‹ La critique de la raison pure. Tome premier (volume 2)Chapitre 25 sur 37 · CHAPITRE PRKMIEB · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRKMIEB

i Discipline de la raison pure.

Les hommes, avides de çonnattre, ont fort peu d'estiihe pour les jugements négatifs, non-seulement quafat à \à, forme logique, mais encore quant à la matière; on les regarde afaBolnment oomnle des ennemis jaloux de notre insatiable besoin de connaître; il faudrait presque une apologie pour les faire tolérer , sealement à bien plus forte pour leur concilier estime et fo^enr.

On peut exprimer, /o^t^tiwï^nf à la vérité, d'une manière négative^ . toutes les propositions que Ton vent. Mais par rapport au contenu de notre connaissance en général, c'est-à-^ire si unjugeméntrétebd ou la restreint, les jugements négatife ont pour fonction propre d'^mp^cAer simplement rerrcwr. C'est pourquoi aussi des propositions négatives, destinées à prévenir une faussêconnaissance dans des matières où l'erreur n'est jamais j^osslbte/i^nt à la'^érifé très-vraies, mais cependant vaines, c'est-à-dire non conformes à leur but, et- sont sojQ vent, par cette raison^ ridicules. Telle est la proposition.de ce rhéteur : qu'Alexandre n'aurait rien pu conquérir sans armées*

Màis^ là ofk les bornes de notre connaissance possible sont très-étroites, l'inclinatioi^ à juger grande, l'apparence très-trompeuse, et le préjudice occa-

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sionné par Terreur très-pernicieux, là rinstmctioii négativey qui ne sert qu'à nous préserver de Terreuri a plus d'importance qu'une instruction positive imparfaite par laquelle notre connaissance pourrait être agrandie. La cotUrairUe par laquelle le penchant continuel à s'écarter de certaines règles est réprimé et enfin détruit, s'appelle diicipUne. Elle diffère de la cuUure, qui doit simplement procurer de V habileté j sans au contraire en détruire une autre déjà exis* tanle. Pour la formation d'un talent qui est déjà porté par lui-même à se développer, la discipline donnera donc un secours négatif (1), mais la culture et la doctrine donneront un secours positif.

Que le tempérament et des dispositions naturelles qui se permettent volontiers un mouvement libre et illimité (comme l'imagination et le génie), aient be« soin d'une discipline à plusieurs égards, c'est ce que tout le monde accordera facilement. Mais que la raison, dont le propre est de prescrire une discipline à toutes les autres tendances de notre nature, en manque elle-même, c'est ce qui ^paraîtra sans doute

(i) Je sais bien que Ton a coutume d'employer daus la langue de l'école le nom de discipline comme synonyme de celui d'instiuction. Mais il y a au conlraire beaucoup d'autres cas où la première expression se distingue soigneusement de la seconde et signifie correction, tandis que l'autre signifie éducation; et la nature des dioses demande que To/i conserve, en faveur de celte distinction, les expressions les plus convenables. G^est pourquoi je désirerais qu'on ne prit jamais le mot discipline que dans le sens négatif.

étrange. Et en fait, elle B*e&t efiectivement soustraite jusqu'ici à cette espèce d'humiliation, précisément parce qu'en voyant son air imposant et solennel, personne ne pouvait facilement la soupçonner capable de s'occuper d'un jeu frivole d'images au lieu de concepts, et de mots au lieu de choses. ' Il n'est besoin d'aucune critique de la raison dans l'usage empirique, parce que ses principes sont continuellement soumis au contrôle de l'expérience. Il en est de même dans les mathématiques, où ses concepts doivent être exposés continuellement à l'intuition pure m concreto; par-là, tout ce qui est faux et arbitraire est aussitôt rendu visible. Mais dans les cas où ni Fintuition empirique, ni l'intuition pure ne contiennent la raison dans un orbite percevable, savoir dans son usage transcendental par les seuls concepts,, alors elle a grandement besoin d'une discipline qui réprime son penchant à s'étendre au-delà des bornes restreintes de l'expérience possible, et la garantisse de l'extravagance et de l'erreur; et toute la philosophie de la raison pure n'a d'autre but que cette utilité négative. Elle peut remédier aux erreurs particulières par la censure^ et à leurs causes par la critique. Mais dans le cas où^ comme dans la raison pure, se trouve un système total d'illusions et de prestiges bien liés entre eux, et systématisés d'après des principes communs, il semble nécessaire d'établir une législation toute spéciale, mais négative, et qui ,

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BQua le nom de discipline^ constitue en partant tout à la fois de la nature de la raison et da oella des objets de son usage, c^mme un système de/ cireonspectîon et d'exaxnen de spi-ipème, en prése^qe 4u<iuel aur çune fau83e et subtile. apparence ne. puisse subsister^ mais au contraire doive se dévoiler sur-le-champ, nonobstant toutes les raisons qui semblent étro pour elle.

Mais il est .bon de reiparquer que, dans cette seconde partie de la critique transcendenlale, je dirige la discipline de la raison pure, non sur le contenu, mais simplement. sur la jnéthode.de.CQi^aaître par raison pure. La première de ces; tâches a,été, remplie dans la science élémentaire. Mais l'usage de la raison, à quelque objet qu'il puisse s'appliquer, est d'un c6té tellement identique à lui-même, en même temps qu'il diffère si essentielleqieint de tout autre en ^t qu'il doit, être transcendental, que, sans )a doctrine négative préventive qui donne une discipline établie principalement à cet e£(et, ces erreurs sont inévitables; elles résultent nécessairement d'une observation in-r tempestive de méthodes, qui, à la vérité, . peuvent bien convenir ailleurs à la raison, mais, pas ici.

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