XX VIE DE KÀNT
valent qu'à demL II conserva très-longtemps cette faculté , beaucoup plus longtemps que celle de combiner les idées, faculté qu'il avait aussi à un très-haut degré. C'est sans doute à cause de Toriginalité de ses pensées et de leur conscience intime, que Kant finit par ne plus guère comprendre, en matière de philosophie, que lui-même. C'est pour cette raison qu'il donnait souvent à lire à ses amis les ouvrages dans lesquels on le critiquait, les priant de lui exposer ensuite les difficultés qu'on lui faisait, et même d'y répondre pour lui.
Outre les qualités de l'esprit scientifique, Kant possédait aussi, à un très-haut degré, celles de l'esprit proprement dit, ou de l'esprit de société. 11 faisait l'ornement de toutes les conversations auxquelles il prenait part. Le professeur s'effaçait complètement pour ne laisser paraître que l'homme du monde^ l'homme plein d'amabilité et de connaissances agréables et variées, sachant les mettre à la portée de tout le monde, n'en faisant jamais parade, s'entretenant toujours de ce qui était le plus familier aux autres, et parlant tout aussi bien cuisine et ménage avec les dames qui ne dédaignaient pas ces soins domestique?, qu'histoire et géographie, ou toute autre science avec les voyageurs et les savants. On retrouve, d^ns quelques-uns de ses écrits, le ton léger, spirituel et poli qui le distinguait dans la conversation. 11 est remarquable aussi par son ironie socratique.
Quoique Kant aimât le monde, il ne le voyait qu'à certaines heures de la journée, car il avait distribué tout son temps d'une façon trèsrégulière, et il s'écartait bien rarement de la loi qu'il s'était une fois faite. Dans les premières années de son professorat, il donnait plusieurs heures de leçons par jour; plus lard il n'en donna que deux, outre ses leçons publiques sur la logique et la métaphysique : quand venait son tour de faire à la Faculté de philosophie un cours de pédagogie, il donnait aussi en même temps des leçons sur la physique, le droit naturel, la morale, la théologie rationnelle, l'anthropologie et la géographie physique. Dans les dernières années de son enseignement, il s'en tint à ses leçons publiques, à l'anthropologie et à la géographie physique. 11 parlait pendant plusieurs heures sans livres et sans cahiers. Longtemps il fit ses leçons de logique sur Meier et ses leçons de métàpBysique sur Baumgarten, qu'il avait annotés pour son usage. Ces deux auteurs n'étaient guère pour lui que comme des points de départ pour ses développements, ou même un texte à réfuter. 11 s'était fait des cahiers pour les autres parties de son cours, excepté pour la physique, où il suivait Erxleben.