‹ La critique de la raison pure. Tome premierChapitre 12 sur 72 · XXIV VIE DE KANT · texte numérisé non relu

XXIV VIE DE KANT

n'était plus éloigné ^ue lui de rafléterie» et n'aimait moins les manières des petits-mattres. Aussi son langage était-il simple et presque négligé. Il ne voyait dans les langues que des moyens de communiquer fa* cilement sa pensée; toute recherche dans les expressions lui paraissait une petitesse et de mauvais goût, comme tout pédantisme en général. Il portait cette même simplicité dans son orthographe et dans son style.

Une des vertus les plus prononcées de Kant, et qu'il semble avoir héritée de son père, était la véracité; il avait pour le mensonge une sorte d'horreur qui le portait peut-être ^ en exagérer la culpabilité morale. Ce profond respect pour la vérité lui avait été inspiré par ses parents, qui étaient d'une moralité si sévère, qu'il disait dans sa vieillesse, avec une satisfaction dont il était touché jusqu'aux larmes, n*avoir jamais rien entendu ni vu dans la maison paternelle de contraire à la plus stricte morale. Quel beau témoignage pour un père et une mère ! Pourquoi, si l'on a le malheur d'être assez peu jaloux de l'estime de ses enfants pour ne pas ambitionner de leur laisser une mémoire en vénération, ne pas comprendre au moins que leur moralité,, leur intérêt et leur bonheur exigent ce culte domestique, si pur, si salutaire ! il y a toute une vie d'homme de bien dans le souvenir pieux d'un enfant pour son père, pour sa mère surtout. Aussi Kant, comme beaucoup d'autres grands hommes, avait voué à la mémoire de celle qui lui donna le jour, un souvenir plein d'estime; de tendresse et de charmes. C'était une chose touchante d'entendre ce vieillard illustre, ce penseur sublime raconter avec émotion les premières leçons de morale et de religion qu'il avait reçues d'une pauvre femme du peuple, et déclarer qu'elles avaient eu sur le reste de sa vie la plus grande influence. Quoique peu instruite, la mère de Kant avait une raison supérieure qui éclairait sa foi et sa piété ; elle était très-sensible au spectacle de la nature; et dans les petites promenades qu'elle faisait avec son fils encore enfant, elle cherchait à lui faire comprendre la grandeur, la puissance et la bonté divine, en lui expliquant de son mieux les merveilles de la création. Plus tard, lorsque le petit Emmanuel en sut plus que sa mère, il allait encore se promener avec elle ; mais cette fois c'était pour lui expliquer a son tour ce qu'elle n'avait pu jadis lui faire comprendre, pour lui faire goûter avec plus d'étendue et de bonheur le sentiment sublime de la Divinité.

Kant, quoiqu'il eût la conscience de ses forces, était d'une rare modestie, et professait pour les grands hommes qui l'avaient précédé,

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