XXVI VIE DE KANT
"^ a pas mis au monde pour lui faii'e des compliments. Le mysticisme spéculatif ou pratique n'était a ses yeux qv'une conséquence et un signe d'une certaine faiblesse intellectuelle. Suivant lui, c'est-à-dire, d'après les résultats de la critique de la raison pure, nous ne pouvons savoir qu'une chose de Dieu et des objets surnaturels, c'est que nous n'en savons rien. La religion ne peut donc être uneafllaire de science, mais bien de foi rationnelle, à laquelle nous devons être conduits par la morale. Il avait du reste un bien profond sentiment de respect pour ce Dieu caché qu'il faut croire, et si ce respect se manifestait peu par des formules de convention, il se montrait éminemment dans la parfaite moralité de notre philosophie, dans la manière dont il concevait la raison pratique comme la voix de Dieu (1), mais surtout dans sa soumission de cœur et sans réserve aucune à la divine Providence. Ce culte, même à côté d'un autre quelconque, a sa vérité, sa moralité et son intérêt, sous le double rapport du perfectionnement de l'individu et du bonheur des Ivommes. Kant avait souvent à la bouche cette belle maxime d'un philosophe ancien:
Utere prœsenti, eœlocommitte futura.
11 espérait une autre v4e ; mais il ne fondait cet espoir qu'en Dieu ; V si bien qu'il aurait préféré, disait-il, le néant à la chance d'une vie future sans Dieu. U concevait le royaume intellectuel comme la communauté des âmes des hommes de bien. Son respect pour le fondateur du christianisme était une vénération et une reconnaissance portée au plus haut degré.
Dans la vie privée, Kant était un modèle d'amitié ; une fois qu'il avait pris quelqu'un en affection particulière, ce qu'il ne faisait qu'avec une grande circonspection, c'était pour toujours. Très-«ensible à tout
(1) Nulle morale n est plus religieuse que celle de Kant ; et l'on ne peut trop déplorer l'erreur étrange ou l'hypocrisie coupable de ceux qui, méconnaissant ou feignant de méconnaître le caractère essentiellement, nécessairement religieux de la morale naturelle, voudraient renverser cette base aussi fern^e, aussi certaine que la création, pour y substituer l'arbitraire, l'obscurité, l'incertitude , la versatilité, et qelquefois même l'immoralité de certaines croyances religieuses positives. Le rôle moral de ces croyances n'est pas, ne peut pas être de créer les principes moraux , puisque Dieu ne les a pas oubliés en tirant l'homme du néant ; elles sont donc appelées seulement, et je parle ici des plus pures, à les confirmer et à les sanctionner.
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cequi pouvait arriver, soit CD bien, soit en mal, li ceux qu'U diérissatt, ils'informaitplusieursroisparjourde leur sanl^ lorsqu'ils étaîeut malades,elqu'i1 ne pouvait les voir. Pendant toute la durée deleur maladie, il était dans ua état d'Inquiétude visible et constant : du reste, inflnimeat de simplicité et d'abandon avec eux. Sa destinée voulut qu'il sunécùt à la plupart, et surtout ï ceux qui lui étalent lepluscbere, Green, Holbert);, WlGuier, etc. Ces pertes successives exercèrent une influence factieuse sur son caracttre, et sans doute aussi sur ses facultés intellectuelles et phj'siques.
De son cûlé, Kant était naturellement un homme fort aimable : il possédait le grand art de parler de tout d'une manière Intéressante pour chacun, et sans la moindre pédanterie ; nul savant n'était plus homme du mondé, nul homme du monde n'était plus lavaat. Il n'aimail pas les trop grandes réunions, surtout à table, parce que, disail-IT, la conversation ne peut pas être aisément générale, si les convives sont plus de neuf. D'un autre cAté , ils doivent au moins £tre trois, pour qu'eue soit un peu animée et intéretsaate. Le nombre des Muses et celui des Grâces étaient donc comme deux limites entre lesquelles H aimait à se trouver dans le monde. Peu llatté de l'assentiment des hommes qui sont toujours de l'avis des autres, faute d'en avoir un en propre, il supportait naturelLementavec une certaine impatienceles contradictions prétentieuses etbizarres. Il aimait: que, de littérature, d'art, d'histoire et de géographi événements, etavait uue connaissance sljusle de es et des rapports politiques des nations, qu'il a pi OD^ leraps k l'avance, des événements Importants. >rtea d'inducUons morales était très-grande, et il I ch^ leur el sagacité.
Kant. avait le goût très-cultivé, particulièrement en matière de poésie et d'éloquence. Le peu de vers qu'il a laissés se distinguent par la fadlité de la forme, l'abondance des pensées et la force de répression. Il ne reconnaissait pas de poème en prose, et appelait un semldabte genre de composition de la prose en délire. Kant était plus amateur que connaisseur dans les autres arts , surtout en musique , où il ne trouvait aucune expression Intellectuelle. Il comprenait cependant toute la portée morale et civilisatrice de cet art , et en recommandait fortement la culture. 11 le goûtait davantage lorsqu'il était joint à la poésie. La mise de iCant se ressentait de son goût ■■ sans être recherchée, elle était toujours propre, et les différentes parties en étalent