CHAPITRE III
SECTIOIf II.
DE l'idéal TRANSCEUDENTAL.
(Prototypon transcendentale).
Tout concept, par rapport à ce qui n'est pas contenu en lui, est indéterminé, et soumis au j)rincipe de la déterminaHlité^ que L'un seulement des deux prédicats contradictoirement opposés peut lui convçnir; principe qui repose sur celui de contradiction , qui est par le fait principe purepient logique, et qui fait abstraction de toute matière de la connaissance pour n'en considérer que la forme logique.
Mais toute chose, quant à sa possibilité, est encore soumise au principe de la détermination universelle, suivant lequel, de tous les prédicats possibles descAoses, en tant qu'ils sont comparés aux prédicats opposés, un seul doit lui convenir. Ce qui ne repose pas simplement sur le principe de contradiction; car il s'agit non-seulement du rapporj. dedeux prédicatscontraires, mais encore de toute chose en rapport k toute la possibilité j comme ensemble de tous les prédicats
des choses en géhéral; et cette possibilité étant supposée comme condition à priori, ce principe présente chaque chose comme si elle dérivait sa possibilité propre de la part qu'elle a dans cette possibilité totale (i). Le principe de la détermination universelle concerne donc la manière et non la simple forme logique. C'est le principe de la synthèse de tous les prédicats, qui doivent rendre complet le concept d'une chose, et non simplement celui de la représentation analytiquQ^-par l'un des deux prédicats opposés, et qui contient une supposition transcendentale, savoir celle de la matière de toute ;)05stfrt7i7^^ matière qui doit renferftier à priori les données de la possibilité particulière Ae chaque chose.
La proposition : Toute chose existante .est universellement déterminée, ne signifie pas seulement que, de chaque couple de prédicats opposés entre eux, un seul lui convient, mais aussique de tous les prédicats possibles, il y en a toujours un qui lui convient. Par cette proposition , sont comparés entre eux logiquement, d'une manière transcendentale non-^ulement
(1) Par ce principe, toute chose est donc rapportée à un corrélation commun, savoir la possibilité totale, qui, si elle (c'est-à-dire la malière de tous les prédicats possibles) était trouvée dans Fidée d'une seule chose, démontrerait une affinité de tout le possible par l'identité du principe de sa détermination universelle. La déterminaMHé de tout concept est soumise à I'oniversalité (ttniversa' litas) du principe de Texclusion d'un milieu entre deux prédicats opposés; mais la détermination d'une chose est soumise à la tota- LTTÉ (wniversitas) ou à l'ensemble de tous les prédicats possibles.
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de8 prédicais^ mais la chose elle-même avec Fensemble d^ toud' les prédicats possibles. Le principe revient donc à dire que, pour connattre parfaitement une chose, il fant connaître tout le possible et la déterminer, soit en affirmant, soit en niant. La détermina*tien universelle est par conséquent un concept que nous ne pouvons jamais présenter m concreto quanta sa totalité, et se fond<^ en conséquence sur une idée qui n'a son siège que dans la raison, laquelle idée présenta Tentendement la règle de son parfait usage.
Or, quoique cette idée de Vensemble de toute pos^ silnlité(en tant que cet ensemble, comme condition de la détermination universelle, sert de fondement à toutes choses par rapport aux prédicatif qui peuvent le composer) soit même encore indéterminée, et que nous ne concevions par là en général qu'on ensemble de tous les prédicats pûfi^bles, nous trouvons cependant, en y regardant de plus près, que cette idée, comme* concept primitif, exclut une nmltiluSè de prédicats, qui, en qualité de dérivés, sont déjà donnés par d'autres et ne peuvÎBUt coexister, et qu'elle s'épure j usqu'à un concept universellement déterminéâj^rton • C'est ainsi que par la simple idée se forme le concept d'un objet individuel qui est déterminé universellement, et qui, par conséquent, doit être appelé un idéal de la raison pure.
Si nous considérons tous les attributs possibles , non d'une mani^ purement lexique, mais transn, 18
cMidentalemeot, c'edl^-ànlire quant à leiiP. matière, qui peut être conçue en eux à priori, nous trouTOns que quelques-uns d'eux r^résentent une existence , d'autres une simple non-existence. La négation logique, qui est simplement désignée par le mot norij ne s'attache jamais proprement à un concept, mais seulement à son rapport à un autre concept dans le jugement ; elle est donc loin de suffire pour désigner un concept par rapport à son contenu. L'expression non mortel ne peut point du tout donner à connaître qu'une simple non-existence est représentée par là dans l'objet; elle ne -porte absolument sur aucune matière. Au contraire, une négation transcendentale indique la nonMxistence en elle-même, à laquelle est opposée l'affirmatitm transcendentale qui est quelque chose dont le concept exprime déjà par lui-même une existence, ei par conséquent est appelée réalité, parce que, par elle seule, et aussi loin qu'elle s'étend, des objets sont quelque chose (des choses), tandis que la négation opposée indique au contraire une simple absence, et que là où cette négation seule est conçue, il y a représentation de l'absence de toute chose.
Or, personne ne peut penser déterminément une négation sans avoir posé pour fondement l'afiGj'mation contraire* L'aveugle-né ne peut se faire la mois* dre représentation des ténèbres , parce qu'il n'en a aucune de la lumière; le sauvage ne peut se faire une
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idée de la pauvreté, parce qu'il n'en a aucune de l'opulence (1); l'ignorant n'a aucun concept de son ignorance, parce qu'il n'en a aucun de la science. Tous les concepts négatifs sont donc ausii dérivés, et les réalités contiennent les données, et pour ainsi dire la matière transcendentale de la possibilité et de la détermination universelle de toutes choses.
Si donc un substratum transcendental sert de fondement à la détermination universelle dans notre raison , s'il contient en quelque sorte l'entière provision de la matière d'où peuvent être pris tous les prédicats des choses, il n'est par conséquent que l'idée d'uD tout de la réalité (omnitudo realitatis). Toutes les véritables négations ne sont alors que des bomesy nom qu'elles ne pourraient pas recevoir si le non borné (le tout) ne leur servait de fondement.
Mais c'est aussi par cette possession entière de la réalité que le concept d'une chose en soi est représenté comme universellement déterminé, et que le concept d'un jètre souvrainement réel (entis realis- 9imï) est le concept d'un être particulier^ parce que, de tous les attributs opposés possibles, un seul, celui
(i) Les obseryations et les calculs des astronomes nous ont appris beaucoup de choses remarquables ; mais le phis important, c'est quMls nous aient découvert Fabtme de Tignoranee, que la raison humaine, sans ces connaissances, n'aurait jamais pu conceYoir si profond» La méditation sur cette ignorance doit produire un grand Changement dans la détermination du but final de Tusage de notre raison.
qui ' s^ppartient absolument à l'existence, se trouve dans sa détermination. C'est par conséquent un idéal trdnscendental qui sert de fondement à la détermination "luniverselle nécessaire de tout ce qui existe, et qui constitue la condition matérielle suprême et parfaite de sa possibilité, condition à laquelle toute pensée des objets en général doit être ramenée, quant au contenu. Mais c'est aussi l'unique idéal propre dont là raison humaine est capable; parce que dans ce cas seulement, un concept général en soi d'une chose est universellement déterminé par lui-même, et est reconnu comme la représentation d'un individu.
La détermination logique d'un concept par la raison repose sur un raisonnement disjonctif dans lequel la majeure contient une distribution logique (la division de la sphère d'un concept universel), et où la mineure réduit cette sphère à une partie, tandis que la conclusion détermine le concept par cette partie même. Le concept universel d'une réalité en général ne peut être divisé à priori, parce que, sans l'expérience, on ne connaît pas d'espèces déterminées de réalités comprises sous ce genre. La majeure transcendentale de la détermination universelle de toutes les choses n'est que la représentation de l'ensemble de toute réalité, non simplement un concept qui comprenne sous lui tous les prédicats, ^uant à leur matière transcendentale; il les contient au contraire efi luiy et la détermination universelle de chaque chose
repose sur la circonscription de ce tout de la réalité, puidqu'elle attribue quelque chose de cette réalité à la chose déterminée, tandis que le reste en est exélu ; ce qui s'accorde avec le ou répété de la majeure disjonctive, et avec la détermination de l'objet p&r un des membres de cette division, dans la mineure. L'usage de la raison, par lequel elle donne l'idéal transcendental pour fondement de sa détermination de toutes les choses possibles, est donc analogue à celui suivant lequel elle procède dans les raisonnements disjonctifs ; ce qui est le principe que j'ai donné précédemment pour base à la division systématique de toutes les idées transcendentales, principe suivant lequel ces idées sont produites d'une manière correspondante et parallèle aux trois sortes de raisonnement. Il est évident de soi que 'la raison, pour' arriver à cette fin, c'est-à-dire pour se représenter facilernent la détermination universellement nécessaire des choses, ne suppose pas l'existence d'un être qui soit conforme à Tidéal, mais seulement son idée, afin de dériver d'une totalité inconditionnée de la détermination uniyerselle la totalité conditionnée, c'est-à-^ire ceïïe du circonscrit. L'idéal est doue pour eHe le prototype (prototypon) de toutes les choses, qui toutes ensemble comme des copies défectueuses [ectypa)^ en tirent la matière de leur possibilité, et qui lorsqu'elles en approchent plus ou moins, en restent cependant toujours infiniment éloignées.
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Ainsi donc, toute possibilité de» eh4>8eB (delasynthède de la diversité, quant àsa matière) est considérée comme dérivée, et celle seulement de ce qui contient en soi toute réalité est considérée comme primitive. Car tobtes les négations (qui sont cependant les seuls prédicats par lesquels toute autre chose peut se distinguer de l'être réel par excellence) sont de simples limitations d'une réalité plus grande, et enfin de la suprême réalité; elles supposent donc celle-ci, et en sont simplement dérivées, quant à la matière» Toute diversité des choses n'est donc qu'une simple manière diverse dé liiniter le concept de la réalité suprême qui estleur substratu m commun, demême que toutes figures nesontquediiïerentes manières possibles de renfermer l'espace infini. C'est pourquoi l'objet de sonidéal, qui ne peut se trouver que dans la raison, s'appelle aussi Vêtre primitif (ens originarium) } en tant qu'il n'y en a aucun au-dessus de lui, Vitre suprême (ens summum); et en tant que tout lui est soumis comme conditionné, Yétre de tous les êtres (ens entium)* Tout cela cependant ne désigne pas le rapport objectif d'un objet réel à d'autres choses, mais bien le rapport de Vidée à des concepts , et nous laisse dans une ignoriorité complète sur l'existence d'un être d'une snpérance si éminente.
Comme on ne peut pas dire non plus qu'un être primitif se compose de plusieurs êtres dérivés, puisque chacun de ceux-ci suppose celui-là et ne peut
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par conséquent pas se composer, l'idéal de Fètre primitif doit donc apssi être conçu comme simple. .
Li'action de dériver de cet être primitif tonte autre possibilité , pour parler nettement, ne pourra dpçc pas être considérée comme une circonscription de la réalité suprême de cet être, et en quelque sotte comme sa division; car alors l'être primitif serait regardé comme un simple agrégat d'êtres dérivés; ce qui, on vient de le voir, est impossible, quoique nous l'ayons d'abord ainsi présenté dans une première et grossière esquisse. La suprême^ réalité serait plutôt comme un fondement que comme un ensemble de la possibilité de toutes choses, et leur diversité ne reposerait pas sur la circonscription de Têtre primitif même, maissur son parfait développement, dont notre sensibilité tout entière ferait justement partie, ainsi que toute réalité dans le phéûomène, lequel ne peut entrer dans l'idée de l'être suprême.
Si donc nous, poursuivons plus loin cette idée et que nous en fassions une hyppstase [ou substance], nous pourrons déterminer l'être primitif par le simple concept de la réalité suprême, comme un être un, simple, suffisant à tout^ éternel, etc. ; en un mot, nous pourrons le déterminer, dans sa perfection absolue, par tous les prédicaments. Le concept de cet être est celui de Dieu, conçu dans le sens transceodental. L'idéal de la raison pure est donc l'objet
d'^i^e théologie transcendentale, ainsi que je Tai rapporté plus haut*
Toutefois, cet usage de l'idée transcendentale dé- .passerait déjà 1^. bornes de sa destination et de sa convenance; car la raison n'a posé cette idée que comme le concept de toute réalité, pour servir de base à Ja détermination universelle des choses en général, ^ns prétendre que toute cette réalité soit donnée objectivement et constitue même une * chose. Cette dernière circonstance-est une pure fiction par laquelle nous rassemblons et réallsons'le divers de notre idée en uttidçfil^sîomrae en un être particulier^ sanjs que nous soyona le, moins du monde autorisés' à pôper ii)éipe la possibilité d'une telle hypothèse, de la même manière aussi que toutes If^ conséqu^nee^ qui dé- Q^i^lent d'un tel idéal ne regardent âullement la détepmination universelle des choses en général, l'idée seule étant nécessaire à cet effet, et n'ont pas la moijnidre influence sur elle.
Il ne suffit pasdé décrire la marche de notre raison et sa dialectique : ion.dait aussi chercher à découvrir les sources de celte dialectique, afin de pouvoir expliquer cette apparence même comme un phénomène de l'entendement; car l'idéal dont nous parons est fondé sur une idée naturelle et n'est pas simplement arbitraire. Je demande donc d'où vieiftque la raison considère toute possibilité des choses comme dérivée d'une. seule chose qui leur sert de fonde-
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ment, savoir de la réalité suprême, et qu'elle suppose celle--ci comme contenue dans un être primitif particulier?
La réponse se tire de ce qui a été dit dans l'Analytique transcendentale. La possibilité des objets des sens est un rapport de ces objets à notre pensée, dans laquelle quelque chose (savoir la forme empirique) peut être conçue à priori; mais ce qui . constitue la matière, la réalité dans le phénomène (ce qui répond à la sensation), doit être donné, sans quoi cela ne pourrait pas même être conçu, et, par conséquent, sa possibilité pas représentée. Or, un objet des sens ne peut être déterminé universel hement qu'autant qu'il est comparé avec tous les prédicats du phénomène, et qu'il est représenté par lui, soit affirmativement, soit négativement. Mais comme, ce qui constitue la chose même (dans le phénomène), savoir le réel, doit alors être donné, sans quoi il ne pourrait pas même être pensé, et comme ce en quoi le réel de tous les phénomènes est'donné est la seule expérience universelle, la possibilité des objets des sens exige, que la inatière soit supposée comme donnée dans un ensemble, dont la circonscription est la base unique de toute la possibilité des objets empiriques, de leur différence entre eux et de leur détermination universelle. Or, en fait, les objets des sens sont les seuls qui puissent nous être donnés, et ils ne peuvent Têtre que dans le contexte d^uhe expérience possible; par con-
séquenty.an objet n'est rien poar noas &'il ne suppose l>en8emble de toute réalité empirique, comme condition de sa possibilité. Or, par une illusion naturelle, il arrive que nous prenons pour un principe qui devrait valoir pour toutes les choses, un principe qui ne vaut proprenient que pour celles qui sont données comme objets de nos sens. Nous tiendrons donc le principe empirique de nos concepts de la possibilité des choses, comme phénomènes, par l'omission de cette circonscription, pour un principe transcendental de la possibilité des choses en général.
Mais si de plus nous hypostasons [substantifions] cette idée de l'ensemble de toute réalité, c'est parée que nous convertissons dialectiquement l'unité diS" tributive de T usage expérimental de l'entendement en l'unité collective d'un tout empirique, et que nous nous figurons dans ce tout du phénomène un objet unique, qui renferme en lui toute réalité empirique. Cette individualité est alors confondue, par le moyen de la subreption transcendentale dont nous avons déjà parlé, avec le concept d'une chose qui est au sommet de la possibilité de toutes les choses, pour la détermination universelle desquelles elle fournit les conditions réelles (i).
(i) Nous verrons bientôt que cet idéal d'un être qui renferme toute réalité [entis realissimi]^ quoique n'étant qu'une simple représentation, est d'abord réalisé^ c'est-ànlire converti en un objet; ensuite hypostcué; enûn, par une marche naturelle de la raison à
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