminer. Nous devons nous borner en l'attendant, à rechercher la liaison physico- mécanique, suivant des lois générales.. Car alors seulement le principe de l'unité finale peut toujours étendre l'usage de la raison, par rapport à l'expérience, sans lui préjudicier en aucun cas.
Le deuxième vice qui résulte de la fausse interprétation du principe de l'unité systématique est celui de la raison renvensiée (perversa ratioj v<m^w «rpi^cpov rationis). L'idée de l'unité systématique ne devrait servir que comme principe régulateur pour la cher-
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cher saWant des lois naturelles générales dans la liaison des choses, et à proportion da chemin que Ton aurait fait dans la découverte sur la voie empi^ riqne, pour croire que l'on s'est d'autant plus rapproché de la plénitude de son usage, quoiqu'on ne puisse sans doute jamais l'atteindre. On fait précisément le contraire en tombant dans le vice dont nous parlons ; on commence par poser la réalité comme fondement hypostatique d'un principe de l'unité finale, et Ton détermine anthropomorphiquement le concept de cette intelligence suprême, parce qu'il est en luimême inaccessible à l'investigation, et alors les fins de la nature sont acceptées par force et dictatorialement, quand il est juste cependant de les chercher dans la voie de l'investigation physique. De telle sorte que non-seulement la téléologie, qui devrait uniquement servir à suppléer l'unité de la nature, suivant des lois générales , ne sert qu'à la faire disparaître; mais la raison manque encore par-là même son propre but, qui est de prouver par la nature l'existence d'une telle cause intelligente suprême d'après cette fin. Car si l'on ne peut supposer la finalité suprême dans la nature à priori^ c'est-à-*dire comme appartenant à son essence, comment donc serait-on tenu 4^ la rechercher et de s'approcher par son moyen et comme par degrés de la perfection souveraine d'un créateur, comme d'une perfection absolument nécessaire et par conséquent connaissable à
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priori? Le principe régulateur veut que Ton suppose absolument, et par conséquent comme dérivant de Tessence des choses, Tunité systématique, comme ufiké naturelle, qui n'est pas connue d'une manière purement empirique, mais qui est supposée à priarij quoique encore indéterminément. Mais si je mets tout d'abord en principe un être suprême ordonnateur , c'en est fait de l'unité naturelle; car elle est tout à fait étrangère et fortuite daujs la nature des choses, et ne peut plus être connue par des bis générales de la nature. De là un cercle vicieux dans la preuve, puisqu'on suppose ce qui proprement devrait être démontré.
Prendre le principe régulateur de l'unité systéma* tique de la nature pour un principe constitutif, et supposer comme cause hypostatique ce qui n'est seulement qu'en idée pour servir de principe à l'usage uniforme de la raison , ce n'est évidemment là que troubler la raison elle-même. L'investigation de la nature va son chemin en suivant tout simplement la chaîne des causes naturelles, d'après les lois générales de la nature, suivant l'idée d'un créateur, il est vrai, non pour faire dériver de oe créateur la finalité qu'elle poursuit partout, mais pour en connaître l'existence par cette finalité qui est cherch<ip dans l'essence des choses naturelles, et autant que possible même dans l'essence de toutes les choses en général, par conséquent pour la reconnaître comme existence
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absolmneat nécessaire. Mais que cela réussisse ou ne réussisse pas, cependant l'idée reste toujours juste, ainsi que sou usage, pourvu qu'il ait été restreint aux conditions d'un principe purement régulateur.
La parfaite unité finale est la perfection (considérée absolu^aent) . Si nous ne trouvons pas cette perfection dans la nature des choses qui composent tout Tobjet de rerpérience; c'est-à-dire de toute notre connaissance objectivement valable, par conséquent dans les lois générales et nécessaires de la nature^ comment voudrions-nous en conclure l'idée d'une perfection suprême et absolument nécessaire d'un être primitif qui soit le principe de toute causalité ? La plus grande nnité systématique, par conséquent aussi l'unité finale, est l'école et même le fondement de la possibilité du plus grand usage de la raison humaine. Son idée est donc intimement liée à l'essence de notre raison. Cette même idée est donc législatrice pour nous , et il est aussi trèç-naturel de lui supposer une raison législatrice (Intellectus $rche^ tyjm) de laquelletoute unité systématique de la nature soit dérivée, comme de l'objet de notre raison.
Nous avons dit, à l'occasion de l'antinomie de la raison pure, que toutes les questions que cette raison élève doivent absolument être répondues, et que le prétexte des borner de notre connaissance, prétexte qui, dans beaucoup de questions physiques, est aussi inévitable que juste, ne peut être admis ici, où les
questions ne roulent pas sur la nature des choses, mais seulement sur la nature de la raison, sur sa constitution interne. Noos pouvons maintenant confirmer au premier abord cette audacieuse assertion par rapport aux deux questions auxquelles la raison attache le plus grand intérêt, et compléter ainsi notre examen de la Dialectique.
Si donc on demande (à Tégard d*une théologie transcendentale) (i), premièrbheut : s'il y a qaelque chose de distinct du monde qui renferme le principe de Tordre du monde, et de sa composition suivant des règles générales, nous répondrons : oui, sans doute. Car le monde est une somme de phénomènes; il faut donc bien qu'ils aient un principe transcendental, c'est-à-dire concevable au seul entendement pur. La SECONDE question est celle de savoir si cet être est une substance de la plus grande réalité, nécessaire, etc.; je réponds que cette question n^a pas de sens. En effet, toutes les catégories par lesquelles je cherche à me faire un concept d^un pareil objet n'ont qu'un usage empirique et n'ont absolument pas de sens si elles ne sont pas appliquées à des objets de
(1) Ce que j'ai déjà dit précédemment de l'idée psychologîqae et de sa destination propre, comme principe pour l'usage simplement régulateur de la raison, me dispense d'être long dans l'exposition de l'illusion transcendentale suivant laquelle cette unité systématique de toute diversité du sens intime est représentée bypostatiquement La méthode est ici tout-k-fait semblable à celle que la critique a suivie par rapport à l'idéal théologique.
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Texpérience possible, c'est-à-dire au monde sensible. Hors de ce champ, elles ne sont que des titres ppur des concepts, titres qu'on peut accorder, mais par' lesquels aussi on ne peut rien entendre. La troisième question enfin est ainsi conçue : si nous ne pouYons pas au moins concevoir cet être différent du monde, suivant une analogie avec les objets de l'expérience. La réponse est : ouij assurément ^ ma\& comme objet en idée seulement, et non en réalité; c'est-àdire, en tant uniquement qu'il est pour nous un substratum inconnu de l'unité systématique, de l'ordre et de la finalité de la constitution du monde, unité dont la raison doit se faire un principe régulateur de son investigation physique. De plus, nous pouvons accorder hardiment dans cette idée, et sans crainte d'être blâmé, certains anthropomorphismes qui sont indispensables à ce principe régulateur. Car ce n'est jamais qu'une Idée, qui ne se rapporte point directement à un être différent du monde, mais au principe régulateur de l'unité systématiquedu monde, et seulement par le moyen de son schême, ou d'une suprême intelligence qui soit l'auteur du monde suivant des fins pleines de sagesse. On n'a pas dû penser par là ce qu'est en soi ce principe primitif de l'unité du monde, mais comment nous devons l'employer, ou plutôt son idée, relativement à l'usage systématique de la raison à l'égard des choses du monde. Mais, continuera-t-on , pourrons-nous cependant
de cette manière admettre un créateur du mondC; unique, sage et tout puissant? Sans aucun doute; nonseulement nous pouvons l'admettre, mais il faut même le supposer. — Mais alors n*étendons-nous pas notre connaissance au*delà du champ deTexpérience possible?—-Aucuncmenf. Car nous avons seulement supposé un quelque chose dont nodà n'aron^ aucun concept sur ce qu'il est en kii-mème (un objet purement transcendental); mais par rapport à l'ordre systématique et final de la constitution du monde , ordre que nous devons supposer quand nous étudions la nature, nous n'avons pensé un être à nous inconnu que par anahffie avec une intelligence (dont le concept est empirique); c'est-à-dire que nous l'avons doté, par rapport aux fins et à la perfection qui se fondent sur un tel être, d'attributs qui, suivant les conditions de notre raison, peuvent contenir le principe d'une semblable unité systématique. Cette idée est donc entièrement fondée sur Fusage cosmique de notre raison. Mais si nous voulions lui accorder nne valeur absolument objective, nous oublierions alors que c'est simplement uh'ètre en !dée que nous pensons; et comme nous partirions en' ce cas d'un principe indéterminable parla contemplation du monde, nous ne pourrions pai' appliquer convenablement ce principe^ l'usage empirique delai^aison.
Mais,'demandera-t-on encore, ne puis-je pas cependant de cette manière faire usage du concept et
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de la supposition d'un être Bupràmedans la contem*platioQ rationnelle du monde? — Ouij et c'est proprement ponr cela que cette idée 'a été fondée par larain son. -^ Mais puis-je donc considérer commedes fins des dispositions qui y lessemblent, en les^déri-* Tant de la volonté-divine, au moyen de dispositions particulières établies à cet effet dans le monde? — Oui^ voQs le pouvez également; mai&de telle sorte qu'il vous soit indifférent que quelqu'un dise quelàsftgesse divine a tout coordonné à ses fins suprêmes , ou que ridée de la suprême sagesse est un principe régulateur dans la rechercbe de la nature, et un principe de son unité systématique et finale suivant les lois physiques générales , dans le cas même où nous ne l'observons pas; c'ést-à-dîre qu'il doit vous être tout à fait indifférent de dire quand tous la percevez : Dieu l'a ainsi voulu dans sa sagesse, bu bien Ici na;ture Ta ainsi ordonné sagement. Car la plus grande unité systématique, Tunité finale , que votre raison désirait donner pour Base à toutes recbercbes pbysi-» ques^ comme principe! régulateur , était prëci&émeiit ce qui vous autorisait à mettre en principe Tidée d'une intelligence suprême , icomme un schème du principe régulateur ; et autant vous trouvez maintenant d'après cela de régularité dané le mondée autant vous trouvez innée la légitimité de votre idée. Mais bômme ce principe n'avait d'autre but que de chercher Funité naturelle nécessaire, et la plus grande possible.
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OOU8 rattribuerons, à la vérité tant que noua pourrons Tatteindrei à Tidée d'un ètce suprême; mais nous ne pourrons, sans nous mettre en contradiction avec nous«-mèmes, dépasser les lois générales de la nature, par rapport auxquelles seules l'idée était établie, pour regarder cette régularité de la nature comme contingente et surnaturelle par rapport à son origine, parce que nous ne sommes pas autorisés à admettre au-dessus un être de la nature revêtu de ces propriétés, mais seulement à mettre Vidée de cet être en principe, pour les considérer comme unies entre elles systématiquement suivant V analogie d'une détermination causale des phénomènes. Nous sommes donc aussi autorisés à concevoir la cause du monde en idée, non-seulement suivant un anthropomorphisme subtil (sans lequel on n'en pourrait rien penser), à savoir comme un être qui a entendement , plaisir et peine , et en conséquence désir et volonté, mais à lui attribuer une perfection infinie, qui, par conséquent, surpasse de beaucoup celle à laquelle nous pouvons être conduits par la connaissance empirique de l'ordre du monde. Car la loi régulatrice de l'unité systématique veut que nous étudiions la nature, de manière à ce qu'on trouve partout à l'infini, unité systématique et finale, malgré la plus grande diversité possible. Car, quoique nous ne découvrions que peu de cette perfection cosmique, il est cependant de la législation de notre
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raison de la chercher et de la soupçonner partout, et il doit toujours nous être avantageux, et jamais pré^ judiciable, de régler suivant ce principe la contempla* tion de la nature. Mais il est clair aussi, par cette représentation de l'idée fondamentale d'un créateur suprême, que je ne mets pas en principe l'existence et la connaissance d'un tel être, mais seulement son idée; et par conséquent que je ne dérive proprement rien de cet être, mais simplement de son idée, c'està-dire, de la nature des choses du monde, suivant une telle idée. Aussi une jcertaine conscience, quoique inexpliquée ou enveloppée, du légitime usage de notre concept rationnel, semble avoir fait tenir aux philosophes de tous les temps un langage modeste et raisonnable, lorsqu'ils présentent la sagesse et la pro* videnee de la nature et de la sagesse divine, comme des locutions synonymes, et qu'ils préfèrent même la première locution quand il s'agit seulement de la raison spéculative, parce qu'elle empêche la prétention d'afiGirmer plus que nous ne devons^ et réduit en même temps la raison à son propre champ, la nature. Ainsi la raison pure, qui ne semblait nous promettre d'abord rien de moins que l'extension des connaissances au delà de toutes les bornes de l'expérience, si nous la comprenons bien, ne contient que des principes régulateurs; principes qni, à la vérité^ prescrivent une unité plus grande que celle que l'usage empirique de l'entendement peut atteindre, mais qui, n. 86
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par oèla même qu'ils placent si loin la borne de Fapproximatioa de eet nBage^ élèvent son accord avec lui-même, par l'unité systématique, au plus haut degré : tandis que si on les entend mal, et si on les prend pour des principes constitutifs de connaissances transceïidanfes/ par une apparenœ à la vérité brillante maifS illusoire, une opinion et. une prétendue soieooe. produisent alors des contradictions et des disputer éternblleB*
Ainsi toute connaissance humaine commence avec des intuitions, d'où elle s'élève à des concepts et aboutit à des idées. Quoiqu'elle ait, par rapport à ces trois élémlents, des sources de connaissance à prjort^qui^i au premier aspect, semblent dédaigner les bornés de toute expérience, une critique complète persuade cependant que toute raison dans F usage spéculatif ne imit jamais,- avec ses éléments, dépasser le champ de l'expérience possible, et que la destination propre de cette faculté, suprême de connaître est de ne se servir de toutes les méthodes et des principes de ces méthodes,' que pour poursuivre la nature jusque dànst-ceqi^'elleade pios intime, suivant tous l^j pWnci|ie^' possibles de; l'unité, dont le principal est celui des fins ; mais jamais pour sortir des limites de la nature, hors desquelles nous ne trouvons que
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Tespaoe vide. A la vérité, Texamen critique de toutes les^ propositions qui peave&t étendre naître connaissance an delà de l-expérienee réelle nous persuade suffisamment, dans l'Analytique transcendentale , qu'elles ne peuvent jamais conduire qu'à une expé-* rience possible; et, si l'on ne se défiait pas des théorèmes généraux abstraits les plus clairs, et si des perspectives attrayantes et apparentes ne nous portaient à rejeter la force de ces théorèmes, assurément noua aurions pu être dispensés d'interroger péniblement tous les témoins dialectiques qu'une raison transcendentale appelle au secours de ses prétentions; car nous savions déjà, et' d'une science certaine, que tous ces préceptes, peut-être sincères, devaient être tout à fait inutiles, puisqu*il s'agissait d'une connaissance qui ne saurait être le partage de personne. Mais cependant, comme il n'y a pas de fin aux paroles, si Ton ne fait voir la véritable cause de l'apparence par laquelle la raison, même la plus subtile, peut être surprise, et comme la résolution de toute notre connaissance transcendante en tous ses éléments (comme étude de notre nature intérieure) n'est pas de peu de prix en elle-même ; c'est un devoir pour le philosophe, et non simplement une nécessité, d'examiner avec détail toute cette œuvre, si vaine qu'elle soit, de la raison spéculative, jusque dans ses premières sources. Mais comme l'apparence dialectique est illusoire et apparente, non-seulement quant
au jugement, mais encore quant à l'intérêt que Ton prejid ici au jugement, et qu'elle est et sera sans doute toujours naturelle, il était prudent de rédiger pour ainsi dire les actes de ce procès, et de les déposer dans les archives de la raison humaine, afin d'éviter de semblables erreurs à l'avenir.
HÉTHODOLOGIE TRANSGENDËNTALE.
Si je considère l'ensemble de toute connaissance de la raison pure et spéculative comme un édifice dont nou8 avons au moins l'idée, je puis dire que nous en avons énuméré et déterminé, dans la science élémentaire transcendentale, les matériaux, quel que puisse être cet édifice, et quelles qu'en soient la hauteur et la solidité.Sans doute il est arrivé, quoique nous eussions daiiB l'esprit une tour qui devait s'élever jusqu'au ciel, qu'il ne s'est trouvé de matériaux que pour construire une habitation justement assez spacieuse et assez élevée pour y vaquer à nos travaux sur la plaine de l'expérience. Cette entreprise hardie adoncdûéchouer faute de matériaux, sans même avoir égard à la confusion qui devait inévitablement diviser les travailleurs sur le plan à suivre, et les disperser par tout le monde, pour qu'ils bâtissent chacun en particulier suivant son dessin. Maintenant, il s'agit beaucoup
moins des matériaux que du plan; et quoique nous soyons avertis dé ne pas le hasarder sur un dessin arbitraire et aveugle, qui pourrait peutêtre dépasser toutes nos ressources, nous ne pouvons cependant pas renoncer à nous élever une demeure solide, sauf à en faire le devis en conséquence des matériaux qui nous sont donnés, et de nos besoins en même temps.
J'entends donc par méthodologie transcendentale la détermination des conditions formelles d'un système parfait de la raison pure. En sorte que nous avons à nous occuper d'une discipline, d'un canon, d'une architeetomque, enfin d'une hûioire de laraison pure ,* et no.us ferons, dans le point de vue faraasow-dental, ce que l'on tente dans les écoles sous le nom de logique pratique, par rapport à l'usage de l'entendement en général, maiâ qu'cfn «xôcute mal; parce que la logique, générale n'étant re^tjpeinte à aueune espèce particulière de connaissance intellectuelle (v. g. à la connsCissance intellectuelle pure), n'étant pas non plus restreinte à certains objets, elle ne peut faire, à moins qu'elle n'emprunte des connaissances d'autres sciences, que de proposer des titres aux niétho^ des possibles, et des expressions techniques dont nous nous servons par rapport à ce qu'il y a de systématique dans les différentes sciences, expressions qui apprennent d'avance à l'élève dés noms dont il ne ddt que plus tard connaître la signification et l'usage.
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