‹ La critique de la raison pure. Tome premierChapitre 9 sur 72 · MANIERE DE LES ETUDIER · texte numérisé non relu

MANIERE DE LES ETUDIER

Kant (Emmanuel) naquit le 22 avril 1724 à Kœnigsberg, en Prusse, de parents pauvres et d'humble condition , mais d'une parfaite honnêteté. Son père, né à Memel, exerçait la profession de sellier, ses grands parents du côté paternel étaient Écossais, et son aïeule maternelle de Nuremberg. Kant était le quatrième de onze enfants, dont sept filles et quatre garçons. 11 n'avait que treize ans lorsqu'il perdit sa mère, neuf ans plus tard il n'avait plus de père. Un oncle maternel, maître cordonnier, qui avait quelque aisance, le soutint dans ses études. 11 apprit a lire et à écrire à l'école de l'Hôpital du faubourg habité par ses parents. 11 entra ensuite au collège Frédéric, alors dirigé par le docteur Franz-Albert Schultz, qui l'envoya en 1740 à l'université. Sa première éducation , tant à la maison paternelle qu'au dehors , fut toute religieuse.

Tout jeune encore, Kant avait déjà beaucoup de désir de s'instruire, et se distinguait par son travail , sa docilité et son respect pour ses maîtres.

Kant s'appliqua d'abord aux lettres d'une manière toute particulière, sans songer encore à aucune science positive. Plus tard il étudia spécialement les mathématiques, la philosophie et les clas- I. 6

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sique» latins. Knutzen , qui jouissait d'une grande réputation comme professeur et comme écrivain, enseignait alors la philosophie.

Après avoir suivi les cours de l'Université , Kant se chargea d'une éducation particulière qui dura neuf ans. Au bout de ce temps, il retourna à Kœnigsberg. Souvent on l'a entendu plaisanter sur son peu d'aptitude pour l'enseignement domestique , et dire franchement qu'il entendait si peu le métier, que jamais peut-être il n'y eut plus mauvais précepteur que lui. 11 ne se jugeait si sévèrement qu'à cause de la haute idée qu'il s'était faite des qualités nécessaires pour bien élever les enfants. Son petit livre sur la Pédagogie, que Zachariae appelait un livre d^or, suffirait à lui seul pour donner un démenti à cette mauvaise opinion que Kant avait de lui-même comme précepteur. De retour à Kœnigsberg, il y donna des leçons particulières pour se préparer à l'enseignement académique. C'est k cette époque qu'il composa son premier ouvrage. Réflexions sur la véritable estimation des forces vives, 1746, et qu'il commença son important traité sur T Histoire générale de la nature et la théorie du Ciel d'après les principes de Newton, ouvrage qu'il publia dans sa trente-troisième année. Il fut alors nommé mattre en philosophie, et attaché à l'Université comme professeur privé. Pendant les quinze ans qu'il resta avec ce titre , il composa plusieurs petits ouvrages qui révèlent tous un penseur, original, bien qu'on n'y trouve pas encore des traces bien marquées de la philosophie critique.

Dans les premières années de son enseignement privé à l'Université, il dut vivre avec la plus stricte économie. 11 avait cependant mis en réserve vingt frédérics d'or, pour n'être pas tout à fait sans ressource, dans le cas où il viendrait h tomber malade. La loi qu'il s'était faite de laisser intact son petit trésor, jointe à l'insuffisance de ses honoraires, le forcèrent à vendre insensiblement une bibliothèque considérable et choisie qu'il avait déjà formée. En 1766, il obtint la seconde place d'inspecteur de la Bibliothèque royale , et se chargea aussi de la conservation d'un cabinet d'histoire naturelle et d'objets d'art; mais il donna sa démission de ces deux places quelques années plus tard.

Sa Théorie du ciel, ouvrage dans lequel il se montra mathématicien et physicien, lui fit déjji une assez grande réputation pour que Frédéric 11 lui proposât à ^érentes fois une chaire à Hall, et en dernier lieu avec la qualité de conseiller privé; mais Kant refusa, retenu par l'affection qu'il portait à sa ville natale.

Il avait reçu de Frédéric II la promesse d'être nommé à la première

placevacanle à la Faculté de phlloBophle [des Bctencesetdes lettres] de Kœnigsbergj mais comme ce fut celle de poésie qui le devint d'aboni, il la refysa, parce qu'il ne se croyait pas capable de la bien remplir. Enfin, en 17 70, il accepta celle de mattiém a tiques qu'il permuta bientôt après contre celle de logique et de métaphysique. C'est dans celte cbaire que Kant enseigna des sciences dont 11 s'occupait depuis longtemps et sans relâche. Son enseignemeal, très-suivi et très-godlé du public, dura jusqu'en IT91, époque & laquelle le célèbre proFesseur, affaibli par l'Age, se retira de la carrière et vécut solitairement.

Les qualités iotelleclu elles qui disUngualent Kant étalent la profondeur, l'étendue, l'originalllé jointe à la justesse. C'est ce qui ressort à chaque page de tous ses écrits. On ne peut trop regretter qu'il n'ait pu achever un dernier ouvrage, qu'il mettait au-dessus de tous les au- r tre ) métaphysique à

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l'Italie, ^olre philosophe avait plus de soixante ans lorsqu'il se mit a étudier la chimie. 11 finit par en posséder si bien la théorie, la nomenclature et les procédés, qu'il étonna un jour à table le fameux chimiste Hagen, par la manière dont il en parlait , et cependant il ne l'avait jamais étuJiée que dans les livres : c'était pour lui une alTaIre toute d'inteltïgenee, d'imagination et de mémoire.

Sa profondeur était due ~a une puissance d'analyse qui lui servait non-seulement à se rendre un compte sévère de toutes ses idées, mais encore à distinguer dans les idées des antres ce oui leur appartenait de ce qui leur était étranger, ce qu'ils savaient bien de ce qu'ils ne sa-

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