XLII VIE DE KAMT
de raison, et tourmentés peut-être par Tambition de se signaler en créant des systèmes nouveaux, dont la partie vraie n'est pas plus nouvelle que la partie nouvelle n'est vraie ; ces hommes, les .uns aux formes brillantes, au langage poétique, au vaste savoir, à Térudition facile ; les autres aux formes synthétiques imposantes et sévères de la science : ces hommes, dis-je , ont fait sur une jeunesse enthousiaste, inexpérimentée, avide d'images et de grandiose, une impression momentanément funeste. En effet, une fois revenue*de cette illusion poétique, incapable pourtant de retourner à des formes et à des méthodes plus sévères et plus scientifiques encore, elle a dû tomber dans une sorte d'affaissement intellectuel bien voisin du découragement, et peut-être de la désillusion et du mépris. Aussi, le feu sacré de la philosophie semble s'affaiblir en Allemagne, et peut-être que la science y aurait maintenant accompli la plus grande partie de sa destinée si la philosophie critique n'était là, toute récente encore,, et d'un intérêt qui est loin d'avoir été épuisé, pour orienter de nouveau les esprits et les faire sortir, soit d'un panthéisme engourdissant, soit de la superstition et du mysticisme, états intellectuels dont les conséquences sociales sont plus immédiates et plus funestes qu'on ne semble le croire.
Du reste, la philosophie critique a compté et compte encore de nombreux partisans en Allemagne , en attendant que ses destinées s'accomplissent ailleurs; comme le christianisme, comme la liberté, comme tout ce qui est grand et vrai, elle doit faire le tour du inonde. Son flambeau à elle aussi peut se déplacer, mais il ne s'éteindra pas plus que celui de la vérité. Si elle a eu de nombreux adversaires dans le pays même où elle est née, le nombre de ses partisans a été plus grand encore, et leurs noms ne sont pas d'un moindre poids.
Deux choses peut-être nous resteraient à faire ici : l'analyse de la Critique de la raison pure et l'appréciation de ce grand monument. Telle avait d'abord été notre intention. Mais certaines considérations nous en ont détourné. Indépendamment de celle de l'étendue démesurée que le volume aurait dû prendre, nous avons pensé que la seconde partie de celte tâche ne pouvait s'exécuter convenablement que dans une histoire critique de la philosopliie, après avoir exposé toutes les parties de la doctrine de Kant. M. Cousin a d'ailleurs fait une partie de ce que nous aurions voulu faire nous-méme, et avec toute la supériorité de son talent.
Non-seulement donc nous aurions beaucoup moins biçn fait que