‹ La critique de la raison pure. Tome premier (volume 2)Chapitre 6 sur 37 · PREMIÈRE OPPOSITION DES IDÉES TRANSQENDENTALES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OPPOSITION DES IDÉES TRANSQENDENTALES

JHÈSE.

Le monde a un commencement dans le temps, il est limité dans Tespace.

PREUVE

Car si Ton suppose, quant jjyu temps^ que le monde n'a pas de commencement, une éternité est donc écoulée à tout moment donné; et par conséquent une série infinie d*états successifs des choses dans le monde, est aussi écoulée. Or, l'infiniié d'une série consiste précisément en ce qu'elle ne peut jamais être accomplie par une synthèse successive. Par conséquent, une série cosmique passée ne peut être infinie ; donc un commencement du monde est une condition nécessaire de son existence; ce qu'il fallait d'abord démontrer.

Si maintenant nous supposons que le monde n'a pas de limite, alors le monde sera un tout infini donné de choses simultanément existantes. Or nous ne pouvons concevoir la grandeur d'une quantité qui n'est pas donnée en intuition dans de certaines limites (i) d'aucune autre manière que par la synthèse des parties, ni la totalité d'un tel quatttiim^ que par la synthèse complète ou par l'addition répétée de Funité à elle-même (a). Pour concevoir le monde comme un tout qui remplisse l'espace entier, la synthèse successive des par-

(1) Nous pouvons percevoir un quantum indéterminé comme an tout, sMl est renfermé dans des bornes, sans qu'il soit nécessaire d'en coostruire la totalité en la mesurant, c* est-à-dire en construisant la synthèse successive de ses parties : car les bornes déterminent déjà la totalité, puisqu'ell^s font disparaître toute quantité ultérieure.

(9) Le concept de la totalité n'est donc, en ce cas, que la représentation de la synthèse complète de ses parties, parce que ne pouvant tirer le concept de l'intuition du tout (laquelle intuition est impossible ici), nous no pouvons saisir ce concept que par la synthèse des parties jusqu'à Taccomplissement de l'infini, au moins en idée.

PREMIÈaE OPPOSITION DES IDÉES TRANSCENDEMTALES.

ANTITHÈSE

Le monde n'a ni commencement ni limite ; il est au contraire infini quant au temps et à l'espace.

PBEUVS.

Car, supposez que le monde ait un commencement: puisque le commencement est une existence précédée d'un temps dans lequel la chose n*est pas, un temps doit donc avoir précédé^ dans lequel le monde n'était pas, c^est-à-dire un temps vide. Or rien ne peut commencer d'être dans un temps vide, parce qu'aucune partie d'un pareil temps ne renferme en soi, plutôt qu'une autre quelconque^ une condition distinctive de l'existence, de préférence à la condition de la non*existence(touten supposant du reste que cette condition existe par elle-même ou par une autre cause). Plusieurs séries de choses peuvent donc bien commencer dans le monde mais le monde lui-même ne peut avoir aucun commencement; il est donc infini par rapport au temps passé.

Quant au deuxième cas, celui de l'illimitation dans l'espace, supposons d*abord le contraire, à savoir que le monde est limité: il se trouve alors dans un espace vide qui n'a point de bornes. 11 n'y aurait par conséquent pas seulement un rapport des choses dans Cespace, mais aussi des choses à tesp€u:e. Mais comme le monde e^t un tout absolu, hors duquel il n'y a pas d'objet d'intuition, et par conséquent pas de corrélatif du monde, avec lequel le monde soit en rapport, alors le rapport du monde à Tespace vide serait un rapport du monde à aucun objet. Mais un tel rapport, par conséquent la limitation du monde par Tespace vide, n'est rien.

ties d'un monde iafini devrait donc être considérée comme complète, cW-à-dire qu'un temps infini devrait é^re conçu dans rénumération de toutes les choses coexistantes, comme écoulé ; ce qui est itnpossible. Un agrégat infini de choses réelles ne peut donc être considéré comme un tout donné, par conséquent pas non plus comme donné en même temps. Donc un monde, quanta son étendue dans l'espace, n'est pas infiniy mais au contraire renfermé dans ses bornes : ce qui était la deuxième chose à démontrer.

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