‹ La critique de la raison pure. Tome premierChapitre 27 sur 72 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

BSTHlÊTiaUE TBAMSCBNDBlVTAIiB.

Quelle que soit la manière dont une connaissance peut toujours se rapporter à des objets, par quelques moyens que ce puisse être, cette manière qui fait que la connaissance se rapporte immédiatement aux cho-^ ses et que la pensée se propose toujours comme moyen, constitue Vintuition. Mais cette intuition n'a lieu qu'autant qu'un objet nous est donné ; ce qui n'est possible, du moins pour nous autres hommes, qu'à la condition que l'esprit en soit affecté d'une certaine façon. La capacité (réceptivité) de recevoir des représentations par la manière dont les objets nous affectent, s'appelle sensibilité. C'est au moyen de la sensibilité que les objets nous sont donnés, elle seule nous fournit des intuitions; mais c'est

par l'entendeinent qu'ils sont conçus, et c'est de là que viennent les concepts. Mais toute pensée doil, en dernière analyse, se rapporter directement ou indirectement, par le moyen de certains signes, àdesintaâtions, et par conséquent à la sensibilité, parce que nul objet ne peut nous être donné autrement.

L'eiTet d'un objet sur la faculté représentative, en tant que nous en sommes affectés, est la sensation. Toute intuition qui se rapporte à un objet par le moyen de la sensation s'appelle empirique. L'objet indéterminé d'une intuition empirique s'appelle phénomène.

Ce qui, dans le phénomène, correspond à la sensation en est la matière; mais ce qui fait que la diversité dans les phénomènes peut être coordonnée dans certains rapports, s'appelle forme du phénomène. Ce en quoi les sensations s'ordonnent, et par quoi elles sont susceptibles d'être réduites à une certaine forme, ne peut être encore la sensation. Il n'y a donc que la matière seule de tout phénomène qui nous soit donnée à posteriori; sa forme doit l'attendre, toute préparée à pn'ori dans l'esprit, et par conséquent pouvoir être considérée indépendamment de toute sensation.

J'appelle joure^ (dans le sens transcendental) toutes les représentations auxquelles rien de ce qui appartient à l'expérience ne se trouve mêlé. D'où il suit que la forme pure des intuitions sensibles en général se trouye à priori dans l'esprit, où toute la diversité

TKANSCENDËNTALË. < 39

des phénomènes est perçue dans de certains rapports. Cette forme pure de la sensibilité s'appelle aussi intuition pure. Ainsi, quand je détache de la représentation d'un corps ce que l'entendement en conçoit, comme la substance, la force, la divisibilité, etc.; ce que la sensation en reçoit/comme l'impénétrabilité, la dureté, la couleur, etc., il me reste encore quelque chose de cette intuition empirique, savoir: l'étendue v et la figure. Ces deux qualités appartiennent à l'intuition pure, qui a lieu à priori dans l'esprit, comme une pure forme de la sensibilité, et sans un objet réel des sens ou sans aucune sensation. J'appelle £s<Mt9t/e(l) transcendentale IdL science de

(i) Les Allemands sonlles seuls qui emploienl le mot Esthétique pour signiûer ce que d'autres appellent critique du goût. Cette dé- DominationF est due à respérahce trompée de Texcellent analyste ^ Baumgartem, qui crut pouvoir soumettre le jugement critique du beau a des principes rationnels, et faire une science des règles de ce jugement critique. Peine perdue, car ces règles ort critères sont purement empiriques, quant k leurs sources principales, et ne peuvent par conséquent jamais servira établir des lois à prêoH propres à diriger notre jugement en matière de goût. Cest bien plutôt ce jugement qui est la pierre de touche propre à estimer la légitimité des principes. Il est donc convenable, ou d'abandonner encore une fois cette dénomination et de la restreindre èi celle partie de la philosophie qui est véritablement une science (on se rapproche ainsi du langage et du sens que les anciens donnaient aux mots quand ils divisaient la connaissance en connaissance de choses senties', aiaOyiTA et en connaissance de choses connues, xal vovira (1), ou d'en diviser le sens entre la philosophie spéculative et TEsthétique, de manière adonner à ce mot une signification partie transcenden taie, partie psychologique.

(i) La note finit ici dans la première édilion.

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toud les principes à priori de la sensibilité. Il doit donc y avoir one science qui foime la première partie de la philosophie élémentaire transcendentale, par opposition à la partie qni a pour objet les principes de la pensée pure, et qu'on appelle Logique transeendentale.

Dans l'Esthétique traoscendentale^ nous d^agerons d'abord la sensibilité ; c'est-à-dire que nous eu distrairons tout ce que l'entendement y conçoit par ses concepts, afin qu'il ne reste rien que l'intuition empirique. En second lieu^ nous écarterons encore de cette dernière tout ce qui appartient à la sensation, afin qu'il ne reste rien que l'intuition pure, la simple forme des phénomènes, seule chose que la sensibilité puisse donner à priori» Il résultera de'^ettê'f^cberche qu'il y a deux formes pures de nos intuition^ Sensibles, comme principes de la connaissance à priori, savoir: l'Espace et le Temps, que nous allons examiner.

ESTHÉTIQUE TRANSCENDENTALE

SfiCTïON t.

De l'Espace .

Au moyen du sens externe, qui est une qualité de

TEANSGENDENTALE. 41

notreesprit, nous nous repréaeotcmg des objets eomme hors de nous, et tons ensemble dans l'espace. C'est là que sont déterminés, ou que peuvent l'être, leur û^ gure, leur grandeur et leurs rapports respectifs* Le sens interne, au moyen duquel l'esprit s'aperçoit lui-^ même, ou sa manière d'être intérieure, ne donne, à la vérité, aucune intuition de l'âme elle-même comme objet; mais c'est cependant une forme déterminée sotis laquelle seule l'intuition de son état interne est possible ; de telle sorte que tout ce qui constitue les*^ déterminations intérieures est représenté dans les rap^^ ports du temps* Le temps ne peut être perçu ext^ rieurement, pas plus que l'espace ne peut être perçu comme quelque chose en nous. Qu'est'-ce donc que l'espace et le temps? Sont -ce des êtres réels? son t-ce seulement des déterminations, ou bien encore des rapports des choses; ^^ mais des déterminations telles cependant, qu'elles compétent encoi^ aux choses en soi, quand même elles ne seraient pas perçues; -^ ousonfr^lles au contraire de nature telle, qu'elles appartietinent uniquement à la forme de l'intuition, et par conséquent à la qualité subjective de notre es^ prit, saos laquelle ces prédicats ne pour<raient être attribués à atrcutie chose? Pour nous en assurer, nous exposerons d'abord le concept d'espace. Mais j'entends par eaopoêitiùn la représentation claire (quoique développée) de ce qui constitue un concept; et cette exposition est métaphysique ^ quand elle contient ce

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qui présente le concept comme donné à priori (1).

l°L'espace n'est pas un concept empirique dérivé d'intuitions extérieures. Car pour que certaines sensations soient rapportées à quelque chose d'extérieur à moi (c'est-à-dire à quelque chose qui est dans un lieu de l'espace différent de celui que j'occupe), et même pour que je puisse me représenter les choses comme extérieures les unes aux autres, c'est-à-dire non-seulement comme différentes mais comme occupant des lieux distincts, la représentation de l'espace doit déjà être posée en principe. D'où il suit que la représentation de l'espace ne peut dériver des rapports du phénomène extérieur par l'expérience, mais bien que l'expérience elle-même n'est jamais possible que par cette représentation.

2° L'espace est une représentation nécessaire à priori^qm sert de fondement à toutes les intuitions extérieures. On ne peut jamais concevoir qu'il n'y ait aucun espace, quoiqu'on puisse fort bien penser qu'aucun objet n'y est contenu. L'espace est donc considéré comme la condition de la possibilité des phénomènes, et non comme une détermination qui en dépende* C'çst donc une représentation à priori qui est le fondement nécessaire des phénomènes extérieurs.

S"" Cette nécessité à priori est le fondement de la certitude apodictique de tous les principes géométriques,

(f) Celte dernière phrase ne se trouve pas dans la première édition. T.

TR ANSGENDENTÂLE . 43

et la raison de la possibilité de leur construction àpriori. Si cette représentation de l'espace était un concept acquisa po5fmon, qui résultâtde Texpérience générale extérieure, les premiers principes de la détermination mathématique ne seraient plus que des perceptions. Ilsen auraient par conséquent toute la contingence, et il ne serait dès lors pas nécessaire qu'il n'y ait qu'une seule droite entre deux points, l'expérience le ferait toujours voir. Ce qui est emprunté de l'expérience n'a qu'une universalité comparative, c'est-à-dire une universalité par induction. Tout ce qu'on pourrait dire, c'est ique jusqu'ici on n'a trouvé aucun espace qui eût plus de trois dimensions (1).

A° L'espace n'est pas non pjus un concept discursif, ou, comme on dit, un concept des rapports des choses en général, mais une intuition pure. Car d'abord, on ne peut se représenter qu'un seul espace; et quand on parle de plusieurs espaces, on entend seulement par là les parties d'un seul et même espace. Ces parties ne pourraient même pas précéder l'espace unique et universel, comme parties d'un tout qu'elles serviraient à composer par leur ensemble; elles ne peuvent, au contraire, être conçues qu'en lui. L'espace est essentiellement un; le multiple en lui, par conséquent aussi le concept général d'espace, tient uni-

(i)Get alinéa du n° 3n'a pas été reproduit dans la seconde édition, la seule dont nous parlerons désormais, puisque toutes celles qui sont postérieures ont été faites sur celle-là. R. et T.

quement àdes limitations. D'où il suit qu*une intuition à priori qui n'est pas eoi pirique, sert de fondement à tous les coneepts que nous en avons. C'est ainsi que tous les {Mrincipes de géométrie, pur exemple, Deux

côtés d'un triangle pris ensemble sont plus grands que

le troisième, ne seront jamais dérivés avec une certi*^ tude apodietique des<K)ncepts généraux de ligne et de triangle , mais de l'intuition, et d'une intuition à priori.

5"" L'espace est représenté comme une grai|dei]U' infinie donnée. Un concept général d'espace (qui est commun au pied et a l'aune) ne peut rien déterminer SOUS le rapport de la quantité. Sans l'illimitation dans le progrès de l'intuition, nul concept de rapport n'emporterait un principe de l'infinité de cette intuition (i).

Conséquences des concepts précédents.

a). L'espace ne représente aucune propriété essen-^ tielle de quoi que ce soit, ni de ce que les choses sont en elles-mêmes, ni de ce qu'elles sont dans leur rapport aux autres choses : c'est-à-dire qu'il n'en représente aucune détermination qui affecte les objets eux-mêmes, et gui soit encore permanente si l'on

(1) Cet alinéa du n* 6, faisant paitie da n^ 4 et dernier, daoM Ig seconde édition, n'y est pas terminé de la même manière. V. suppl. XI. Il y est suivi d'une exposition transcendentale du concept d'espace. R. et T.

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fait abstraction de toutes les conditions subjectives de Tintuition; car dés déterminations absolues ou relatives ne peuvent précéder l'existence des choses auxquelles elles compétent, par conséquent ne peuvent être perçues à priori. ,

6). L'espace n'est autre chose que la forme des phénomènes du sens extérieur , c'est-à-dire la condition subjective de la sensibilité , sous laquelle seulement l'intuition extérieure est possible pour nous à pnon.' Et comme la capacité d'être affecté des objets précède nécessairement dans le sujet toutes les intuitions de ces objets, on comprend sans peine comment la forme de tous les phénomènes peut être donnée dans l'esprit avant toutes les perceptions réelles, par conséquent à priori; et comment encore, en sa qualité d'intaition pure dans laquelle tous les objets doivent être déterminés, elle peut contenir avant toute expérience les raisons ou principes des rapports de ces objets.

Nous ne pouvons parler que comme hommes, de l'espace , des êtres étendus^ etc. Sortons-nous de la condition subjective sous laquelle seulement nous pouvons recevoir l'intuition extérieure, d'après la manière dont nous pouvons être impressionnés par ces objets, alors la représentation de l'espace ne signifie plus rien du tout. Cet attribut n'est accordé auxchoses qu'entant qu'elles nous apparaissent, c'està-dire qu'en tant qu'elles sont les objets de la sen-

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sibilité. La forme constante de cette Capacité que nous appelons sensibilité est une condition nécessaire de tous les rapports sous lesquels les objets sont perçus comme extérieurs à nous; et si Ton fait abstraction de ces objets, cette forme est l'intuition pure qui prend le nom d'espace. Comme nous ne pouvons faire des conditions spéciales de la sensibilité celles de la possibilité des choses, mais seulement celles de leurs phénomènes, nous pouvons bien dire, à la vérité, que l'espace contient toutes les choses que nous pouvons percevoir extérieurement, mais non pas qu'il contienne toutes les choses en elles-mêmes, qu'elles puissent être du reste perçues ou ne Têtre pas, et par quelque être que ce soit. Car nous ne pouvons dire si les intuitions des autres êtres pensants sont soumises aux lois qui limitent les nôtres , et qui sont pour nous d'une valeur universelle. Si nous ajoutons au concept du sujet la restriction d'un jugement, ce jugement est alors inconditionnel, absolu. La proposition : Toutes les choses sont juxtaposées dans l'espace, vaut, sous cette restriction : Si les choses, comme objets, frappent notre intuition sensible. Si j'ajoute ici la condition au concept et que je dise : Toutes les choses, comme phénomènes extérieurs, sont juxtaposées dans l'espace , alors cette règle vaut universellement et sans restriction. Notre exposition nous enseigne donc la réalité (c'est-à-dire la valeur objective) de l'espace par rapport à tout ce

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qui peut nous être présenté extérieurement comme objçt; maïs elle nous apprend en même temps Vidéaliié de l'espace par rapport aux choses considérées en elles-mêmes par la raison, c'est-à-dire sans avoir égard à la condition de notre sensibilité. Nous affirmons donc la réalité empirique (par rapport à toute expérience extérieure possible), quoique, à la vérité, nous reconnaissions Vidéalité transcendcniale de ce même espace, c'est-à-dire quoiqu'il ne soit rien aussitôt que nous omettons les conditions de toute expérience, et que nous le prenons comme quelque chose qui servirait de fondement aux objets en soi.

Mais, à l'exception de l'espace, il n'y a pas non plus d'autre représentation subjective et qui se rapporte à quelque chose .d'extérieur , qui puisse s'appeler objective à pnorj. Cette condition subjective de tous les phénomènes extérieurs ne peut donc être comparée à aucune autre. Le goût agréable d'un vin n'appartient pas aux déterminations objectives de ce vin , c'est-à-dire d'un objet considéré comme phénomène; c'est une qualité particulière du sens du sujet qui en jouit. Les couleurs ne sont pas des qualités des corps auxquels elles rapportent l'intuition; elles ne sont non plus que des modifications du sens de la vue affecté par la lumière d'une certaine façon. L'espace^ comme condition des objets extérieurs , se rapporte nécessairement au contraire au phénomène ou à l'intuition. Le goût et les couleurs

ne sont absolument pas des conditions nécessaires^ sous lesquelles seules les choses extérieures puissent être pour nous des objets des sens. Ces deux sortes de qualités sensibles sont simplement des effets de Torganisation particulière , accidentellement réunis au phénomène. Ce ne sont donc pas non plus des représentations à priori, mais bien des résultats de la sensation ; c'est ainsi que la saveur agréable d'une chose A sa raison dans le sentiment (du plaisir et de la peine), comme effet de la sensation. Aussi personne ne peut avoir à priori une représentation d'une couleur, ni celle d'une saveur quelconque : l'espace ne regarde que la forme pure de l'intuition ; il ne contient donc aucune sensation (rien d'empirique), et toutes les espèces d'espace, toutes ses déterminations, peuvent et doivent même être représentées à priori f lorsque des concepts de forrpes ou de rapports doivent avoir lieu. L'espace seul fait que des choses peuvent être pour nous des objets extérieurs (i).

Nous faisons cette observation pour qu'on ne soit pas tenté d'expliquer l'idéalité affirmée de l'espace p^r des comparaisons très-insuffisantes; par exemple, par les couleurs, les saveurs, etc., toutes choses qui ne peuvent être considérées avec droit comme qualités des objets, mais seulement comme des chan-

(1) Cet alinéa est plus court et conçu dififérem ment dans la seconde édition. V. Suppl. X. R.

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gements de notre sujet; changements qui peuvent passer pour différents, suivant les individus. Car dans ce cas, ce qui primitivement n'est qu'un simple phénomène, par exemple, une rose, vaut cependant dans le sens empirique comme une chose en soi, qui peut néanmoins apparaître différemment à chaque œil sous le rapport de la couleur. Au contraire, le concept transcendental des phénomènes dans l'espace est un avertissement critique qu'en général rien de ce qui est perçu dans l'espace n'est une chose en soi; que l'espace n'est pas davantage une forme des choses qui peut-être leur serait propre, si elles étaient considérées en elles-mêmes; mais que les objets en soi nous sont complètement inconnus, et que ce que nous appelons objets extérieurs n'est autre chose que les représentations pures de notre sensibilité, dont la forme est l'espace, mais dont le corrélatif ou correspondant véritable, c'est-à-dire la chose en elle-même, est par cette raison tout à fait inconnu, et le sera toujours, mais sur lequel on n'interroge jamais non plus l'expérience.

ESTHÉTIQUE TRANSCENDENTALE

SECTION II

Du Temps.

\^ Le temps n'est pas un concept empirique fourni par une expérience quelconque; car la simultanéité

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OU la successioo ne tomberait pas même sous Tobservatlon, si la représe&tatio;) du.tem{^ ne \e^r servait de fondement à pviQri. Cein'est que sous cette supposition du temps que Ton peut se représenter la simultanéité des choses ou leur succession.

2° Le temps est une représentation nécessaire qui sert de fondement à toutes les intuitions. On ne peut, par rapport aux phénomènes en général, supprimer le temps, quoiqu'on puisse très-bien faire abstraction des phénomènes dans le temps. Le temps est donc donné à priori. En lui seulement est possible toute réalité des phénomènes. Ils peuvent tous être anéantis par la pensée, mais le temps Ini^même (comme condition commune de leur possibilité) ne peut être détruit.

3^ Sur cette nécessité à priori se fonde également la possibilité des principes apodictiques relatifs aux rapports ou aux axiomes du temps en général , tels que : Le temps n*a qu'une dimension. Les différents temps ne sont pas ensemble , mais successivement (de la même manière que différents espaces ne sont pas successifs, mais simultanés). Ces principes ne peuvent se tirer de l'expérience; car elle ne donnerait ni une généralité sans restriction , ni une certitude apodictique. Seulement, nous pourrions dire: ainsi l'enseigne l'observation générale; mais non : il est nécessaire que la chose soit ainsi. Ces principes valent comme des règles suivant lesquelles l'expérience

en général est possible, et ils nous instruisent avant elles, et non par elles (i).

4* Le temps n'est point un concept discursif, ou, comme on dit, général, mais une forme pure de l'intuition sensible. Les différents temps ne sont que des parties d'un seul et même temps. Mais la représentation qui ne peut être donnée que par un seul objet est une intuition. Aussi la proposition, que différents temps ne peuvent être en même temps, ne saurait être tirée d'un concept général. Cette proposition est synthétique et ne peut procéder de simples concepts. Elle est donc contenue immédiateoient dans l'intuition et la représentation du 4emps.

5^ L'infinité du temps ne signifie autre chose si ce n'est que toutes les quantités déterminées du temps ne sont possibles que par la circonscription d'un temps unique qui leur sert de fondement. Par conséquent la représentation primitive du femps doit être donnée comme illimitée. Mais si les parties mêmes, et toute grandeur d'un objet, ne peuvent être représentées déterminément que par une limitation, alors la représentation entière ne peut être donnée par des concepts (car en ce cas les représentations partielles pré-

(i) M. Rosenkranz met ici elles au pluriel, rapportant ce mot à celui de règles. H fait remarquer que Forigina] mel cependant le singulier, ce qui fait alors r«ipporler le pronom elle à fexpérience.Si la seconde édition, ajoute-t-il, portail aulieu de amnt (vor), de (von), avec le singulier, il en résulterait siins doute encore un sens, mais pas le sens déterminé dont il s'agit ici. Nous avons suivi sa correction. T.

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céderaient); il fautyaucontraire, leur donner Tintuition pour fondement immédiat (i).

Conséquences de ces concepts.

a) Le temps n'est pas quelque chose qui subsiste par lui-même, ou qui appartienne aux choses comme détermination objective, et qui, par conséquent, reste quand on fait abstraction de toutes les conditions subjectives de leur intuition; car, dans le premier cas, il serait quelque chose qui, sans objet réel, serait cependant réellement. Dans le second cas, c'est-à-dire, s'il était une détermination inhérente aux choses mêmes, ou un ordre, il ne pourrait pas précéder les objets, comme en étant la condition, ni par conséquent être reconnu et perçu à priori par des jugements synthétiques. Ce dernier fait, au contraire, a lieu facilement si le temps n'est que la condition subjective sous laquelle les intuitions sont possibles en nous; car alors cette forme de l'intuition intérieure peut être représentée avant les objets, et par conséquent à priori.

b) Le temps n'est autre chose que la forme du sens interne, c'est-à-dire de l'intuition de nousmêmes et de notre état intérieur. Car le temps ne peut être une détermination des phénomènes exté-

(1) La seconde édition contient ensuite , sous le titre de § V, une exposition transcendentale du concept de temps. V.SuppI.XI. R.

rieurs : il n'appartient ni à la forme, ni à la situation, ni, etc. ; il détermine le rapport des représentations dans notre manière d'être intérieure. Et, commecette intuition intérieure n'a aucune figure, nous cherchons à suppléer à ce défaut par Tanalogie, et nous représentons la succession du temps par une ligne qui pourrait se prolonger à l'infini, dans laquelle la diversité compose une série qui est d'une seule dimension ; et nous dérivons des propriétés de cette ligne toutes celles du temps, une seule exceptée : c'est que les parties de la ligne sont simultanées, tandis que celles du temps sont toujours successives. D'où il faut conclure aussi que la représentation du temps luimême est une intuition, puisque ses rapports peuvent être exprimés par une intuition extérieure.

c) Le temps est la condition formelle à priori de tous les phénomènes en général. L'espace, comme forme pure de toutes les intuitions externes, est restreint , comme condition à priorij aux seuls phénomènes extérieurs. Au contraire, puisque toutes les représentations, qu'elles aient ou non des choses extérieures pour objet, appartiennent cependant en elles-mêmes, comme déterminations de l'esprit, à Tétat intérieur ; puisque cet état est sous la condition formelle de l'intuition interne, et appartient au temps, — le temps est donc une condition à priori de tous les phénomènes en général, savoir, la condition immédiate des phénomènes intérieurs (de

nos âmes), et la condition médiate par conséquent des phénomènes extérieurs. SI je puis dire à priori : Tous les phénomènes extérieurs sont dans Tespace, et déterminés à pnon suivant les rapports, de l'espace, je puis dire aussi, dans un sens très-général, en par^ tant du principe du sens intime: Tous les phénomènes en général, c'est-à-dire tous les objets des sens, sont dans le temps, et tiennent nécessairement aux rapports du temps.

Si nous faisons abstraction de notre manière de nous percevoir nous-mêmes intérieurement et d'embrasser par cette intuition toutes les intuitions extérieures dans la faculté de représentation, et si par conséquent nous prenons les objets comme ils peuvent être en eux-mêmes, le temps alors n'est rien. Ce n'est que par rapport aux phénomènes qu'il a une valeur objective, parce que ce sont déjà des choses que nous regardons comme des objets de nos sens; mais le temps n'est plus objectif, quand on fait abstraction de la sensibilitédeTintuition, par conséquent de cette espèce de représentation qui est propre à notre esprit, et quand on parle de choses en général. Le temps n'est donc qu'une condition subjective de notre intuition (humaine, qui est toujours sensible, c'està-dire en tant que nous sommes affectés par les objets) ; mais en soi, hors du sujet, il n'est rien. Il est néanmoins objectivement nécessaire par rapport à tous les phénomènes, et par conséquent par rapport à

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toutes les choses que nous pouvons nous représenter dans Texpériencé. Nous ne pouvons pas dire: Toutes les choses sont dans le temps, puisque^ dans le concept de choses en général, on fait abstraction de toutes manières de les percevoir, et que Tintuition est la condition propre sous laquelle le temps appartient à la représentation des objets. Mais si cette condition est jointe au concept de choses, et si l'on dit : Toutes les choses, comme phénomènes (objets de l'intuition sensible), sont dans le temps, alors ce principe a sa vérité objective et son universalité à priori.

Ce qui a été dit jusqu'ici prouve donc la réalité empirique dxi temps, c'est-à-dire sa valeur objective par rapport à tous les objets qui peuvent jamais s'offrir à nos sens. Et comme notre intuition est toujours sensible, un objet ne peut donc jamais nous être donné en expérience sans tomber sous la condi- ' tion du temps. Nous soutenons, d'un aulre côté, la vanité de toute prétention du temps à la réalité a6- 50 /ne, c'est-à-dire à une réalité qui, abstraction faite de notre intuition sensible, adhérerait simplement aux choses comme condition ou propriété. Les qualités des choses en soi ne peuvent jamais nous être données par les sens. Vidéalité transcendentale du temps, suivant laquelle, si Ton fait abstraction des conditions subjectives des intuitions sensibles, le temps n'est absolument rien, consiste donc en ce que le temps ne peut être compté ni parmi les objets con--

sidérés en eux-roèmes (indépendamment de leur rapport à notre intuition), ni comme subsistant dans ces objets ou y adhérant. Cependant cette idéalité, non plus que celle de l'espace, ne doit pas être comparée aux subreptions des sensations. Ici l'on suppose au phénomène même auquel se rattachent ces attributs délusoires, une réalité objective. Là cette réalité manque complètement, excepté en tant qu'elle est purement empirique, c'est-à-dire en tant qu'elle concerne l'objet lui-même comme pur phénomène. Voir à ce sujet la remarque de la section précédente.

Explication.

Il m'a été fait contre cette théorie, qui accorde la réalité empirique du temps, mais qui en combat la réalité absolue et transcendentale, une objection si unanime par des hommes pénétrants, que j'ai conclu qu'elle devait se présenter plus naturellement encore à tout lecteur à qui ces sortes de matières sont peu familières. Cette objection consiste à dire qu'il y a des changements (ce que démontre la vicissitude de nos propres représentations, quand même on voudrait nier tous les phénomènes extérieurs ainsi que leurs changements). Or, des changements ne sont possibles que dans le temps; par conséquent le temps est quelque chose de réel. La réponse n'est pas difficile : j'accorde tout l'argument. Le temps est sans doute quelque chose de réel, savoir, la forme réelle

TRANSGENDENTALE» 57

de l'intuitioD interne. Il a donc une réalité subjective par rapporta Texpérience interne, c'est-à-dire qu'effectivement j'ai la représentation du temps et de mes propres déterminations dans le temps. H ne doit donc pas être regardé réellement comme un objet, mais comme le mode de représentation de moi-même en tant qu'objet. Mais si moi-même je pouvais me percevoir ou être perçu par un autre être, sans cette condition de ]a sensibilité; les mêmes déterminations que nous nous représentons aujourd'hui comme des changements donneraient une connaissance dans laquelle la représentation du temps, et par conséquent aussi celle de changement, n'aurait plus lieu. Sa réalité empirique reste donc comme condition de toute notre expérience. Seulement, Ta réalité absolue ne peut, d'après ce qui a été dit, être accordée au temps, qui n'est que la forme de notre intuition interne (1). Si l'on enlève au temps la qualité d'être la condition particulière de notre sensibilité, le concept de temps disparaît également : cette forme n'appartient point aux objets en eux-mêmes, mais seulement au sujet qui les perçoit.

Mais la raison de l'unanimité de cette objection,

(1) Je puis bien dire que mes représentations sont successives, mais cela signifie seulement que nous en avons conscience comme dans une succession, c'est-à-dire d'après la forme du sens interne. Le temps n'est pas pour cela quelque chose en lui-même, ni une détermination inhérente aux choses.

faite même par des personnes qui ne savaient rîen d'évident à opposer à la doctrine de l'idéalité de l'espace, c'est qu'elles désespéraient de pouvoir prouvei* apodictiquement la réalité absolue jde l'espace^ attendu qu'elles ont contre elles l'idéalisme, suivaat lequel la réalité des objets extérieurs n'est susceptible d'aucune démonstration. Au contraire, il est clairement et immédiatement démontré par la conscience qu'il existe un objet de notre sens interne (moi-même et mon état). Les objets des sens extérieurs pourraient donc bien n'être qu'une pure apparence, tandis que, suivant Topinion de ces mêmes personnes, l'objet du sens intime est indubitablement quelque chose de réel. Mais elles n'ont pas fait attention que ces deux sortes d'objets, sans qu'il soit besoin d'en attaquer la réalité comme représentations, n'appartiennent cependant qu'au phénomène, lequel a toujours deux faces : l'une, quand l'objet est considéré en lui-même (sans avoir égard à la manière de l'envisager, mais dont par cette raison la nature restera toujours problématique); l'autre, quand on considère , la forme de l'intuition de cet objet, forme qui ne doit point être cherchée dans l'objet en soi, mais dans le sujet auquel il se présente, et qui néanmoins convient réellement et nécessairement au phénomène de cet objet.

Le temps et l'espace sont donc deux sources d'où peuvent être dérivées à priori différentes connaisaan-

TR ANSCENDENTALE . 59

ces synthétiques, comme les mathématiques pures en^ particulier donnent un exemple frappant relativement aux connaissances de Tespace el de ses rapports. Le temps et l'espace pris ensemble sont deux formes pures de toute intuition sensible, et rendent par là possibles les propositions synthétiques à priori. Mais ces sources de connaissance à priori^ par le fait seul qu'elles sont de simples conditions de la sensibilité, se posent à elles-mêmes leurs bornes, en ce sens qu'elles se rapportent purement aux objets considérés comme phénomènes, mais non point aux choses en elles-mêmes. Les phénomènes sont le seul champ de la valeur de l'espace et du temps ; si l'on en sort, plus aucune valeur objective n'est possible pour eux. Cette réalité formelle de l'espace et du temps ne porte du reste aucune atteinte à la connaissance expérimentale ; car nous en sommes également certains, que ces formes se rattachent nécessairement, soit aux choses en elles-mêmes, soit seulement à l'intuition que nous en avons. Ceux au contraire qui soutiennent la réalité absolue de l'espace et du temps, qu'ils les prennent comme substances ou simplement comme modifications, sont en contradiction avec les principes de l'expérience; car ils sont obligés, s'ils prennent le temps et l'espace pour des choses en soi (et c'est le parti que prennent la plupart des physiciens mathématiciens), d'admettre deux non-ètres éternels et infinis (l'espace et le

temps), qui n'existent (sans être cependant quelque chose de réel) que pour comprendre dans leur sein ce qui est réellement. S'ils prennent le second parti; celui de rattacher aux choses l'espace et le temps, comme le font quelques physiciens métaphysiciens, pour qui l'espace et le temps sont de» rapports des phénomènes (voisins dans l'espace ou successifs dans le temps), abstraits de l'expérience, quoique confusément représentés dans cet état de séparation ; alors ils doivent attaquer la validité des théories mathématiques à priorij par rapport aux choses réelles (y. g. dans l'espace) : ils doivent au moins en contester la certitude apodictique, puisqu'une semblable certitude n'a pas lieu à posteriori^ et que les idées d'espace et de temps à priori sont, suivant cette opinion, de pures créations fantastiques, qui ont leur source réelle dans Texpérience, dont les rapports abstraits ont servi à l'imagination pour composer quelque chose qui comprend, à la vérité, ce qu'il y a de général dans ces rapports, mais qui ne peut avoir lieu sans les restrictions que la nature y attache. Les premiers ont à la vérité l'avantage de rendre aux mathématiques le champ des phénomènes libre; mais si Tentendement vient à vouloir sortir de ce champ, ces conditions mêmes, le temps et l'espace considérés comme substances certaines, les embarrassent fort. Les seconds gagnent, il est vrai, sous ce dernier rapport, en ce que les représentations d'espace et de temps

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ne les entravent pas quand ils veulent juger des objets, non cotnme phénomènes, mais simplement par rapport à Fentendement. D'un autre côté, ils ne peuvent à priori ni donner un fondement à la possibilité des connaissances mathématiques (puisqu'il leur manque une intuition à priori vraie et valable objectivement), ni former un système nécessaire des lois de l'expérience et des principes mathématiques. Dans notre théorie sur la véritable nature de ces deux formes primitives de la sensibilité^ ces deux difficultés disparaissent.

Il est clair enfin que l'Esthétique transcendentale ne peut contenir que ces deux éléments, l'espace et le temps, puisque tous les autres concepts qui appartiennent à la sensibilité, même celui de mouvement, qui emporte les concepts d'espace et de temps, supposent quelque chose d'empirique; car le mouvement suppose la perception de quelque chose de mobile. Mais, dans l'espace considéré en lui-même, il n'y a rien de mobile : ce qui est mobile doit donc être quelque chose qui ne se trouve que par l'expérience dans Vespace; par conséquent, une donnée empirique. L'Esthétique transcendentale ne peut non plus compter parmi ses données à priori le concept de changement ; car le temps lui-même ne change pas : ce qui change, c'est ce qui est dans le temps. Il faut donc pour cela la perception d'une existence quel-

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conque et celle de la succession de ses déterminations; par conséquent, Texpérience.

Observations générales sur rEsthétiqne transcendonlale.

Avant tout, il est nécessaire d'expliquer notre opinion aussi clairement que possible par Tapport à la qualité fondamentale et à la nature de la connaissance qui nous vient des sens en général, afin de prévenir tout malentendu à ce sujet.

Nous avons donc voulu dire que toutes nos intuitions ne sont que des représentations de phénomènes ; que les choses que nous percevons ne sont pas en elles-mêmes telles que nous les percevons; que leurs rapports ne sont pas essentiellement non plus ce qu'ils nous paraissent être ; et que si nous faisions abstraction de notre sujet, ou simplement même de la qualité subjective des sens en général, c'en serait fait de toute 'propriété, de tout rapport des objets dans Tespace et le tempSj de Tespace et du temps eux-mêmes, car rien de tout cela ne peut exister en soi comme phénomène, mais seulement en nous. Nous ignorons complètement ce que peut être la nature des choses en soi, indépendamment de toute notre capacité (réceptivité). Nous ne connaissons que notre manière de les percevoir, qui esttout à fait propre à notre esprit, et qui ne doit pas être nécessairement celle de tout être, quoique, à la vérité, elle soit celle de chacun de

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îious. C'est à çettp manière de peipoBYoijr.que nous devcHjs tmiquenaeiTt ncma attacher-. L'espace et le temps sont les formas pures,. et ta sensation en général, la matière. Mais, nous pouvons connaître l'espace et le temp^ à^ priçriy c'est-à-dire avant toute perception actuelle;. e| c'est pour cela qu'on les appelle intuitions pures. La sensation^ au contraire, est cequiest connu à posteriori^ et qu'on appelle intuition empirique. Ces formes de temps et d'espace appartiennent absolument et nécessairement à notre sensibilité, quelle que puisse ^tre la nature de nos sensations; mais les sensations peuvent être très-diverses. Quand même nous pourrions rendre notre intuition le plus clair possible, nous n'approcherions pas pour cela de plus près de la nature des choses an elles-mêmes, car jamais nous ne connaîtrons pleinementque notre mode d'intuition, c'est-à-dire notre.sensibilité ; et cela toujours tiniquementsouslesconditionsde l'espace et du temps, conditions originairement inhérentes au sujet. Mais ce que les objets peuvent être en eux-mêmes ne noua serait cepen,dant jamais connu par la connaissance parfaite de leurs phénomènes, qui seuls nous sont donnés.

C'est donc fausser, dénaturer, les concepts de sensibilité et de phénomène, en rendre la connaissance inutile et vaine, que dp faire consister toute la sensibilité dans la représentation confuse des choses, qui comprendrait simplement ce qui leur.compète en

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elles-mêinea, mais seulement sous un amas de caractères et de représentations partielles que nous ne pouvons distinguer les unesdes autres dans la conscience. La différence d'une représentation obscure et d'une représentation claire est purement logique, et n'en atteint point la matière ou le contenu. Nul doute que le concept de droit^ employé par la saine et comm une intelligence, ne renferme tout ce que la plus subtile spéculation peut en tirer, quoique dans Tusage général et pratique on n'ait pas conscience dans cette pensée de ces représentations diverses. On ne peut pas dire cependant que le concept vulgaire de droit appartienne aux sens et ne contienne qu'un pur phénomène, car le droit ne peut réellement être perçu; son concept est dans l'entendement, et représente une qualité morale des actions, qui leur compète en elles-mêmes. Au contraire, la représentation intuitive d*un corps ne contient absolument rien qui puisse convenir à un objet lui-même, mais simplement le phénomène de quelque chose, et la manière dont nous en sommes affectés. Or cette capacité de notre faculté de connaître s'appelle sensibilité , elle est tout à fait distincte de la connaissance de l'objet en luimême, pût-on d'ailleurs pénétrer jusqu'à la raison du phénomène.

La philosophie de Leibnitz et de TVa//'a donc assigné un point de vue entièrement faux à toutes les recherches sur la nature et l'origine de nos connaissan-

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ces, quand elle a considéré la diiSérence entre la sensibilité et l'entendement comme purement logique ; cette différence est visiblement transcandentale et ne concerne pas simplement la forme de la clarté ou de l'obscurité, mais encore l'origine et la matière de nos connaissances : à tel point que, par la sensibilité, nous ne connaissons , je ne dis pas seulement d'une manière obscure, mais absolument, point les choses en elles-mêmes : dès que nous faisons abstraction de notre nature subjective, l'objet représenté ne se trouve ni ne peut se trouver nulle part, non plus que les propriétés à lui attribuées par l'intuition, parce que c'est cette.qualité subjective seule qui détermine la forme de l'objet coi|(tm& phénomène.

Nous distinguons bien d'ailleurs dans les phénomènes, ce qui appartient essentiellement à leur intuition, et.qui vaut en général pour chaque sens humain, deeequi ne lui appartient qu'accidentellement; ceci ne se rencontre pas daBs le rapport de la sensibilité en général, mais il dépend uniquement d'une disposition particulièiie, ou de Torganisation de tel ou tel sens. On dit de la première espèce de connaissance qu'elle représente l'objet en soi^et de la seconde, qu'elle n'en représente que le phénomène. Mais cette différence n'est qu'empirique : si l'on s'en tient là, comme il arrive souvent, et si l'on ne considère pas de nouveau, ainsi qu'on devrait le faire, cette intuition empirique comme un pur phénomène quine ren- I. 5

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ferme rien de ee qui appartient à une tihdee en 8oi| c'en est fait de toute notre distinction transcendéâ** taie) et nous croyons alors connaître les ehoiiet en elles -mêmes , quoique partout (dans le monde senei« ble), tnème dans les plus profondes recherchesi il nd puisse être question que de phénomènes. Si par exempte) dans une pluie de soleil^ nous appelons Tarc-en-ciel un simple phénomène, et cette pluieellemème une chose en soi, la dénomination sera effectivement juste> en ce senâ seulement que le dernier concept s'entend physiquement d'unechose qui, dans Texpérience générale^ et suivant les expositions diverses par rapport aux senS) est cependant déterminée ainsi dans l'intuition seule^ et non indépendàm* ment d'elle. Mal si nous ttous demandée d'une manière générale^ et abstraction faite dé l'aecord qui existe entre ce quelque nhose d'empiriqu# et l'ocgatii'' aation humaine^ e'il représente un objet en sAi (je no dis pas des gouttes de pluie^ car elles eont déjà^ eomttae phénomènes^ des objets empiriqueii), la qxMn^ tion devient alors tran&cendentale t et non-'^ettlement ces gouttes sont de purs phénomèbes^ mais encore leur fo!^me rondC) l'espace même dans lequel elles tom"* béWtj ne^ont rien en «oi, ne sont que de simples mei^ deè, ou des dispositions fondamentales de notre lli^

tnition is^sible , tandis que l'objet tmMc»i»i«niàt

notis i^ste incohAu.

Une autre chose iMpcffànte dans notre Ë(Ah!éti^

TR ANSGENDENTÂLE . £7

traoscendentald, c'est qu'elle doit être accueillie autrement que comme hypothèse probable, puisqu'elle est aussi certaine ^ aussi indubitable qu'on peut jamais l'exiger d'une théorie qui doit servir d'Organe. Pour nous en assurer parfaitement, prenons un cas où la valeur de cette Esthétique deyienne sensible (!)• '

Supposé donc que l'espace et le temps soient en eux-mêmes, ou objectivement, et comme des condi^ tions de la possibilité des choses en soi; il en résulte d'abord par rapport à l'un et à l'autre, un très-grand nombre de propositions apodictiques et synthétiques à priori^ principalement au sujet de l'espace, que nous prendrons ici, par cette raison, pour exemple. Puisque les propositions de géométrie sont connues synthétiquement à priori et avBc une certitude apodictique, je demande où cette science prend ces pro*^ positions , et sur quoi s'appuie notre entendement pour atteindre à ces vérités absolument nécessaires et universellement valables. Il n'y a que deux moyens, les concepts ou les intuitions. Mais ces deux moyens, comme tels, nous sont donnés ou à priori y ou à postê^ riori. Les concepts à posteriori^ c'est-à-dire les concepts empiriques, ainsi que ce sur quoi ils se fondent, l'intuition empirique , ne peuvent donner aaeao6

(1) La seconde édition ajoute : « Et puisse jeter une nouvelle luflfHère sur «e qui a été dit au g Ui. T.

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proposition synthétique, à moins que ce ne soit aussi une proposition purement empirique, c'est-à-dire une proposition de l'expérience. Hais une proposition empirique ne peut jamais renfermer la nécessité et l'universalité absolue, deux choses qui sont cependant le caractère de toutes les propositions de géométrie. Quant au premier et unique moyen d'acquérir ces connaissances, je veux dire par de simples concepts ou par des intuitions à priori, il est clair qu'il ne peut sortir de ces concepts aucune connaissance synthétique, mais seulement des connaissances analytiques. Soit seulement cette proposition : Un espace ne peut être renfermé' dans deux lignes droites, et par conséquent deux lignes droites ne peuvent former une figure , et cherchons simplement à déduire cette proposition de ces concepts de ligne droite et de nombre deux. Ou bien, supposez qu'une figure soit possible avec trois lignes, et cherchez à déduire cette vérité de ces mêmes concepts seuls. Peine inutile; vous êtes forcé de recourir à l'intuition, comme la géométrie Ta toujours fait. Vous donnez-vous maintenant un objet en intuition; mais de quelle espèce est celte intuition? Est-elle pure à priori, ou empirique? Si elle est empirique, jamais une proposition universellement valable, et moins encore une proposition apodictique, n'en pourra sortir; car l'expérience n'en donne point de telles. Vous êtes donc obligé de vous donner votre objet à pnon dans une intuition.

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et d'y fonder votre proposition synthétique. Or, s'il n'y avait pas en vous une faculté d'avoir des intuitions à priori^ et si cette condition, subjective quant à la forme, n'était pas en même temps la condition à priori sous laquelle seule l'objet de cette intuition externe même est possible; si enfin cet objet (le triangle), était quelque chose en soi, sans rapport à votre sujet, comment pourriez- vous dire que ce qui est nécessaire dans vos conditions subjectives pour la construction d'un triangle doit nécessairement faire partie du triangle en soi? Car vous ne pouvez t\&\ ajouter de nouveau (la figure) à vos concepts (de trois lignes) , qui doive se trouver nécessairement dans l'objet, puisque cet objet est donné avant votre connaissance, et non par elle. Par conséquent, si l'espace (ainsi que le temps) n'était pas une pure forme de votre intuition , qui contient des conditions à priori sous lesquelles seules des choses peuvent être pour vous des objets extérieurs (qui ne sont rien en euxmêmes ou sans ces conditions subjectives), vous ne pourriez absolument rien prononcer synthétiquement sur ces objets. Il est donc certain de toute certitude, et non simplement possible ou bien encore vraisemblable, que l'espace et le temps, comme conditions nécessaires de toute expérience (tant interne qu'externe), sont des conditions purement subjectives de toute notre intuition. H est donc également certain que tous les objets, par^rapport à l'espace et au temps,

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ne sont que de simples phénomènes^ et non des choses en soi, à les considérer suivant la manière doiitils sont donnés. On peut dire à priori beaucoup de choses de la forme des objets, mais rien du tout de la chose en soi , qui doit servir de base à ces phénomènes (1).

(i) La seconde édition contient ensuite un long dé?eloppement. V. Suppl. XU. R.

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