CHAPITRE III
SECTION III
Des arguments de la raison spéculative ei^ faveur de Texistence
d^un être suprême.
Malgré ce besoin pressant àjd la raison, de supposer quelque chose qui puisse servir de fondement parfait à la détermination universelle de ses con* cepts, elle s'aperçoit néanmoins trop facilement de ce qu'il y a d'idéal et de purement fictif dans une telle supposition, pour qu'elle dût être persuadée par cela seul d'admettre incontinent comme un être réel une simple création de sa pensée, si elle n'était pas autrement forcée de chercher quelque part son repos dans la régression du conditionné qui est donné, à l'inconditionné qui, à la vérité, n'est pas encore donné comme réel en lui-même et quant à son simple concept, mais qui peut seul parfaire la série des conditions sorties de leur principe. Tel est donc le chemin naturel que prend toute raison humaine^ même la plus vulgaire, quoique toutes n'y puissent tenir jusqu'au bout. Elle ne commence pas par des
raccomplissement de l'unité, personnifié. El tout cela repose, non sur les phénomènes mêmes (sur la sensibilité seule), mais sur la liaison de leur diversité par Ventendement (en une aperceptUm). Par conséquent, l'unité de la suprême réalité et la déterminabifité universelle (possibilité) de toutes les chosesdans le sens leplussirict, semble donc être dans un entendement suprême , par conséquent dans une ùUeUigence,
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concepts/ mais par l'expérience commune, et pose paf conséquent en principe quelque chose d'existant. Mais ce fond s'écroule quand il ne porte pas sur le roc immobile de l'absolument nécessairei Et ce roc même reste suspendu sans appui, si un espace vide l'entoure de tous côtés, et s'il ne remplit pas tout lui-même et ne laisse plus ainsi lieu au pourquoi, c'est-à-dire s'il' n'est infini quant à la réalité.
Si quelque chose, quel qu'il soit, existe, il faut accorder aussi que quelque chose existe nécessairement. Car le contingent n'existe que sous la condition d'autre chose, comme de sa cause, eVie raisonnement qui se fonde sur cette cause n'est valable qu'autant qu'il remonta à une cause qui n'est pas contingente, et qui, précisément pour cette raison, existe nécessairement sans condition. Tel est Targument sur lequel la raison fonde"^ progression vers un être primitif.
Or, la raison se cherche d'abord le concept d'un être qui se prête à une prérogative d'existence telle que la nécessité inconditionnée ou absolue, non pas tant pour conclure à priori du concept de cet être à son existence (car si elle s'en flattait, elle n'aurait qu'à chercher dans les seuls concepts, sans qu'il fût nécessaire de poser en principe une existence donnée), que pour trouver seulement un concept parmi tous ceux des choses possibles, qui n'ait rien en lui de contraire à la nécessité absolue. Car que quelque
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chose doive oependaint exister simplement et absolument, c'est ce qu'elle tient pour déjà établi dans le premier raisonnement. Si elle peut faire dispa* raître tout ce qui s'oppose à cette nécessité, une seule chose exceptée, cette chose sera Tètre absolument nécessaire, que Ton en puisse ou non comprendre la nécessité, c est-à-dire la dériver ou ne pas ja dériver de son concept seul.
Or, il semble que ce dont le concept contient en soi la raison de tout pourquoi , et une raison qui n'est en défaut dans aucun cas et sous aucun rapport , qui suffit partout comme condition, soit par le fait l'être qui comprend la nécessité absolue, parce que, possédant toutes les conditions de tout ce qui est possible, ^ ri n'a lui-même besoin d'aucHM condition, et n'en paraît pas^méme susceptible; par conséquent, au .moips d'un côté, il satisfait au eoncept d'une nécessité absolue; en quoi ne peut l'égaler aucun autre concept , tous étant défectueux, ec manquant de complément, ne renferment aucun caractère de Findépwdance de toutes conditions ultérieures. Il est vrai que l'on ne peut pas encore en conclure certainement que ce qui ne renferme pas en soi la condition suprême et parfaite sous tous les rapports, doive être pour cela même conditioniié quant à spn existence; mais il n'a cependant pas en lui ce caractère unique de l'existence inconditioniiéfi) au moyen duquel la raison, par un concept'^ priorij
peut reconnattre un être comme inconditionné.
Le concept d'un être contenant la suprême réalité, serait donc de tous les concepts de choses possibles celui qui conviendrait le mieux au concept d'un être absolument nécessaire; et, quoiqu'il n'y satisfasse pas pleinement, nous n'avons cependant pas de choix; nous nous voyons au contraire forcés de nous en contenter, parce que nous ne pouvons jeter au vent l'existence d'un être nécessaire; mais, en l'accordant, nous ne pouvons cependant rien trouver dans tout le champ de la possibilité qui puisse justement prétendre à une telle 'prérogative dans l'existence.
Telle est donc la marche naturelle de la raison humaine : elle commence par se persuader l'existence de quelque être nécessaire; elle reconnaît en lui une esîstence inconditionnée ; elle cherche ensuite le concept de quelque chose indépendant de toute condition et le trouve dans ce qui eA lui-même la condition suffisante de tout le reste, c'est-à-dire dans ce qui contient toute réalité. Mais le tout sans bornes est unité absolue, et entraîne avec lui le concept d'un être unique, de l'être suprême; la raison conclut ainsi que l'être suprême, comme principe primitif de toutes choses, existe d'une manière absolument nécessaire.
On ne saurait contester à ce c<mcept une cerUioe fondamentalité, s'il s'agit de se décider j après avoir accordé Tes^istenee de quelque être nécessaire, et si
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l'on coDTient devoir en embrasser la cause, quelle qu'elle puisse être; car alors on ne peut pas choisir plus convenablement, ou plutôt il n'y a pas de choix à faire-; mab on est forcé de donner sa voix à l'unité absolae de la réalité parfaite, comme à la source primitive de la possibilité. Mais si rien ne nous force à nous décider, et que nous abandonnions plutôt toute cette affaire jusqu'à ce que nous soyons .contraints par des arguments plus puissants à donner notre assentiment, c'est-à-dire a'il s'agit simplemeirt de juger ce que nous savons de cette question, et ce que nous nous flattons seulementdesavoir ; alors le raisonnement précédent ne paraît pas sous un jour à beaucoup près aussi avantageux, et a besoin d'une faveur qui supplée au défaut de la légitimité de. ses prétentions^
Car si nous admettons tout ce qui se présente à nous, premiàrement, que la conclusion d'une existence donnée quelconque (serait-ce de la mienne propre) à l'existence d'un être inconditionné nécessaire, est légitime; secondement, que je dois considérer un être qui contient toute réalité, par conséquent aussi toute condition^ comme absolument inconditionné, par conséquent que le concept de la chose qui convient à la nécessité absolue est trouvé par le fait : — on ne peut cependant pas conclure de là que le concept d'un être borné, qui ne renferme pas la]suprême réalité, contredise la nécessité absolue. Car quoi-
qae dans le concept de cet être je ne trouve pas l'absolu, qui emporte déjà avec lui-même la totalité des conditions, il ne peut cependant pas s'en suivre que son existence doive, par cette raison là précisément, être conditionnée, de même que je ne puis pas dire dans un raisonnement hypothétique que là où n'est pas t^ne certaine condition (savoir ici celle de laperfection quai^ au^ concepts), là aussi n'est pas le conditionné. Il nous serait plutôfpermis^de présenter tous les é(re6 limitéscomme nécessairement inconditionnéâ^ (Quoique nous ne puissions conclure leur nécessité du concept général que nous en avons. Mais, de eette manière, cet argument ne nous donnerait pas le moiiidre concept des attributs d'un être nécessaire, et «"aboutirait absolument à rien.. ,:* V ^ Néanmoins, il reste à cet argument une certaine importance et une certaine autorité qui ne peuvent pas encore lui être enlevées d'un seul coup, malgré son insuffisance objective. Car, supposé qu'il y ait des obligations qui fussent, dans l'idée de la raison, tout à fait justes, mais sans aucune réalité d'application à nous-mêmes, c'est-à-dire sans mobiles, si Ton ne supposait pas un être suprême qui pût donner aux lois pratiques effet et force; —nous serions alors également obligés de suivre les concepts, qui, bien qu'ils ne pussent pas être objectivement suffisants, sont néanmoins, quant à la mesure de notre rabon, d'un poids déterminant, et en comparaison desquels
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nous ne connaissons cependant rien de meilleur ni de plus convaincant. Le devoir de choisir tirerait ici de r indifférence l'irrésolution de la spéculation par une addition pratique ; et même la raison ne trouverait en elle-même, comme juge très«impartial, aucune juatification, si, sous l'influence de mobiles pressants, et malgré l'imperfection de sa connaissance, elle n'obéissait pas aux principes de son jugement, qui sout au moins les meilleur^ que nous connaissions. Cet argument, quoique transçendental, dans le fait, puisqu'il repose sur l'insuffisance interne du contingent, est cependant si «impie et si naturel, qu'il est conforme au sens commun le plus vulgaire, dès qu'une fois celui-ci y es^condvit. On voit des choses changer, naître et mourir; elles' doivent donc, ou duj^moins leur état doitravoir une caase. liaison peut toujours demander la m^ipci.cbliâe^^ chaque cause, qui ne peut jamais être donnée dans la- phénomène. D'où dériverons-nous donc plus justement la causarlité la plus élevée j si ce n'est de là même où elle eçt en effet la plus haute, c'est-à-dire de l'être 4|ui contient en lui-même originairement la raison de l'effet possible, et dont le coûcept se produit très-facilement par le seul trait d'une perfection absolue ! Nous tenons donc cette cause suprême pour absolument nécessaire, pailla raison justement que nous trouvons a))Bolument nécessaire de s'élever jusqu'à elle, et, qu'il n'y a aucune raison deJa dépasser; C'c^ pourquoi nous «. '^ 19
voyons cependant briller chez tous les peuples, à travers leur aveugle polythéisme, quelques étincelles de monothéisme. Ils y avaient été conduits, non pas par la réflexion, ni par une spéculation profonde, mais seulement par une voie toute naturelle du sens commun devenue insensiblement plus claire.
Or, il n'y a que trois espèces d'arguments possibles tirés de la raison spéculative, en faveur de l'existence de Dieu.
Toutes les voies qu'on a tentées dans ce dessein partent, ou de l'expérience déterminée et de ses qualités particulières par là reconnues de notre monde sensible^ et s'élèvent ainsi du monde suivant des lois de la causalité jusqu'à lau cause suprême hors du monde; — ou bien elles ne posent empiriquement en principe qu'uoeexpérience indéterminée, c'est-à-dire une existence quelconque; — ou bien enfin elles font abstraction de toute expérience, et concluent tout à fgit à priori de simples concepts à l'existence d'une cause suprôme. La première preuve est la preuve physico-théologique ; la seconde, la cosmologique; la troisième, V oniologiqve. Il n'y en a pas, et il ne peut pas y en avoir davantage.
Je démontrerai que la raison n'avance pas plus dans l'une de ces voies (l'empirique) que dans l'autre (la transeendentale), et qu'elle déploie vainement ses ailes pour s'élever^ par la seule force de la spéculation, au-desws dç^ monde sensible. Quant à ce qui
concerne l'ordre dans lequel ces arguments dblvetit être examinés, il sera précisément TinTerse de celui que prend la raison en s'étendant inspnsifblement» et dans lequel nous les avons d'abord plaoés^' Car on fera voir que, bien que l'expérience en fournisse la première occasion, cependant le simple concept trans^ cendental conduit la raison dans cet effort, et pose à toutes ses recherches la borne qu'elle s'est proposée. Je commencerai donc par l'examen de l'argument transcendental, et je verrai ensuite ce que l'empirique peut ajouter à sa force démonstrative.
•CHAPITRE m.
SECTION IV
De rimpossibilité (f une preuve ontologique de Texistence de Dieu.
On voit facilement, d'après ce qui a été dit jusqu'ici, que le concept d'un être absolument nécessaire est un concept pur de la raison, c'est-à-dire une simple idéëtlofat la réalité objective est loin d'être prouvée par le fait seul quë-fa raison en a besoin ; idée qui ne porte que sur une certaine perfection, d'ailleurs inaccessible, et sert pliltôt proprement à borner l'entendement qu'à l'étettdre à de nouveaux objetB. il y a âonc ici cela d'étrange el de contradictoire, que si la conclusion qui va d'une existence donitée en général à une existence absolument nécessaii^ey semble être impérieuse et juste, nous avons néanmoins contre nous toutes les conditions
ixiteUéctuelles nécessaires pour nous faire un concept d'une telle nécessité.
On a parié de tout temps de l*ètre absolument nê^ cessalrèf et Ton s'est beaucoup plus soucié d'en démontrer Texistence que de comprendre si et comment l'on peut seulement concevoir une chose de cette espèce. Or, une définition âominale de ce concept est à la vérité très-facile : c'est quelque chose dont la non-existence est impossible. Mais nous n'en savons pas pour cela davantage par rapport aux conditions qui font qu'il est impossible de tenir le non-être d'une chose pour absolument inconcevable. Et cependant ces conditions sont proprement ce que l'on veut connaître, c'est-à^-dire si nçus pensonà ou non quelque chose en général par ce concept. En rejetant, par le mot absolu, toutes les conditions dont l'entendement a toujours besoin pour considérer quelque chose comme nécessaire, on est effectivement loin de me faire comprendre si alors je conçois' encore quelque chose par un concept de quelque chose d'absolument 6u d'inconditionnellement nécessaire, ou si peut-être je ne pense absolument rien par là.
il y a plus, on a cru expliquer par une foule d'exemples ce concept hasardé à tout événement, et devenu enfin tout à fait vulgaire, de manière à rendre parfaitement inutile toute recherché ultérieure à l'effet de le comprendre. Toute proposition de géométrie, par exemple, qu'un triangle à trois angles, est abso-
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himent nécessaire; et Tod en a dit autant d'un objet qai est totalement hors de la sphère de notre entendement, comme si Ton comprenait parfaitement ce que Ton veut dire par ce concept.
Tous ces prétendus exemples sont pris sans exception de jugements, mais non de choses et de léiir existence. Mais la nécessité absolue des jugements n'est pas une nécessité absolue des choses. Car la nécessité absolue du jugement n'est qu'une nécessité conditionnée de la chose ou du prédicat dans le jugement. La proposition précédente ne dit pas que trois angles soient absolument nécessaires, maîs^ gui?, 'posé la condition qu'un triangle existe (soit donné), il existe aussi nécessairement trois angles (en lui). Néanmoins cette nécessité logique a un si grand pouvoir d'illusion que lorsqu'on s'est fait d'uqe chose un concept à priori, — et de telle sorte que, suivant l'opinion qu'on s'en fait, il embrasse dans sa compréhension l'existence, — on croit pouvoir en conclure sûrement, parce que Texistence couTient nécessairement à l'objet de ce concept, c'est-à-dire, sous la condition que je suppose cette chose comme donnée (comme existante), que son existence est aussi posée néc^sairement (suivant la règle de l'identité), et que .cet être, par conséquent, est lui-même absolument nécessaire, parce que son existence est conçue dans un concept admis arbitrairement, et sous ht condition que j'en pose l'objet.
Si, dans un jugement identique, je fais disparaître le prédicat et que je retienne le sujet, il en résulte une contradiction. Jie dis alors que le prédicat convient nécessairement au sujet. Mais si je fais disparaître le sujijt en^même temps que le prédicat, alors il n'y a pas de contradiction, car (7 n'y a plus rien avec quoi il puisse y avoir contradiction.il est contradictoire de supposer un triangle si Ton en supprime par la pensée les trois angles; mais il n'y a pas de contratdiction à faire disparaître le triangle en même temps que ses trois angles. 11 en est exactement de même du concept d'un^étre absolument nécessaire. Si vous en supprimez Telistence, vouï supprimez aussi la chose même avec tous ses attributs : où serait alors la contradiction? Il n'y a plus rien extérieurement avec quoi la contradiction soit possible, car la chose ne doit pas 'être nécessaire extérieurement ; rien non plus intérieurement, car la chose elle-même étant supprimée, toute intériorité est en même temps supprimée. Dieu est tout-puissant ; c'est là un jugement nécessaire. La toute-puistonce ne peut être enlevée si vous vous posez une divinité, c'est-à-dire un être infini au concept duquel elle est identique. Mais si vous dites : IHeu n^ est pas ^ alors il n'y a ni toute-puissance, ni aucun autre attribut, car ils sont tous ensemble enlevés au sujet, et il. n'y a pas ombre de contradiction dans cette pensée.
Vous avez donc vu .que, si je supprime le prédicat
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d'uB jugement avec le sujet, jamais contradiction intérieure ne peut avoir lieu , quel que puisée être l'attribut. Or, il ne vous reste aucun ékil>(erfuge, à moins que vous ne disiez qu'il y a des sujets qui ne peuvent pas être supprimés, qui, par conséquent, doivent rester. Mais il vaudrait autant dire qu'il y a des sujets absolument nécessaires ; ce qui est la pro^ position dont j'ai précisément révoqué en doute la légitimité, et dont vous avez entrepris de me montrer la possibilité, car je ne puis"^ du tout me faire un concept d'une chose telle qu'il y eût contradiction qu'elle ne fût pas, avec tous ses attributs; et' cependant, sahs la contradiction, je n'ai aucun critérium de l'impossibilité par simples concepts purs à priori. Contre tousses. raisonnements généraux (que personne ne peut contester), vous prétendez, par un cas particulier que vous m'objectez comme une preuve de'fait,' qu'il y a cependant un concept, mais un seul à la vérité, où le 'nôn--ètre, où la suppression de l'objet de ce concept est contradictoire en soi : tel est le cas du concept de l'être parfait.- Cet être, dites-vous, peut être toute réalité, et vous êtes autorisé à ad- ■ mettre un tel être comme possible (ce que j'accorde à présent, quoiqu'il s'en faille beaucoup que le con-^ cept mm- contradictoire en soi prouve la possibilité de l'objet) (1 ). Or, dans la toute réalité est aussi com-
(i) Le concept est toujours possible lorsqu'il ne se contredit point. Cest le caractère logique de la possibilité, et son objet se distingue
prise l'existence. L'existence est donc dans le conoept dé quelque chose de possible. Si donc cette chose est Supprimée ^ la possibilité interne de la chose l'est àiissi, ce qoi est contradictoire.
• Je réponds : vous êtes déjà tombé dans une contradiction quand, dans le concept d'une chose que t^èus voulez simplement concevoir quant à sa possibilité, sous quelque nom qu'elle se déguise, vous faites entrer le concept de son existence. Si on vous l'accorde y vous avez alors^en apparence vaincu, mais en réalité vous n'avez rien dit, car véus n'avez fait qiTunb simple; taûttologie. ie vous lé demande, la proposition : cette chose^ci ou celte- W* (qu^ je voiis accorde comme possible, qùç ce soit ce qu'pn^ voudra) existe, esi-elle une p;:opositibh ai\^lytique ou synthétique?. Si elle est analytique^' vous ^'ajoutez rien par l'existence (le la chose à votre pensée de la chose; mais dans ce cas« ou la pensée qui est en vous devrait être la choise" elle-même, ou vous avez supposé une existence conlrne faisant partie de la possibilité, et alors l'existence est conclue de l'hypothèse de la
paf'Ik du i^hU negativum. Mais ce concept peul néanmoins^tre un concept vain, si la réalité objective de la synthèse, par laquelle le concept est produit, n'est pas démontrée en particulier; ce qui repose toujours, comme nous l'avons montré plus haut, sur des principes de l'expérience possible et non sur le principe deTanalyse (le pcincipe de contradiction). C'est là un avertissement de ne pas conclure incontinent de la possibilité des concepts (de la possibilité logique) à la possibilité des choses (possibilité réelle).
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possibilité int^ne ; ce qui h^est qu'une tautologie pitoyable. Le mot réalité j qui, dans le concept de la chose, sonne autrement que celui à^existence dans le prédicat, ne la constitue pas; car si vous appelez réalité toute position (peu importe ce que tous supposez), alors vous avez déjà posé et idàiis comme réelle la chose avec tous ses prédicats dansée concept du sujet, et vous ne faites que vous répéter c&ns ce prédicat. Avouez-vous au contraire, comme doit le faire volontiers tout homme raisonnable, que toute proposition existentielle est synthétique : mais alors comment prétendez-vous donc affirmer que le prédicat de Texistence ne peut è'tre enlevé sans contradiction, puisque ce privilège n'appartient proprement qu'aux propositions analytiques, dont le caractère particulier consiste précisément en cela même?
Je pourrais espérer avoir anéanti d'une manière toute directe et toute simple cette vaine argutie par une détermination précise du concept de l'existence, si je ne savais pas que l'illusion, dans la confusion d'un prédicat logique avec un prédicat réel (c'està-dire avec la détermination d'une chose), se refuse presque à toiitr éclaircissement. On peut faire sehrir tout ce qu'on veut pour prédicat logique^ tellement que le sujet peut être le prédicat de lui-même; car la logique fait abstraction de toute matière. . Mais la détertninatiûn est un prédicat qui s'ajoute au concept du sujet et l'augmenté. Elle ne doit donc pas y être déjà contenue.
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Etre n'est évidemment pas un prédicat réel, c'eetà-dirê un ooneept de quelque chose qui puisse ajouter au concept de cette chose. C'est simplement la position d'une chose, ou de certaines déterminations prises en elles-mêmes. Dans l'usage logique, c'est seulement.la copute d'un jugement. La proposition : Dieu, est tout-^puissant, embrasse deux concepts qui ont leur objet : Dieu et toute-puissance; le petit mot est n'est en rien un prédicat , mais seulement ce qui met l'attribut en rapport avec le sujet. Si donc je {»rends le sujet ^Dieu) avec tous ses attributs .(du nombre desquels est la toutes-puissance), et que je dise: Dieuiest, ou il est un Dieu, je n'ajoute aucun nouvel attribut au concept de Dieu; je pose seulement le sujet en lui-même avec tous ses prédicats, et, bien entendu aussi Vobjet en rapport avec mon cùncepL Tous deux doivent exactement renfermer la même chose; et par conséquent de ce que je conçois l'objet du concept comme absolument donné (par l'expression, il est); rien de plus ne peut pour cela appartenir au concept, qui exprime simplement la possibilité. Ainsi le réel ne contient rien de plus que le siiqpletnent possible. Cent écus réels ne contiennent absolument rien de plus que cent écus possibles. Car comme ceux-ci signifient le concept, et ceux-là l'objet et sa position an elle-môme, s'il y avait quelque chose de plus dans l'objet ^ue daoïs le concept, mon concept n'exprimerait pas l'objet tout entier, et n'y
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serait par conséquent pas non plus conforme. Mais il y a plus dans ma fortune si je possède réellement cent écus que si je ne les ai qu'en idée (c'est-à-dire dans leur possibilité), car l'objet ev réalité n'est pas simplement contenu analytiquement dans mon con* cepty mais il ajoute synthétiquement à mon concept (qui est une détermination de mon état), sans que, par sa présence hors de mon concept, ces cent écus pensés soient le moins du monde augmentés.
Si donc je pense nne chose par quelques prédicats que ce soient et quel qu'en soit le nombre (même dans la détermination universelle), de ce que je dis de plus: cette chose est; — rien, absolument rien, n'est ajouté par ce fait à la chose, car autrement ce ne serait pas précisément la même chose qui existerait, puisqu'il existerait plus que je n'avais pensé dans le concept; je ne pourrais donc pas dire que c'est en tout point l'objet de mon concept qui existe. Si donc je pense dans une chose .toutes les réalités, une seule exceptée, alors de ce que je dis une telle chose défec-* tueuse existe, la réalité manquante ne lui appartient ' pas pour autant, mais cette chose existe précisément défectueuse comme je l'ai conçue; autrement elle existerait un peu autre que je ne pensais. Donc si je pense un être comme la suprême réalité (sans défaut), reste toujours encore la question de savoir sfil existe ou non.. Car, quoique dans mon concept rien ne manque au contenu réel possible d'une chose en
général^JI manque cependant encore quelque chose au rapport à tout mon état de penséCi savoir que la connaissance de cet objet soit possible aussi à posteriori. Et ici revient encore la cause de la difficulté qui règne dans cette matière. S'il était question d^ua objet des sens, jè<.ne pourrais pas confondre Texis— tence de la chose uvec son seul concept; car, par le concept l'objet n'est pensé qu'en accordavec les conditions universelles d'une connaissanceempirique possible en général, et par l'existence il est pensé comme contenu dans l'ensemble de l'expérience totale ; alors donc le concept de l'objet n'est point augmenté par l'union avec la matière de l'expérience totale, mais notre pensée reçoit de plus par elle une perception possible. Voulons-nous au contraire penser l'existence par la catégorie pure seulement ? Il p^est pas étonnant alors que nous ne puissions donner ^cun caractère pour la distinguer de la simple possibilité.
Nous sommes donc obligé^^^de sortir de notre concept d'un objet, qu'elles qu'en soient la qualité et la quantité^ pour accorder l'existence à cet objet* Dans les objets des sens, le fait a lieu par l'enchaînement avec quelqu'une de mes perceptions, suivant des lois empiriques ; mais l'existence des objets de la pensée pupe ne peut être connue par aucun moyen absolufOèJit» parce qu'elle devrait l'être entièrement àpriori, qv^pd .cependant notre, conscionce de toute existence (que ce soit par perception immédiate où par
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des raisonnements qui rattachent quelque chose à la perception) appartient tout à Tait à l'unité de Texpérience. Une existence en dehors (k 'ce champ ne pûtelle ôtre affirmée impossible absolument, n'en reste pas moins une supposition que rien ne peut justifier. Le concept d'un être suprême est une idée très-utile sous beaucoup de rapports; mais précisément parce qu elle n'est qu'une simple idée, elle est tout à fait impropre à étendre par elle seule notre connaissance relativement à ce. qui existe. Elle est même impuissante à nous instruire de la possibilité de plusieurs choses. Le catactère analytiqpe de la ppssibilité, caractère qui consiste en ce que de simples positions ( réalités) n'engendrent aucune contradiction, ne peut pas à la vérité lui être contesté ; mais comme la réunion de toutes les propriétés réelles dans une chose est une synthèse dont nous* ne pouvons pas juger a priori la possibilité, les réalités ne nous étant pas spécifiquement données; et comme dans le cas même où elles nous seraient données, aucun jugement ne serait encore possible ici^ parce que le caractère de la possibilité des connaissances synthétiques ne peut jamais être cherché que dans l'expérience, dont l'objet d'une idée ne peut pas faire partie; il s'en faut donc beaucoup que le célèbre Leibnitz ait fait ce dont il se flattait, ou qu^il soit . parvenu à connaître à priori la possibilité d'un être idéal si élevé.
Dans celte fameuse preuveontologique(cartésieDDe) de l'existence d'un être suprême, toute peine, tout labeur a été perdu^ et Ton n'augmentera pas plus ses connaissances par de simples idées qu'un négociant n'augmenterait sa fortune en ajoutant des zéros à l'état de sa caisse.