ftiVOPÛLOGIK
vraisembiMe h réalité de ces idées, c'est une entreprise aussi «bsiude que si Ion peosait démontrer seulement cofnnne probable une proposition géométrique. La raison séparée de toute expérience ne peut rien connaître qu*à priori et nécessairement, à moins de ne rien connaître du tout; par conséquent sou jugement n'est jamais opinion, mais c'est ou une abstention de tout jugement, ou une certitude apodictique. Des opinions et des jugements "vraisemblables sur ce qui compète aux choses, ne sont possibles qu'à titre de principes d'explication de ce qui est réellement donné, ou comme conséquences, suivant des lois empiriques, de ce qui est fondamental et réel, par conséquent dans la série des objets de l'ecxpérieiice seulement. Opiner hors de ce champ, c'est jouer avec des pensées, à moins que l'on ne croie simpbmçat pouvoir trouver par hasard la vérité sur une voie incertaine du jugement.
Mais quoique dans les questions simplement spè» .culatives de la raison pure, il n'y ait pas lieu de &ire des hypothèses pour fonder des propositions, elles y sont cependant très-admissibles pour se défendre seulement, c'estpà-dire non dans l'usage dogmatique, mais dans l'usage polémique. J'entends, par le mot défense, non l'augmeo talion des arguments en faveur d'une proposition, mais simplemeQt l'anéantissement des vues apparentes d'un :ady^rwilpe, destinées par lui à ruiner notre assertion. Or, toutes les pro-
positions ajothéfiques par' i^ison pur» ont. ceUtd^ propre, qoe, si celai qui affipijre la rédlUédef^rtiiiitW idées, n'ea sait jamais assez pour reodre sa, proptfi^ tion certaine» d'un autre côt^. son adversaire en sût tout aussi peu pour affirmer le contraire. C^tte égftilitédu sQrtde la raison huuïaine ne favorisci à la vér rite , aucun des deux partis dans les connaissanoeb spéculatives; mais elle devientr par- là ttèmetk théâtre naturel decomti^ts sans fin^ liais cependant on verte clairement par U suite que, par rapport à Tunage pratique, la raison a le droit de supposer quelque 'chobe qu'elle ne peut légitimement admettre diiipts. le champ de lasimplespéculation, sans des pfenves^suffisantes parce que^ d'un côté» toutes ces suppositions Huisetit à U perfection de la. spéculation, et que^ de Tautiie, l'intértt pratique n'a point à s^'oceuper de spéeulalion • En morale, la raison est d^nc en possession ^ sans avoir besoin de démontrer la l^itimité du fait : ce que d'ailleurs elle ne pourrait faire* G'eatrdoneà l'ad* versaire à prouver. Mais , comme celuin» sait aussi peu, touchant l'i^bjet en question, pour affirmer qu'il n'est pas, que le premier qui en affirme l'existence, il y ar évidemment id un avantage de la part de celui qui affirme quelque chose comme supposition pratiquement nécessaire {melior est conditiù posindentis). fe dis donc qu'il lui est libre, pressé* qu'il esien qiiel«* que a^rt^.par la néeessité, de se servirpour défendre sa causci des mêmes moyens que l'adversaire em-
476 MÉTHODOL^'&lB
pleie 4Kiiitré elle, c'est-t-dire d'hypothèses. Mais ces hypothèses ne dotyent pas servir à fortifier la preuve de la proposition attaquée ; elles ne sont desti* nées qu'à faire voirqm l'adversaire connaît trop pea ' l'objet de ia difficulté pour que, par rapport i nous, il poisse se flatter de l'avantage d'une vue spéculative.
Les hy potbèies ne sont donc permises dans iecbamp de la raison pure que comme des armes, c'est-à-dire non pour fonder an droit, mais uniquement pour le défendre. Mais iei nous devons toujours chercher Vadyersaire en nous-mêmes, car la raison spéculative est essentiellement dialectique dans son usage transcendental , et les objections qui pourraient être' à craindre sont au dedans de nous-mêmes. Nous devons les exhumer comme des prétentions anciennes, mais imprescriptibles (v&rjahrenden) , afin delônder une paix éternelle sur leur abolition. Un repos extérieur n'est qu'apparent; il faut extirper le germe des hostilités qa i se trouve dans la nature deia raison humaine. M aiscom ment en pourrons-nous vcfnir à bout, si nous ne lu i donnons pas la liberté de se développer, de se nourrir pour qu'il se montre, afiii de le détruire ensuite radicalement? Imaginez donc vous-mêmes des objections qui ne sont encore venues à la pensée de personne, donnez des armes à votre adversaire , ou me ttez-le sur le terrain le plus favorable. Rien à cra indre , mais tout à espérer eii cela ; vous prendrez
TRÂNSGEND^NTAU. 477
ainsi une poeseafiion qui ne pturra pins yona être enlevée par la euite.
Une parfaite armurQ a donc i^ussi. J^eeoin des hypothèses de la raison pure^ hypothèses qui, bien qu'elles ne soient que des armes de plomb (parée qu'elles ne sont acérées par auoune loi dei'expériende), seront cependant toujours aussi. bonnes que celles dont un adversaire peut se servir contre vous. Si daoo vous êtes pressés par une objection (sous ntx autre rapport non spéculatif) jcoBtre la natore de l'âme supposée immatérielle, et. à l'abri. de tout changement qorpore), sous préiQXJte que l'eupérience semble prouver soit Taccjioissemeat, ^it ie décroissement des facultés de l'âme, tout comme .si elles n'étaieat que difiB&rèntos modifications de nos organes; xous pouvez infirmer la force de cet argument en supposant que notre corps n'es^ .que le phénomène fondamental auquel, comme cooditioa, se rapporte,jlaps rétat actuel (la vie), toute la capacité djB sentir^ et «avec elle toute la peftsée; en supposant quc'la séparation du corps -est la fin de cet usage sensible de notre, faculté de connaître, et le commencement de spn» usage intellectuel. Lç corps ne serait donc pas la^' cause de>ia pensée, il m HBrait simplement la condition restrictive^eipar conséquent devrait être considéré comme auxiiiairede lan^iesensible^t Anin^ale^ et à plus forte jrajtMn Mi(Bore,coMBe un obstacle à la viç jp^fe ed spirituelis.' fin sorte que la dépendance oijf^Tesilar vie sensîblede la ^nstitttCion
4*78 MÉTBOPOLOGIB
oorponrtie, ne provTenait rieBfpmr la -dépendance où serait tonte la vie de l'état de nos organes. Vous pou- Tes tnénie aller pins loin et élever des doutes non* ▼eauXy ou qui n'ont point encore surgi, ou qui n'ont pasété.pouse^B asseis loin.
La cojitingenee des générations qui, dans lei bommes comme dans les brutes, dépendent deroceasion, et trouvent en. outre des aliments , de h conduite , des caprices et des fantaîaies, trop souvent même du vÎM, forfi^ une grande difficulté contre Vo^ônion de l'étenité, à i^enir d'une créature, dont la vie commence d'abord dans des circonstances si peu importantes , et si entièrenient abandonnéep a nntrO'diflpasilion, Pour ce qui .est <}ela perpétuité de toute Teapèee (sar la terre), la difficulté a peu de poids, parœqupraccidenb individuel n*esl soumis à aucune loi d|ins Tespàee. Mais par rapport à tout.individu, e^est une chose sans doute tt^-remarqualkle que d-on^n^ peut attendre un si gran^ effet d'une si petite causai Veus pou^vez de pi us former cette bypothèse transcendentale, que toute la vie n'est propre* ment qu'intailigibte^ exempte des révolutions du temp0^ qu'elle n'a poim commencé par la naissance et qu'elle ne doit point finir par la mort ; que cette vie n'est quf un simf^ phénomène, c'est-à-dire une repléamtation selitible de la vie 8pmtuélle4>Bre, et quqloJHeDdé'SBBsibie tout-enlier h'est qu'une pure images qui ae présente à notre nfanîère de connaître
TâAKSCBiattNTALB. 479
aetutlki, et^qirî, comine un songe, n'a adeune réalité objective en soi ; que ai nous devioM nous apçreevoir non$*niê0)es comme noas sommes, et les choses oomm^ elle» sont^ nous nous yerrions dans un monde de natures spirituelles, avec lequel notre utiique et vrai commerce, n'a pas commencé à la itaissance^etne doit point finir à la mort, qui n*est qu'un phénomène, etc. Quoique nous ne sachions pas la moindre chose de tout ce que nous avons ici prétexté hypothétiquemenf contre Tattaque, et que nous ne Taffirmions. pa^ sérieusement ; quoique tout cela ne soit pas même des idées de raison, mais simplement des conceptions imaginées pour la résistance; cependant nous nous conduisons ici d'une manière raisonnable, parce que nous faisons seulèihéfnt voir à notre adversaire, qui pense avoir épuisé toute possibilité en présentant mal à propos le défaut de conditions empiriques de cette possibilité pour une preuve de l'impossibilité uni«verselle de tout ce que nous croyoqs, qu'il, ne peut pas pins embrasser par les simples lois de l'expérience tout le champ des -choses possibles en soi, que noua ne pouvons acquérir fbndamentalement par la raison la connaissance de quoi qvfè c6 soit au delà des bornes de Texpérience. Celui qui emploie ces moyens hypothétiques contre les prétentions audacieus^ement négalives d'un adversaire, ne doit pas être pour cela considéré comme Voulant en faire ses propres et vraies opinions; il tes abandonné aussitôt qu'il a re-
480 MÉTBODOLOGIE
poassé la suffisaDoe dogmatique *de son antagoniste; car s'il y a modération et modestie à ne point admettre les assertions hasardées des autres, il n'y a cependant pas moins de prétention orgueilleuse à ▼ouloir faire passer ses propres négations et objections comme des preuves du contraire, que si Ton avait pris le parti affirmât if et le rôle de l'assertion.
On voit donc par là que, dans Tusago spéculatif de la raison, des hypothèses n'ont par elles-mêmes aucune valeur comme opinions, mais seulement par rapport à des prétentions transcendantes opposées. Car l'extension des principes de Texpérience possible à la possibilité des choses en général, est aussi transcendante que l'affirmation de la réalité objective de concepts qui ne peuvent trouver leur objet qu'en dehors des bornes de toute expérience possible. Ce que la raison pure juge assertoriquement doit (comme tout ce qu'elle- connaît) être nécessaire, à moins de n'être absolument rien. Elle ne renferme donc réellement aucune opinion. Mais ces hypothèses ne sont que des jugements problématiques qui ne peuvent pas du moins être contredits, quoique sans doute ils ne puissent être démontrés par rien. Ce ne sont par conséquent pas des opinions privées, bien qu'elles ne puissent pas être facilement exemptes de doute (même par rapport à la tranquillité interne). Mais on doit les maintenir telles, et faire grandement attention
TaANSGENDBNTAU* 48 i
qu'elles ne croient pas à elles^raèmesi qu'elles ut préteodent pas à une valeur absolue, et qu'elles n'étouffent pas la raison sous des fictions et des illusions*
SECTION IV
Discipline de la raison pure par rapport à ses preu^eç.
Les preuves de propositions transcendentales et synthétiques ont cela de propre, entre toutes les preuves d'une connaissance synthétique à priori, que la raison par le moyen de ses concepts n'y doit pas s'appliquer immédiatement à l'objet; la valeur objective des concepts et la possibilité de leur synthèse doivent d'abord être prouvées a priori. Il nes'agit pas là simplement d'une règle de prudence nécessaire, mais encore de la nature et de la possibilité des preuves mêmes. Si je dois dépasser à priori le concept d'un objet, je ne pourrai le faire sans un fil conducteur particulier et étranger à ce concept. Dans les mathématiques, ce fil est l'intuition à priori qui dirige ma synthèse; toutes les conséquences peuvent y être déduites immédiatement de l'intuition pure. Dans la connaissance transcendentale, qui n'a d'objet que les concepts de l'entendement, cette règle consiste dans l'expérience possible. La preuve ne fait donc pas voir que le concept donné (par exemple le concept de ce qui arrive) conduise directement à ua autre concept n. 31
(celui d'une cause); car ce passage serait un saot cp'on ne pourrait j ustifi^ : mais elle montre que Texpérience elle-même,^ par conséquent Tobjet de Texpérience, serait impossible sans cette liaison. La preuve devait donc faire voir en même temps la possibilité d'arriver synthétiquement et à priori à une certaine connaissance des choses.qui n'était pas comprise dans leur concept. Sans cette attention, les arguments se précipitent comme des eaux qui débordent avec impétuosité et se répandent à travers la campagne» partout où la pente d'une association cacbée les dirige fortuitement. L'apparence de la persuasion, apparence qui repose sur des causes subjectives de ^association, et qui passe pour la connaissance d'une affinité naturelle, ne peut absolument pas contre-balancer l'ambiguïté qui doit naturellement se rencontrer dans une marche aussi hasardée. Toutes les tentatives pour prouver la proposition du principe suffisant ont donc été vaines, de Ta^îs unanimedesdocteurs; et avant que la critique transcendentale n^eût paru, on s'en rapportait obstinément, puisqu'on ne pouvait pas abandonner ce principe, au sens commun de l'humanité (appel qui montre toujours que la cause de la raison est désespérée), plutôt que de consentir à chercher de nouveaux arguments dogmatiques.
Mais si la proposition qui doit être prouvée est une assertion de la raison pure, et si je veux m'élever
TRANSCBNDBNTiyLB. 483
par le moyea de simples idées au-dessus de mes concepts empiriques^ cette proposition doit, à plus forte raiton, contenir en elle la justification d'une pareille progression synthétique (si cette progression était d'ailleurs possuble) , comme une condition nécessaire de sa force démonstrative. Ainsi , quelque spécieuse que soit la prétendue preuve de la simplicité de la nature de notre substance pensante, tirée de l'unité de la perception, j'y rencontre cependant une difficulté incontestable; c'est que la simplicité absolue n'étant pas un concept susceptible d'être immédiatement rapporté à uneperception, mais un con« cept qui doit être simplement conclu comme idée, on ne voit pas comment la simple conscience, contenue dans tout acte de la pensée j ou du moins qui peut y être contenue , devrait , toute représentation simple qu'elle est, me conduire à la conscience et à la connaissance d'uoe diose dans laquelle seule la pensée peut être contenue. Car si je me représente en mouvement ia force de mon corps, il sera pour moi une unité absolue, et la représentation que je m'en fais sera simple. Je puis donc exprimer cette force représentarlive par 1^ mouvement d'un point, attendu que le voluiM Ae fait rien ici, et que je puis me le représenter, saùft aucune diminMtion de la force , quelque petit qu'il soit supposi^, dûHl ^ trouver réduit à on.p^nt. h ne coiicltirai cependant pas de là qoa, ai riea^ne m'iétait donné que la force motrice
4' 484 MâTHODOLOGIB
d'un corps, je pusse concevoir le corps comme substance simple , par la raison que sa représentation est abstraite de toute quantité du contenu dans l'espace, et par conséquent est simple. Par là même donc que lé simple dans l'abstraction est tout à fait différent du simple dans l'objet, et que le moi, qui dans le premier sens ne comprend aucune àiyersité, peut, dans le second sens , lorsqu*il signifie l'âme même, être un concept très-complexe ^ ou contenir sous lui et désigner beaucoup de choses , ^ar là même , Je découvre un paralogisme. iMais, pour le pressentir (car sans une telle conjecture préalable jamais cet argument n'aurait été suspecté) , il est absolument nécessaire d'être constamment armé d'un critérium
permanent de la possibilité dé ces propositions syn-
thétiques, qui doivent toujours plus prouver que l'expérience ne peut donner. Or, ce criteriom consiste en ce que la preuve ne soit pas directement conduite à l'attribut désiré , mais par le moyen d'un principe de la possibilité d'étendre un concept dpri(>n jusqu'à des idées, et de les réaliser ensuite. Si Ton usait toujours de cette précaution; si, avant de chercher une preuve , on examinait d'abord saigement en soi-même comment et avec quel motif d'espoir on peut se promettre une telle extension par la raison pure, et d'où l'on veut tirer en pareil' tas ces vues qui ne peuvent être dérivées de concepts, ni être anticipées par le rapport à reipérience possible, on 8*é-
TRAN5CENDENTALB. 485
pargnerait beaucoup d^efforta pénibles et toujours infructueux, car Ton n'accorderait pas à la raison ee qui surpasse manifestement sa force ; ou plutôt on mettrait un frein à ses élans vers l'extension spéculativoy qu'il est si difficile de modérer*
La première règle est donc de n'essayer aucune preuve transcendentale sans avoir auparavant réfté« chi, et sans s'être rendu compte préalablement de la source Où l'on puisera ks principes sur lesquels on pense éteUiv ces arguments, ain^ que du droit qu'on a d'attendre de ces principes* de justes conséquences. Si ce sont des principes de l'eniendement (par exemple de la causalité), eâ'vain Ton s'efforcera d'arriver par leur moyen aux idées de la raison pure^ car ils ne valent qiXQ pour des objets de l'expérience possible. Si ce sont des^principes de la raison pure, alors toute peine est également perdue. Ils sont à la vérité dans la raison; mais, comme principes objectifs, ils sont tous dialectique^ et ne peuvent en tout Cas valoir que comme des principes régulateurs de l'usage emr pirite coordonné systématiquement. Mais si ces pré* tendus arguments se présentent^ opposez à la faOsse persutsion le non liquet d' un j ugement par la réflexion; et, quoique vous ne puissi^ pas encore pénétrer leur prestigCi vous avez néanmoins le plein droit 8e demander la déduction des principes emu^loyés dans ce cas, déduction qui, si ces principes doivent être tirés. d€ la simple raison, ne peuti, jamais vous être
486 MÉTHODOLOCSB
Élite. Et ainsi vous n'a?ez pas même besoin d'entreprendre le dénoûodeot ei la réfutation de chacune de ces apparences sans fondemept, mais tous pouves Mfayoyer tonte cette dialeetique, inépuisable eo artifices, devant le tribunal de la raison critique, qai demande des lois.
Le second caractère des preuves tranacendentales est que, pour chaque proposition transcendentale, on ne peut trouver qu'un seul argument. Si je ne dois pas conclure des concepts, mais de V intuition qui correspond à un concept, que ce soit une intui^ tion pure^ comme dsns les mathématiques ou une intuition empirique, oomme dans la physique, l'intuition posée en principe me donne alors une matière diverse de propositions synthétiques, matière que je puis unir de plus d'une manière; et, pouvant partir aussi de plusieurs points, je puis arriver par diffé* rentes voies à la même proposition.
Mais toute proposition transcendentale part simplement d'un concept unique, et poëe la conditien synthétique de la possibilité de l'objet d'après ee concept. Il ne peut donc y avoir qu'un seul argument, parce que, à l'exception de ce concept^ il n'y a plus rien par quoi Tobjet puisse être déterminé. La preuve ne peut donc contenir que la détermination d'un objet en général suivant ce concept, qui est aussi seul et unique. Par exemple, dand l'Analytique transcendentale, nous avons tiré la proposition :
TRANSCSNDBNTALB* 497
Tout ee qui arrive a uodeause, de la flisule coodition de la (koesibiUté objective d'un coocept de ce qui arrive eu géaéral; $i bieu que la déterminatioa d'un évéoement dans le temps, par conséquent cet événemeot Lui-même comme appartenante rexpérienee, serait impoesible^ s'il n'était soumis à eetle règle dynamique. Tel est donc aussi le seul argument possible; car, par cela seul qu'un objet est destiné au concept par le moyen de la loi de la causalité, l'événement représenté yaut objectivement, c'est-àdire est vrai. Â la vérité, on a encore cherché d'autres preuves de celte proposition, en essayant de les tirer, par exemple, de la isontingence; mais en considérant cette proposition de plus près , on ne peut trouver aucun autre signe de la contingence que le fait à'arriver, c'est-à-dire l'existence précédée du nonrél;^e de l'objet, et l'on revient par conséquent toujours au même argument. S'il s'agit de prouver la proposition ; Tout ce qui pense est simple, on ne s'arrête pas à la diversité de la pensée, maison tient fermement au concept du moi, concept simple et au*quel serapporte toute pensée. Il en est de m^e de la preuve transcendentale de l'edstence de Dieu, qui repose simplement sur la réciprocité des concepts d'un être très-réel et nécessaire, et qui ne peut être t60t^ autrement.
Cette obeervaûon préventive réduit singulièrement Ict critique des assertions de la raison. Dès que la rai-
son traite de simples concepts, il n'y a qu'une seule preuve de possible , si toutefois il y en a une. Par conséquent, si Ton voit le dogmatique se présenter avec dix preoves, on peut être sûr alors qu'il n'en a aucune. Car s'il en avait une, qui (comme cela doit être en matière de raison pure) prouvât apodicti* quement, qu'aurait-il besoin des autres? Son but n'est donc pas différent de celui de cet avocat au parlement, qui avait des arguments divers pour tous les juges, et qui faisait tourner à son profit la faiblesse de chacun d'eux. €ar, sans se donner la peine d'approfondir une affaire, et pour se débarrasser bien vite de la besogne, ils saisissaient la première raison qui leur semblait la meilleure, et décidaient en conséquence.
La troisième règle propre à la raison pure, quand par rapport aux preuves transcendentales eile est soumise à une discipline, c'est que ses preuves ne doivent jamais être apagogiques, m arà toujours ostensives. La preuve directe ou ostensive est, dans toute espèce de connaissance, celle qui unit en même temps la persuasion de la vérité et la connaissaocede ses sources. La preuve apagogique, au contraire, peut à la vérité produire la certitude, mais pas l'inieUigence de la vérité , par rapport à renchaînement des raisons de sa possibilité. Par conséquent les preuves apagogiques sont plutôt des procédés utiles en cetiains cas, qu'une méthode qui satisbsse à tputee les
TfiANSGBNDEirrALK. ^$9^
voes de Ja raison. Elles ont cependant l'avantage de l'évideDce sur les preuves directes, en ce que la contradiction emporte toujours avec elle plus de clarté dans la représentation que la meilleure synthèse, et approche de plus près de l'intuitif d'une démonstration. «
Ce qui fait sans doute que l'on emploie les preuves apagogiques dans les différentes sciences, c'est que, quand les principes d'où une certaine connaissance doit être dérivée sont trop variés et trop profonds, alors on cherche si l'on peut l'atteindre par ses conséquences. Mais le modu$! ponens (1), qui consiste à conclure la vérité d'une connaissance de la vérité de ses conséquences, n'est permis qu'autant que toutes ses conséquences possihtes sont vraies; car alors elles ne peuvent avoir qu'un seul principe possible, qui par conséquent est aussi le vrai. Mais cette méthode est impraticable, parce qu'elle surpasse notre force, puisque nous ne pouvons apercevoir toutes les conséquences possibles d'une proposition donnée. On emploie néanmoins cette manière de raisonner, quoique sans doute avec une certaine in* dulgenee, lorsqu'il s'agit de prouver quelque chose simplement comme hypothèse, permettant ce raisonnement, par analogie, -que, si toutes les conséquences que l'on a cherchées s'accordent parfaite-^
(1)V. Logique de Kait, (rad. fr., p. 70-78, 215-215. T. «
j|90 MÉTHODOIjMIB
ment avec an principe reconnu, tontee leB autres doivent aupsi se trouver d'accord avec lui. Une liypothèsene peut donc jamais être par là ooiMrertîe en vérité démontrée. Le modus toUens des raisonnements qui concluent des conséquences aux principes, prouve non-seulement très-strictement, mais aussi très*&H cilement. Car si même une seule conséquence fausse peut être tirée d'une proposition , eetie proposition elle-même est fausse. Au lieu donc de parcourir toute la série des principes dans une preuve ostensive, série qui peut conduire à la vérité d'une connaissance par le moyen de la vue complète de sa possibilité, il suffit seulement de trouver une seule conséquence fausse parmi toutes celles qui découlent du principe contraire ; alors ce contraire est également faux; par conséquent la connaissance à démontror est vraie.
Mais l'argumentation apagogique ne peut être permise que dans les sciences où il est impossible de substituer le subjectif de notre représentation à l'objectif, c'est-àrdire à la connaissance de ce qui est dAOs l'objet» Mais si l'élément objectif prédomine, il doit arriver fréquemment que le contraire d'une certaine proposition , ou répugue »ux lois purement subjectives de la pensée, mais non à l'objet , on qœ deux propositions faussement regardées comme objectives ne soient réputées contradictoires entre elles que sous la condition subjective ; et alors, comme
TRMSGBNDKNTALl. 491
la condition est fausse, ^putes deux doivent être fausses, sans que de la £avsseté de TiiBe on jouisse coneiare la vérité de Tautre*
Dans les mathématiques,' cette subreption est impossible. Les mathématiques, sont donc le domaine propre de ces sortes de preuves. En physique, où tout se fonde sur l'intuition empirique, cette subreption peut le plus souvent être préven ue par un grand nombre d'observations comparées; cependant cette espèee de preuve y est en général de nutte valeur. Mais les recherches transcendentales de la raison pure partent toutes du foyer [Mediurn] propre de l'apparence dia* lactique, Vest*à-dire du subjectif, qui se présente ou s'impose à ia raison dans ses prémisses comme 6b^ jeotif. Bans les propositions synthétiques de cette nature, il ne peut donc être permis de justifier ses afesertioBs par la seule réfutation du contraire. Car, on cette réfutation n'est autre chose que la simple re*piésentation du rejet de l'opinion contraire ainsi que des conditions sùlgectives de la compréheosibilité par notre raison , ce qui n'est assurément pas un motif pour nier la chose même (c'est ainsi par exemple que la nécessité absolue dans l'existence d'un être ne peut tout simplement pas être comprise par nous^ «t que par conséquent cette impossibilité s'oppose avec droit à tonte preuve subjective d'un être suprême nécessaire, sans s'opposer avec raison à la possibilité d'un Ui être primitif en hà^néme) ; -*-> ou les deux
492 KÉTHODOLOggU
parties, tant celle qui a£g[;;ine qiie celle qui nie, trouH pées par Tappareace transcendentale, mettent es principe un concept impossible d*un objet : et alors il y a lien à la règle non entis nulla sunt prœdicata, c'est-à-dire que ceux ^u'on affirme et ceux qa'on nie d'un objet sont^également faux, et Ton ne peutapagogiquement parvenir à la connaissance de la yérité par la réfutation, de Pôpposé. Soit, par exemple, la supposition que le monde sensible en {^--méme est donné quant à sa^ totalité; alors il est faux, ou qu'il soit infini quant ^ Tespace, on qu'il doive être fini et bornée parce que les deux cas sont hAx. Car des phénomènes (comme simples représentations), qui cependant seraient donnés en eaaHfnêmes (comme objets), sont quelque chose d'impossible, et Tinfinité de ce tout' imaginé serait à la vérité inconditionnée, mais contredirait (parce que tout dans les phénomènes est conditionné) la détermination quantitative absolue, qui est cependant supposée dans le concept. La preuve apagogique est au^ei Tillusion propre qui a toujours attiré les admirateurs de la solidité de nos raisonneurs dogmatiques : elle est en quelque sorte le champion qui veut démontrer l'honneur et le droit incontestable du parti dont il s'est cbargé, par cela seul qu'il s'engage à se battre avec quiconqueen Tondrait douter, quoique cette fanfaronnade ne décide absolument rien de ce qu'il afiirme; elle ne sert qu'à foire voir |a force respective des adversaires, et
TRANSCENDÉN1»ÀLE. 493
encore seulement du côté dé^Vagresseuf. Les 'd()ectateurs, en voyant que chacun dans son rang a tantôt le dessus, tantôt le dessous, prennent trop souvent de là l'occasion de douter sceptiquèment de Tobjet même qui est l'occasion du côiûbat. Mais c'cist à t^rt; et il suffit de leur rappeler le non defensaribus istis tempus eget. Chacun doit directement établir sa cause parte moyen d'une preuve légitimedieiit obtenue par déduction transcendentale dès arguments, c'est-à-dire directement, afin que Ton voie ce que chacun peut alléguel" en faveur de ses prétentions rationnelles. Car si ud adversaire s'appuie sur des principes subjectifs, il est assuréttent facile de le réfuter, mais sans avantage pour le. dogmatique, qui d'ordinaire s'attache aussi àdes causes subjectives du jugement, et qui peut être également pausséà bout par son adversaire. jVlais si les deux partiesagissènt d*une manière toute directe, ou dles sentiront d'elles-mêmes la difficulté, r.iilipossibilitémème de trouver le titre âe leurs assertions, et pourront enfin ne s'en rapporter qu'à la prescription; ou bien la critique découvrira facile* ment l'apparence dc^matiqûe, et forcera la raison pure à abdiquer ses prétentions exagérées dans l'usage spéculatif, et à rentrer dans les borner de son territoire^propre, savoir les principes pratiques.
404 HÉamoboLOGiB
GHAPFTRB II.
Canoa de la raison pure.
Il est humiliant pQur la raison humaine qu'elle ne prôdaisl^ rien dans son usage pur, et qu'elle ait de plus besoin d'une discipline afin de réprimer ses extravagances et (9*évîter les prestiges qui en résultent pour elle. Mais, d'un autre côté, cela Télève et lui donne une telle confiance, .qu'elle peut et doit exercer cette discipline sans permettre une autre censure sur elle-même. Les bornes qu'elle est forcée de mettre à son usage spéculatif limitent également les prétentions ai^tieuses de tout adversaire, et par conséquent tout ce qui lui reste encore de ses exigences excessives d^autrefois peut être ainsi garanti contre toute attaque. La plus grande et peut-être l'unique utilité de la philosophie de la raison pure peut donc bien être négative, puisqu^ielle sert, non d'organe à Textension, mais de discipline pour la détermination des bornes de la connaissance, et qu'au lieu de découvrir la vérilé,* elle a le mérite modeste de préserver de l'erreur.
Il faut bien* cependant qu'il y ait une sonree de ces connaissances positives qui font partie An domaine de la raison pure, et qui peut-être ne sont une occasion d'erreur que par malentendu sealement, quand en réalité elles assignent un terme à
TRANSCSBNDBNTALB. 495
Tardeiir de la raison. Car autrement^ à quelle <}atise faudrait^il rapporter ce désir, qu'il ne faut pas étouffer, de poser quelque part ùo pied: ferme hors des bornes de l'expérience? Elle pressent des choses qui ont pour elle un grand intérêt. Elle entre dans le chemin de la pure spéculation pour approcher plus près de ces objets; mais ils fuient devant elle. Sans doute qu'elle aura lieu d'espérer plus de succès sur la seule route qu'il lui reste à tenir, celle de l'usage pratique.
l'entends par Canon, Tensemble des principes à priori de l'usage légitime de certaines facultés de connaître en général. Ainsi la logique générale, dans sa partie analytique, est un canon pour l'intelligence et la raison en général, mais seulement quant à la forme, car elle fait abstraction de tout contenu. Ainsi l'Analytique transcendentale est le canon de Ventendement pur. Car il n'est capable que de véritables connaissances synthétiques à priori. Mais il n'y a pas de canon là où nul usage légitime d'une faculté de connaître n'est possible. Or toute connaissance synthétique de la raison pure dans son usage spéculatif est tout à fait impossible, par toutes les raisons rapportée^ jusqu'ici. Il n'y a donc aucun canon de son usage spéculatif (car cet usage est tout à fait dialectique); mais toute logique transcendentale n'est à cet égard que discipline. Si donc il y a un usage parfaitement légitime de la raison pure, cas
496 IBftTBODOLOeB
auquel il doit y avoir aussi son canon, ce canon ne concerne pas Vusage spécukuif de la raison^ mais aen usage fratiqve , qu'il s'agit maintenant de recher^ cher.
SSGTIOK 1^.
De la fin suprême de Tusage pur de notre raison.
La raison est portée par un penchant de sa nature à sortir de l'usage empirique et à s'élever dans un usage pur, à l'aide de simples idées^ jusqu'aux confins les plus reculés de toute connaissance. Elle ne peut trouver de repos qu'après avoir parcouru tonte sa sphère dans un tout systématique subsistant par lui-même. Cette tendance est-elle donc purement fondée sur son intérêt spéculatif, ou plutôt uniquement sur son intérêt pratique?
Je ne m'occuperai pas ici du succès que peut avoir la raison pure sous le rapport spéculatif, mais seulement des questions dont la sol u lion constitue sa dernière fin, qu'elle puisse ou non l'atteindre, et par rapport à laquelle toutes les autres ne valent que comme moyens. Ces fins dernières, quant à la nature de la raison, doivent avoir à leur tour une unité y pour présenter en un tout à Thumanité un intérêt qui ne soit subordonné à aucun autre plus élevé.
TRAlfSCBNDEIlTALE. 4|9
La fin dernière à laquelle se rapporte maintenant la spéculation de la raisoa dans Tusage trainscenden'^ tal a trois objets: le libre arbitre, Vi^nmortalité de Fâme et Texistence de Dieu. L'intérêt purement spéculatif de la raison est très*faible par rapport à tous les trois, et il serait bien difficile qu'un intérêt ai faible fit aiîronter les fatigues d!une investigation transcendentale et lutter contre des obstacles sans cesse renaissants. On ne peut faire en effet aucun usage de toutes les découvertes qui pourraient être faites dans ce champ, de manière à pouvoir en établir l'utilité tn concreto^ ou en physique. La volonté peut aussi être libre; mais cependant rien qu'en ce qui concerne la cause intelligible de notre volonté. Car pour ce qui est des phénomènes, des expressions de cette volonté, c'est-à-dire des actions, nous ne pouvons pas les expliquer autrement que le reste des phénomènes de la nature, c'est-à-dire d'après leurs lois immuables, suivant une maxime fon* damentale ipviolable, sans laquelle nous ne pouvons faire aucun usage de nôtre raison dans l'ordre empirique. Accgrà^ns en second lieu que la nature spiii^ tuelle de l'âme (et avec elle son immortalité) puisse être aperçue, on n'en peut cependant rien conclure ni par rapport aux phénomènes de cette vie, ni par rapport à . la nature particulière d'un état futur, parce que notre concept d'un être incorporel est simplement négatif: il n'augmente donc en rien du tout n. 32
498 mAthodolooib
dotre eoDDaiBBanoe, et ne fournit aucune matière propre à des oonaéqueDceB : ces conaéquenoee ne pom^ raient donc valoir que comme des fictions, sans pouvoir être avouées par la philosophie. Si, en troîsiôme lieu, Texistence d'un être suprême élait démontrée, nous pourrions comprendre par là même la convenance dans la constitution du monde et Tordre dans l'univers, mais nous ne serions nullement autorisés à en dériver un arrangement et un ordre particulier, ni à l'y conclure sans crainte partout où nous ne robserverions pas, puisque c'est une loi nécessaire de l'usage spéculatif de la raison, de ne pas dépasser les causes physiques et de ne pas négliger ce que nous pouvons apprendre par l'expérienee, pour dériver quelque chose que nous connaissons de ce qui surpasse entièrement notre connaissance. En BB mot, ces trois propositions restent toujours transcendantes pour la raison spéculative, et n'ont aucun usage immanent ott d'aocord avec l'expérience, c'està-dire un usage qui nous soit utile de quelque manière; elles sont, au contraire, considérées en elles* inèrMs, tout à fait, oiseuses, et comme de pénibles efforts dB ntrtre raison.
Si donc ces trois propositions cardinales ne nous sont pas nécessaires pour la science, et si néanmoins elles nous sont instamment recommandées par notre raison, leur importance ne peut proprement appartenir alors qu'à la pratique.
TBANSCÉfDBNTALB. 499
Est pratique tout ce qui est possible par liberté* Si les conditions de l'exercice de notre libre arbitre sont empiriques, la raison ne peut avoir en cela d'au* tre usage qu'un usage régulateur, et servir seulement à produire l'unité des lois empiriques : c'est ainsi, par exemple, que, dans la théorie de la prudence, la réunion de toutes les fins qui nous sont données par no^ inclinations en une seule fin, le bonheur et l'accord des moyens pour y arriver, constituent toute Fœuvre de la raison, laquelle ne peut à oet effet donner que des lois pragmatiquàs de l'action libre pour atteindre, les fins que nous recommandent les sens, par conséquent aucunes lois pures par&itement déterminées à priori. Au contraire, des lois pratiques pures dont la fin est donnée àpriori par la raison, et qui ne commandent pas d'une manière empiriquement conditionnée , mais absolument, sont des produits de la raison pure. Telles sont les lois morales y seules, elles appartiennent donc à l'usage pratique de la raison pure^ et sont seules susceptibles d'un canoD.
Tout l'appareil de la raison dans le traité qu'on peut appeler philosophie pure, n'a donc pour but en réalité ^oe^ies trois problèmes précédents; mStis ils ont à leur tour leur fin plus éloignée, savoir ce qu'il faut faire si la volonté est libre, s'il y a un Dieu et s'il existe uoe vie à yenir. Et comme il s'agit ici de notre conduite par rapport à ki fin suprême, la dernière
fin d*une nature qui 8*oceupe sagement de nous n'appartfent propremeût, dans la constitution de notre raison, qu'à la morale.
Mais il faut beaucoup de précautions lorsque nous étudions un objet qui est étranger i la philosophie transcendentale (1), pour ne pas se jeter dans les épisodes et ne pas violer Tunité systématique, comme aussi, d'un autre côté, pour ne rien ôter à la clarté et à la persuasion en disant trop peu sur cette nouyelle matière. J'espère nà'acquittér de ces deux tâches, en me tenant aussi près que possible de la raison transcendentale, et en évitant complètement ee qu'il pourrait y avoir de psychologique ou d'empirique.
Et d'abord, il faut remarquer que je ne me servirai quant à présent du concept de liberté que dans le sens pratique, et'que le sens transcendental de ce concept, qui ne peut être supposé empiriquement comme TexpUcation des phénomènes, mais qui est lui-même un problème pour la rttison, ne m*occa-
(i) Tous les concepts pratiques .se rapportent à des objets du bien-être ou du maMtre, c'est-è-dire du plaisir ou de la peine, par conséquent, au moins indirectemint, à des objets de nglup. éentiment. Mais comme le sentiment n'est pas une facuUé représentative des choses, et qu'il est en dehors de tonte faculté cogoitive, les élénpieatsdenoâjugements, en tant qu'ils S6 rapportent au plaisir ou à la douleiir, appartiennent donc à la philosophie pratique, et ne font pas partie de Tensemble de la philosophie transcendentale, qui ne s^occupe qtttdes connatsâiaêes pures à priori.
TRANSaaiOBNTALB. SOI
pera pas ici, attendu qu'il en a. été parlé j^j^é^ééem^ ment. Un arbitre est simplement amnuil (arbitri$m bruits) f lorsqu'il ne peut être détermi^ié^que par des ressorts; sensibles, e'est-à*dire pathologiquemeni.MBiM l'arbitre qui peut être déterminé iodépendatmnent de mobiles sensibles, par conséquent par des oaoses motrices quijie peuvent être représentées que parla raison^ s'ajppelle arbitré libre {arbitrium liberufn)j et '. ce qui s'y rattaché comme principe on consé* quence s'appelle pratique. Ia liberté pratique peut être prouvée par l'expérience^i car ee qui attire, c'està-<lire ce qui affecte immédiatement les sens, ne détermine pas seuH'acbitre humain; m^m nous avons de plus le pouvoir de surmonter les impressions fai« tes sur notre faculté appélitive sensible, en nous re* présentant ce qui nous est utile ou nuisiUe, même d'une manière éloignée. Or ces réflexions sur ce qui est désirable par rapport à tout notre état, c'est-à-dire sur ce qui e^t bon et utile, reposent sur la raison. Elle prescrit donc aussi des lois qui sont impératives, c est-à-dire les lois objectives de la libertéy qui proclament ce qui doit être fait, quoique peut-être il ne le soit jamais, et se distinguent ainsi des lois de la nature ou lois physiques, qui traitent seulement de ce qui arrive; ce qui fait qu'elles sont appelées lois pratiques.
Nous pouvons nous dispenser de rechercher si la raison, même dans ces actions au moyen desqueUes
SOS MtnODOLOCHl
elle pfennt des lois, n'est pas à son tour déterminée par d'amtres infinenees éloignées, et si ee qui s'appelle liberté par rapport aux impulsions sensibles ne devrait pas ausai être appelé nature par rapport à des causes efficientes plus élevées et plus éloignées. Cela ne touche effectivement en rien le point de vue pratique, puisque nous n'y demandons immédiatement à la raison que la règle de la conduite: c'est donc là une question purement spéculative que nous pouvons négliger tant que nous considérons ce qu'il nous faut
faire' ou omettre. Nous connaissons donc la liberté
pratique par l'expérience, savoir, comme une des causes physiques, c'est-à-dire comme une 'causalité de la raison dans la détermination de la volonté, taudis que la liberté transceodentale requiert l'indépendance de cette même raison (par rapport à sa causalité, pour commencer une série de phénomènes) i l'égard de toutes causes déterminantes appartenant au monde sensible, et en tant qu'elle semble être contraire aux lois de la nature, par conséquent à toute expérience possible. En ce sens, elle est donc un problème. Mais, pour ce qui concerne la raison dans Tusage pratique, ce problème ne la regarde pas. Il ne s'agit donc que de 'deux questions dans un canon de la raison pure, questions qui se rattachent à l'intérêt pratique de la raison pure, et par rapport auxquelles un canon de son usage doit être possible, savoir : Y a-t-il un Dieu ? Y a-t-il une vie a ve-
THUUfSQBlQVIITiJj;. 803
air Tl^a question delà liberté transcendantale ne se xattaoheiqii'à ksimple science epécolative^ et now pouvons la négliger comme complètement indifG^ rente, lorsqu'il est question de la pratique. Nous en avons d^ailleurs suffisamment parlé dans les antinomies de la raison pure.
SECTION II
.De l^idéai du souverain bien, comm^' principe de détermination de la
fin suprême de la raison pure.
La raison nous ji conduits dans son usage spéculatif à travers le champ de l'expérience, et, n'y ayant pu trouver un contentement parfait, elle nous a dirigés de là vers des idées spéculatives , qui nous onl à la fin ramenés à Texpériencei et qui ont par conséquent rempli leur but d'une manière utile , il est vrai, mais pas tout à fait d'accord avec notre at*tente. Il nous reste encore à savoir si une raison pure se rencontre aussi dans l'usage pratique, si dans cet usage elle conduit aux idées qui atteignent les fins suprêmes de la raison pure, fins que nous avons ioi* diquéea plus. haut, et si .par conc^quent la raison ne pourrait nous, donner, du point de vue de son intérêt pratique^ ce qu'elle noQs refuse au point de vue spéculatif.
504 HÉTHODOLOGIB
Tout intérêt de ma raison (tant le spéculatif que le pratique) est compris dans les trois questions saivantes :
V Que puis-^e savoir?
2*» Que doû'^e faire?
3* Que nCest-U permis d^ espérer?
La première question est purement spéculative.
Nous avons (comme je m'en flatte) épuisé toutes les réponses qu'on peut y faire, et trouvé enfin celle dont la raison peut se contenter; et si elle ne consi« dère pas la pratique, elle a en effet de quoi être satisfaite. Mais nous sommes restés tout aussi éloignés des deux grandes fins auxquelles tendent proprement tous les efforts de la raison pure, que si dans le principe nous avions évité ce travail par paresse. Si ^ donc il s'agit du savoir, par rapport à ces deux questions, il est du moins certain et décidé qu'il ne sera jamais notre partage.
La seconde question est purement pratique. Comme telle, elle peut très-bien appartenir à la raison pure; toutefois elle n'est pas alors transcendentale, mais morale ; elle ne peut par conséquent pas d'ellemême être la matière de notre critique.
Enfin, la troisième question, savoir: en faisant ce que je dois, que puis-je espérer? est tout i la fois
T&AN8GBIIDBNTALB. S05
théorétique et pratique; de telle sorte que la pratique eooduity comme un fil directeur seulement, à la réponse à la question théorétique, et quand celleHsi s'élève, la pratique mène à la solution de la question spéculative. Car toute espérance tend au bonheur, et la loi morale est la même chose que le savoir et la loi. physique par rapport à la connaissance théorétique des choses. L*espérance revient en dernière analyse à la conclusion qu'il y a quelque chose (qui détermine le dernier but possible), parce qvLe quelque chose doit arriver; le savoir revient à conclure qu^il y a quelque chose (qui agit comme cause suprême), parce que quelque chose arrive.
Le bonheur est la satisfaction de toutes nos inclinations (tant eœtensivement, quant à leur variété, qu'itUermvementj suivant le degré, comme aussi protensivement^ quant à la durée.) J'appelle pragmatique (règle de prudence), la loi pratique qui * a son mobile dans le bonheur; mais j'appelle morale (loi des mœurs), celle qui n*a pour principe moteur que le mérite £élre heureux. La première dit ce qu'il faut faire si nous voulons participer au bonheur, la seconde commande ce que nous devons faire pour mériter d'être heureux. La première se fonde sur des principes empiriques; car je ne puis savoir que par le moyen de l'expérience quelles sont les inclinations qui doivent être satisfaites, et quelles sont les causes
SM uÈOÊOùouxa
physiques qui peQveiit opérer cette satîsfactioD. La seconde fait abstraction des indinations ainsi qne des mayens natureb de les saiisfaiip, et considère seule^ ment la liberté d'un être raisonnable en géoéraly et les conditions nécessaires sous lesquelles elle peat être mise en harmonie, suivant des principesi avec la distribution, de la félicité; elle peut par conséquent reposer au moins sur de simples idées de la raison pure, et être connue à priori.
Je mets en fait qu'il n'y a réellement que des lois morales pures qui déterminent parfaitmnent (sans égard à des mobiles empiriques, e'esfr-à-dire à la fi6licité) le faire et Tomettre, c'est*à^dire Tusage de la liberté d'un être raisonnable en général, et que ces lois • ordonnent absolumefU (non d*une manière purement hypothétique, sous la supposition d'autres fins empiriques) , et par conséquent sont nécessaires sous tous les rapports. Je puis préposer avec droit cette proposition, non-seulement en m'appuyant sur les preuves des moralistes les plus célèbres, mais encore sur le jugement moral de tout homme qui veut concevoir clairement une telle loi.
La raison pure contient donc, non pas à la vérité dans son usage spéculatif, mais bien dans un certain usage pratique, savoir, l'usage moral, des principes de la, possibilité de Veœpérience, c'est-à-dire des principes des actions qui pourraient, dans Thistoirede l'humanité, se trouver d'accord avec les préceptes
TBANSlttZIOlIfTALB. 807
movaux; car^ paisqu'ils {ioptont qaecas^ actions doiventse faire^ il £Etut aotei. qu'elles MÎatpdssiMeÀy et par conséquent . une espèce parUèulière ^'onilé systématique, l'unité morale^ àoki être, possible; tandis que TtiDité systématique de la nature ne peut être démoqtrée par des princife^ spéculalifs de la ndson. La cause de cette diflEérenea^ c'est que la raison a causalité par rapport à la liberté en génésatl y mais non par rapporta toute la nature, et que lesprindpes moraux de la raison peuvent produire des actions libreSy mais non des lois physiques. Les principes de la raison pure lont donc une réalité objective dans leur usage pratique, principalement dans l'usage moral.
J'appelle le monde, en tant qu'il serait conforme à toutes les lois morales (ce qu'il peut être quant à la liberté des êtres raisonnables, et ce qu'il doit être qnant aux lois nécessaires de la moralité)^ un monde moral. Ce monde est conçu simplement comme monde intelligible, parce qu'on y fait abstraction de toutes les conditions (fins) de la moralité et même de tous les obstacles qu'elle peut y rencontrer (la faiblesse ou la corruption de la nature humaine). Ce monde [moral] n'est donc qu'une simple idée, mais cependant une idée pratique, qui peut et doit avoir une influence réelle sur le monde sensible, pour rendre autant que possible celui-ci conforme à cette idée. L'idée d'un monde moral a donc une réalité
508 MÉTHOD0lx>GIB
objective» Mn comme^Vil ae rapportait à un objrt d*ime intuifioir inteRigible (qae nous ne pooToos eonoevoir) mais ao monde sensible, comme objet de la raisQQ pure daoÉ son usage pratique, et an corpus mysticuiUK des êtres raisonnables qui Thabitent, en tant que leur libre arbitre a en soi une unité systè* matique universelle >et subordonnée à des lois mo» raies, tant ^vee lui-même qu'avec la liberté de chacun.
La réponse ^ 4a première des deux questions de la raison pure cojqçernant Tintérèt pratique a été celleci : fais ce qui te rendra digne d'être heureuœ. Mainte^ nant la seconde question est ainsi conçue: Comment; si je me comporte de telle sorte que je ne sois pas indigne du bonheur, m'est-il permis d'espérer de pouvoir y participer? Il s'agit de savoir, pour répondre à cette question, si les principes de la raison pure, qui prescrivent la loi à f>rton, y rattachent aussi nécessairement cette espérance.
Je dis donc que, de même qhe les principes moraux sont nécessaires suivant la raison dans son usage pratique, il est de même nécessaire d'admettre suivant la raison, dans son usage théorétique, que tout homme a lieu d'espérer le bonheur dans* la même proportion qu'il s'en est rendu digne par sa conduite, et que par conséquent le système de la moralité est étroitement lié, mais seulement dans l'idée de la raison pure, avec le système du bonheur.
TRANSGBNDBNTAUB. 509
Or, dans un monde intelligible;* c'est-à-dire dans le monde moral, dans le concept duquel nous faisons abstraction de tous les obstacles à la moralité (des inclinations), un tel système de félicite, proportionnellement-lié avec la moralité, peut être conçu, même comme nécessaire, parce que la liberté, en partie excitée, «n partie retenue par les lois morales, serait elle-même la cause de la félicité g^érale^ par conséquent les êtres raisonnables eui^mêmes, sous la
direction de ces principes, seraient auteurs de leur
bien-être constant , ' et en même tetaps de celui des autres. Mai? Ce système d'une vertu qui est à ellemême sa propre récompense n'est qu'une idée dont Texécution repose sut 'la condition que cbacun fasse ce qu'il doit , c^est-à-d'ire que toutes les actions des êtres raisonnables s^ôpèrent comme si elles résultaient d'une Volonté suprême qui* renfermât en elle touB les arbitrés privés. .Mais TobligationdiB la loi morale étant valable pour tout usage particulier de la liberté; quoique d'autres ne se conduisent pas conformément à cette loi, alors ni la nature des choses du monde, ni la causalité des actions mêmes et de leur rapport à la moralité^ ne déterminent la n^anière dont leurs conséquences se rapportent au bonheur, et l'union nécessaire dont ila été question, celle de Tespérsmce'd^être heureux avec la tendance infatigable à se rendre digne du bonheur, ne peut être connue par la raison, si Ton met en principe la nature seule :
519 irtTBODOLOGIB
on iie.pQ.ut au cohtpaire l'espérer qu'en admettant une raison wprêm^, qui ordonne suivant des lois morales, en même temps quon la reconnaît comme
cause de la nature.
ÏSL^^lXtidéaUtt^swverambim, ridéed'ime.pareUle
intelligence ^ans laquelle une volonté morale parfaite est unie à la souveraine béatitude, et gui est la cause de toute félicité dans, le monde, en lant que cette félicité est en rapport étroit avec la moralité (comme mérite d'être heureux). Ce tfestdon^que dans ridéal du bîan suprême originel que la rûson peut trouver le fondement de Tunion pratiquement nécessaire des deux éléments du souverain bien dérivé, savoir, d*un monde intelVigible ou moral. Mais, puisque nous devons . nécessairement nous concevoir nous-mêmes par la raison comme appartenant à un tel monde , bien que les sens ne noos présentent que comme un monde de phénonièDes; nous devrons donc admettre ce premier monde comme un monde futur pour nous , dans lequel nous recueillerons le fruit de nos œuvres dans celui^îi, où nous ne voyons point cette liaison. Par conséquent Dieu et une vie à venir sont, suivant des principes de la rai* son, deux suppositions inséparables de l'obligation que nous impose cette mêo^e raison.
La moralité en elle-même constitue un système \ mais il n'en est pas de même du bonheur, à moins qu'il ne soit distribué proportionnellement à la vertu.
Cette distinction n'est possible que dans un monde intelligible sous un créateur et un régulateur sage. Nous sommes forcés par la raison d'admettre ce créatenri ainsi que la vie dans, nn monde que nous devons considérer comme à venir, à moins de regarder les lois . morales comme de vaines chimères, pafee que leur conséquence nécessaire, que la raison ellemême y rattache, s'évanouirait forcément sans cette supposition» C'est ce qui fait aussi que chacun regarde les lois morales comme des préceptes ,- ce qu'elles ne pourraient 6tre >cependant j si elles n'avaÎMit à priori des conséquences d'accord avec leurs règles, et si elles ne renfermaient par conséquent pas des promesses et des menaces. Mais, d'un autre côté, il n'en pourrait être, ainsi , si ces lois n'étaient pas dans un être nécessaire comme souverain bien , lequel peut seul rendre possible une telle unité proportionnelle.
Leibnitz a appelé le monde, en tant qu'on n'y fait attention qu'aux êtres raisonnables et à leur accord suivant dès lois morales sous le règne du souverain bien, le royaume de la grâce, et Ta distingué du royaume de la nature ^ où ces êtres sont à la vérité soumis aux lois morales , mais n'attendent aucune autre conséquence de leur conduite que celles qui ré* sultent du cours de la nature de notre, monde sensible. C'est donc une idée pratiquement nécessaire, de se considérer dans le royaume de la gràœ, où tout
512 irtlHODOLOGIB
booheur doqb attend , à moins que noue ne restreignions noas-mèmes notre part de félieité, en nous rendant indignes d'être heureux» -
Les lois pratiques , en tant qu elles sont en même temps les causes subjectives des actions, c'est-à-dire des principes subjectife, s'appellent tnaximes. Le jugement critique de la moralité, quant à sa pureté et à ses conséquences , a lieu suivant des idées ^ mais Vobservance de ses lois s'accomplit suivant des fnaootnteê»
Il est nécessaire que toute notre vie soît subordonnée à des maximes morales; mais il est impossible en même temps qu'il en soit ainsi, à moins que la raison ne rattache à la loi morale, qui est une simple idée, une cause efficiente qui détermine , en conséquence de notre conduite par rapport à cette loi, notre fin dernière en ce monde ou en l'autre. Par conséquent sans un Dieu, ou sans un monde qui ne nous est pas connu maintenant, mais que nous espérons, les idées pompeuses de vertu sont à la vérité dignes d'approbation et d'admiration , mais elles ne sont pas des motifs d'intention et d'exécution, paisqu'elles n'atteignent pas tout le but qui est naturel à tout être raisonnable, et qui est déterminé à prim et nécessairement par cette même raison pure.
Il s'en faut beaucoup que le bonheur soit pour notre raison le souverain bien. La raison ne l'approuve pas (quelque fort que l'appétit puisse le désirer) s'il
niANSGBNDBirrALE. 513
nW uni aa mérite d'être heureux , c'est-à-dire à l'obéissance morale. La moralité seule, et avec elle le siçiple mérii^ d'être heureux , n'est point non plus le souverain bien • Pour que le bien soit parfait , il faut que celui qui ne s'est pas comporté de manière à se rendre indigne du bonheur, puisse espérer d'y participer. La raison même , libre ^e toute considé* ration personnelle , lorsque, sans égard à son intérêt propre, elle se met à la place d'un être qui pourrait départir toute félicité, ne peut pas juger autrement; car, dans Tidée pratique, deux choses sont nécessai* rement liées, de telle manière cependant que l'intention morale, comme condition, rende d'abord possible la participation à la félicité, mais pas réciproquement, c'est-à-dire pas de telle sorte que l'espérance de la félicité rende possible l'intention morale. Car dans le dernier cas il n'y aurait pas d'intention morale, et par conséquent pas de mérite d'être heureux d'un bonheur qui, suivant la raison , ne connaît d'autres l)ornes que celles qui dépendent de notre mauvaise conduite morale.
La félicité, dans une juste proportion avec la vertu des êtres raisonnables qui s*en rendent dignes, constitue donc seule le souverain bien du monde dans lequel, suivant tes préceptes de la raison pure mais pratique, nous devons nécessairement nous placer, et qui n'est assurément qu'un monde intelligible. Le monde sensible ne promet pas, en effet , touchant la n. 33
C44 TtÈtuaoOiMa
natoïe d««ho6eB, une tdle nnité syatématique de fins, dont la réaUté ne peut d'aiUeu« être fondée que sur la wppowtion d'un bien suprême primitif. Car nne raison subeietant par elle-même, ayant un canMtère de eause première , crée, entretient, ïéaliso suivant la finalité la plus parfiùte, l'ordre univenel des choses, quoique souvent cet ordre nous reste profondément inconnu dans le monde sensible.
Cette théologie morale a donc cet aianlage particu- Uer sur U spéculative, qu'elle conduit infaiUibVement au concept d'un premier être, uniçue, «werotnement parfait et raisonnable, que la théologie spéculative ne nous indique même pas par ses principes objectifi», loin de pouvoir nous en pernuider. Car nous ne trouvons, ni dans la théologie transcendentale, ni dans la théologie naturelle, quelque loin que la raison puiasealler, aucun motifsuffisantde n'admettrequ'un seul être capable d^être préposé avec droit à toute? les cauws natureUes , ,et dont nous poissions en même temps lesfaire dépendre entièrement. Au contrairei si nous considérons du point de vue de l'unité morale, comœe 4'»n« 1®» nécessaire do monde, la «mise setle capable de donner un effet d'accord avec cette W, et par «ouftéqueut d'atUcher à cet effet une foweooactive pour nous, ce doit être une volonté unique suprême qui renterme toutes ces lois. Car commenl trouveriops^nous dans des volontés différentes une parfaite unité d'intentions et de fins ? Ce^A volonté
THANSCENDENTALE. , 515
doit être toute-puissante, afin que tout étr^ ei ses rap« ports à la moralité dans le monde lui soient soumis; elle doit tout savoir, afin que l'intérieur des senti* meqts et leur valeur morale lui soient connus; elle doit, être présente en tout lieu, afin éd prêter immé-dia^i^ment rassistatice que le meilleur des mondes réclame; éternelle,. afin qu'en aucun temps cette ad* mirable harmonie delà nature et de liberté ne vienne à cesser^ etc. i
Mais cette unité ayetématique des fins dans ce monde des intelligences,^- monde qui , dès qu'on l'en* ' visage comme simple nature, ne peut élire appelé que monde. sMsible., mais qui, à titre de système de la liberté, peut s'appeler monde intelligible, c'est-ànlire monde moral {regmv^ ^radVe), -recette unité, di&-^e, nous conduit inévitablement àiissi à l'unité dernière de toutes les choses qui composent ce grand toiit ^ suivant des loi3 physiques générales, de même que la première nous eouduit i la même unité suivant des lois morales, universelles et nécessaires, et rattache ainsi la raison pratique à la raison spécubtive. Si le inonde doit conspirer avec cet usage de la raison, sans lequel nous nous regarderions nous-mêmes comme indignes de la raison, savoir, avec le monde moral qui repose sur l'idée du souverain bien, il doit être conçu comme sorti d'une idée. Toute recherche physique est donc susceptible d'une direction suivant la forme d'un . système de&fin^, et devient, dans son plus grand déve- .
loppementi Miysique théologiqae. Mais cette Physique, partantderordremoralcommed'uDe uni té fondée sur Tesseiiêede la liberté, et non établie fortuitement en vertu d'ordres extérieurs, ramène la finalité de la nature à des principes qui doivent être indissolublement liés a j[>riarf à la possibilité intime des choses, et par là à une théologie transcendentale qur prend l'idéal de la souveraine perfection ontologique pour un principe de l'unité systématique, idéal qui unit toutes les choses suivant des lois physiques générales et nécessaires, parce que toutes ùùi leur origine dans la nécessité absolue d'un seul être primitif.
Quel usage pourrions-nous faire de notre entendement, même par rapport à Texpérience, si nous ne nous proposions pas "de fins? Mais les fins suprêmes sont celles de la nioraUié , et ces fins, la raison pure seule peut nous les faire connaître. A Taide de ces fins, et sous leur conduite, nous ne pouvons ce* pendant faire aucun usage finalier de la connaissance de la nature, par rapport à la science, dans le casoii la nature n'a pas posé elle-même d'unité finale ; car sans cette unité nous^manquerions naêmede raison, parce que nous n'apprendrions pas de ia nature à cultiver cette raison , par le moyen d'objets qui nous fourniraient la matière de semblables concepts. Mais si cette unité finale est nécessaire, et fondée sur la nature de l'arbitre même, cet arbitre, qui contient la condition de l'application de cette unité m concreto.
TBANSGBNDSirTALB. 517
doit être également nécessaire. En sorte que cet accrôissement transcendental de notre eonnaissaiiM fMîonnelle ne serait pas la eause , mais simplement l*effBt de la finalité pratique que nous enseigne la rattaon pure.
Aussi trouvonc^nous dans l'histoire de^ hi raiwn humaine^ qu'avant que leSa concepts moîrauieussefttété suffisamment épurés-et déterminés, avant que TtHsité systématique des fins eût été considérée d'après ces mêmes conéepts^'et même au point dé vue de principes nécessaires y la connaissance de la nature n'avait pu produire que des concepts ghMsîers et vagues de la Divinité ; la raison^cultivée à iln havt d^grè, dans plusieurs autres Grciebcesy était même iMtée dam une indifférence étonnante par rapport à cette question. La loi morale infiniment pure de notre religion, en nous obligeant à faire un plus grand traf art sur les idées morales, a donné plus de prise à la raison sur cet objet, par l'intérêt qu'elle forçait d'y prendre, et sans que des connaissances physiques étendues, ni des vues transcendentales vraies et certaines ^y aient contribué. De pareilles vues ont manqué dans tous les temps. Ces idées morales produisirenj; donc presque à elles seules un concept de la nature divine , que nous croyons juste maintenant, non parce que la raison spéculative de sa justesse nous le persuade, mais parce qu'il est parfaitement d'accord avec les principes moraux de la raison. C'est ainsi enfin qu'à